SVM n°57 janvier 1989
SVM n°57 janvier 1989
  • Prix facial : 22 F

  • Parution : n°57 de janvier 1989

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Excelsior Publications

  • Format : (202 x 281) mm

  • Nombre de pages : 172

  • Taille du fichier PDF : 188 Mo

  • Dans ce numéro : les meilleurs logiciels gratuits.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 68 - 69  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
68 69
MAGAZINE LE MYSTÈRE ALAN TURING Le mardi 7 juin 1954, un homme de 42 ans décide de mourir. Il prend une pomme, la trempe dans une solution cyanurée, et la mange. Ainsi disparaît l'un des plus brillants esprits de ce siècle, qui, en quelques intuitions géniales et autant de démonstrations fulgurantes, a jeté les bases de l'ordinateur universel programmable, et de l'intelligence artificielle. Alan Turing est très longtemps resté un mystère. A cause de son rôle pendant la seconde guerre mondiale, tenu secret pendant trente ans, et à cause d'une personnalité hors du commun. Non conformiste, homosexuel affirmé dans une Angleterre pleine de préjugés, Turing offre un visage qui cadre mal avec le ton hagiographique des biographies officielles. Tout le mérite du livre d'Andrew liodges » Alan Turing ou l'énigme de l'intelligence » que publient les éditions Payot, est de restituer les multiples facettes de ce mathématicien génial dont l'apport fut décisif pour la naissance de l'informatique. L'étonnante biographie d'une figure légendaire de l'informatique EN 1922, UN BIENFAITEUR ANONYME offre au jeune Alan Turing, 10 ans, un livre qui marque le point de départ d'une extraordinaire aventure scientifique. Les merveilles de la nature que tout enfant devrait connaitre est de ces ouvrages dont l'époque, pleine d'une foi religieuse pour la science, est friande.. Le corps est bien évidemment une machine, y lit Alan. Une machine extraordinairement complexe, mille fois plus compliquée que n'importe quelle machine construite par l'homme ; mais néanmoins une machine.. Cette idée poursuivra Turing toute sa vie. Qu'est-ce que l'intelligence ? Peut-on mécaniser la pensée ? Comment naît-elle ? Ce type de questions guidera sa vie professionnelle, depuis sa découverte d'une machine à calculer universelle (programmable dirions-nous aujourd'hui), jusqu'à sa théorie de la morphogénèse biologique, à laquelle il travaillait encore la veille de sa mort. Alan Mathison Turing est né le 23 juin 1912 à Paddington, non loin de Londres. Les premières années de sa vie sont ternes, et se per- dent dans les brumes du sud de l'Angleterre. Ce sont celles d'un enfant exilé, ballotté entre diverses familles d'accueil, sevré d'affection, pur produit de l'Empire britannique. Ses parents, Julius et Ethel Turing, fonctionnaires coloniaux de tradition familiale, vivent en Inde et ne séjournent qu'épisodiquement en Europe. Curieux mais rêveur, inventif mais souvent replié sur lui-même, Alan découvre à treize ans le monde des collèges privés anglais, à Sherbome en l'occurrence, où il est mis en pension. Solitaire, brouillon, il n'y brille guère. Il ne s'agit pas d'un manque d'intérêt pour les études, mais plutôt du refus d'un cadre pédagogique qui ne lui convient pas. En fait, Alan Turing apprend beaucoup, mais surtout par lui-même, à partir d'ouvrages offerts ou empruntés. Les mathématiques pures le fascinent. Un non-conformisme de plus dans un système scolaire qui considère ce domaine comme mineur, et privilégie les sciences utiles : la physique, la chimie, les sciences naturelles. Peu d'événements marquants viendront rythmer cette vie ordinaire d'un adolescent juste un peu plus 68 SCIENCE & VIE MICRO N°57 JANVIER 1989
excentrique que les autres, sinon une très grande amitié, proche de l'idolàtrie, pour l'un de ses camarades. La disparition tragique de cet ami marquera à jamais Turing, qui ne retrouvera jamais, parmi ses rencontres ultérieures, de relation aussi forte. Tant bien que mal, gràce notamment à quelques professeurs qui apprécient l'indépendance de son intelligence, Alan parvient à poursuivre sa scolarité. A 19 ans, le voici à Cambridge, au King's College. C'est là que sa passion pour les mathématiques parvient enfin à s'exprimer sans entraves. Les mathématiques pures le fascinent toujours, mais également leurs connexions avec le monde réel, à travers cer- taines découvertes révolutionnaires comme la relativité ou la mécanique quantique. A partir de 1935, Turing se passionne pour la logique. Et il s'attaque à un énorme morceau, eu égard à son jeune àge : la réfutation des propositions de Hilbert, qui va déboucher sur une découverte étonnante : la définition théorique d'une machine à calculer universelle, c'est-à-dire programmable Dans les années 1920, le mathématicien allemand David Hilbert avait lancé un vaste défi Alan Turing ou l'énigme de l'intelligence, par Andrew Hodges, traduction française de Nathalie Zimmermann, éditions Payot, 280 F. à la communauté scientifique : prouver la décidabilité des mathématiques, c'est-àdire unifier les différentes branches des mathématiques (théorie des nombres, logique, etc.) en un système « consistant (dépourvu de paradoxes), et complet (dont chaque assertion vraie peut être prouvée à l'intérieur du système). Hilbert était bien sûr convaincu qu'une démonstration serait possible. Mais dès 1931, le logicien autrichien Kurt Gôdel démolit avec son théorème d'incomplétude un large pan de l'édifice : il prouve qu'aucun système axiomatique ne peut générer toutes les vérités de la théorie des nombres sans engendrer dans le même temps des paradoxes. Gôdel laisse toutefois une question de côté : dans un système axiomatique donné, peut-on déterminer mécaniquement si une proposition sera indécidable, c'est-à-dire indémontrable, dans ce système. C'est à ce problème qu'Alan Turing apporte une réponse - négative -, dans un mémoire publié en 1936. S'il n'est alors pas le seul à travailler sur les propositions de Hilbert, et à les réfuter, sa démonstration repose sur un concept totalement nouveau. Turing prend à la lettre l'idée de mécanisation du tri entre propositions décidables ou non. Ce qui l'amène à concevoir de manière théorique une machine capable d'effectuer n'importe quel calcul qu'un homme pourrait faire. Ce calculateur universel, que l'histoire de l'informatique retient sous le nom de machine de Turing est d'une simplicité étonnante, et préfigure, de manière frappante, les caractéristiques fondamentales des futurs ordinateurs. Trois éléments le composent : une unité de contrôle permettant de définir plusieurs états théoriques de la machine ; une bande de papier, de longueur indéfinie, divisée en cases de taille égale ; un bras mobile, piloté par l'unité de contrôle, capable de lire, d'écrire ou d'effacer un caractère dans chaque case, et qui se déplace le long du ruban. Les caractères lus ou écrits constituent le vocabulaire du système, qui dans sa version la plus simple n'en compte que deux : 0 et 1. La machine de Turing part du principe qu'à chaque calcul correspond un algorithme fini, que l'on peut décomposer en une série d'opérations élémentaires. Cet enchaînement peut être « programmé à travers une table de décision, c'est-à-dire un tableau à double entrée qui donne, à un instant donné, l'instruction à effectuer en fonction de l'état de la machine, et du caractère lu dans la case courante. Ainsi, avec une machine de Turing à sept états internes et un vocabulaire de deux caractères SCIENCE & VIE MICRO No 57 - JANVIER 1989 69



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


SVM numéro 57 janvier 1989 Page 1SVM numéro 57 janvier 1989 Page 2-3SVM numéro 57 janvier 1989 Page 4-5SVM numéro 57 janvier 1989 Page 6-7SVM numéro 57 janvier 1989 Page 8-9SVM numéro 57 janvier 1989 Page 10-11SVM numéro 57 janvier 1989 Page 12-13SVM numéro 57 janvier 1989 Page 14-15SVM numéro 57 janvier 1989 Page 16-17SVM numéro 57 janvier 1989 Page 18-19SVM numéro 57 janvier 1989 Page 20-21SVM numéro 57 janvier 1989 Page 22-23SVM numéro 57 janvier 1989 Page 24-25SVM numéro 57 janvier 1989 Page 26-27SVM numéro 57 janvier 1989 Page 28-29SVM numéro 57 janvier 1989 Page 30-31SVM numéro 57 janvier 1989 Page 32-33SVM numéro 57 janvier 1989 Page 34-35SVM numéro 57 janvier 1989 Page 36-37SVM numéro 57 janvier 1989 Page 38-39SVM numéro 57 janvier 1989 Page 40-41SVM numéro 57 janvier 1989 Page 42-43SVM numéro 57 janvier 1989 Page 44-45SVM numéro 57 janvier 1989 Page 46-47SVM numéro 57 janvier 1989 Page 48-49SVM numéro 57 janvier 1989 Page 50-51SVM numéro 57 janvier 1989 Page 52-53SVM numéro 57 janvier 1989 Page 54-55SVM numéro 57 janvier 1989 Page 56-57SVM numéro 57 janvier 1989 Page 58-59SVM numéro 57 janvier 1989 Page 60-61SVM numéro 57 janvier 1989 Page 62-63SVM numéro 57 janvier 1989 Page 64-65SVM numéro 57 janvier 1989 Page 66-67SVM numéro 57 janvier 1989 Page 68-69SVM numéro 57 janvier 1989 Page 70-71SVM numéro 57 janvier 1989 Page 72-73SVM numéro 57 janvier 1989 Page 74-75SVM numéro 57 janvier 1989 Page 76-77SVM numéro 57 janvier 1989 Page 78-79SVM numéro 57 janvier 1989 Page 80-81SVM numéro 57 janvier 1989 Page 82-83SVM numéro 57 janvier 1989 Page 84-85SVM numéro 57 janvier 1989 Page 86-87SVM numéro 57 janvier 1989 Page 88-89SVM numéro 57 janvier 1989 Page 90-91SVM numéro 57 janvier 1989 Page 92-93SVM numéro 57 janvier 1989 Page 94-95SVM numéro 57 janvier 1989 Page 96-97SVM numéro 57 janvier 1989 Page 98-99SVM numéro 57 janvier 1989 Page 100-101SVM numéro 57 janvier 1989 Page 102-103SVM numéro 57 janvier 1989 Page 104-105SVM numéro 57 janvier 1989 Page 106-107SVM numéro 57 janvier 1989 Page 108-109SVM numéro 57 janvier 1989 Page 110-111SVM numéro 57 janvier 1989 Page 112-113SVM numéro 57 janvier 1989 Page 114-115SVM numéro 57 janvier 1989 Page 116-117SVM numéro 57 janvier 1989 Page 118-119SVM numéro 57 janvier 1989 Page 120-121SVM numéro 57 janvier 1989 Page 122-123SVM numéro 57 janvier 1989 Page 124-125SVM numéro 57 janvier 1989 Page 126-127SVM numéro 57 janvier 1989 Page 128-129SVM numéro 57 janvier 1989 Page 130-131SVM numéro 57 janvier 1989 Page 132-133SVM numéro 57 janvier 1989 Page 134-135SVM numéro 57 janvier 1989 Page 136-137SVM numéro 57 janvier 1989 Page 138-139SVM numéro 57 janvier 1989 Page 140-141SVM numéro 57 janvier 1989 Page 142-143SVM numéro 57 janvier 1989 Page 144-145SVM numéro 57 janvier 1989 Page 146-147SVM numéro 57 janvier 1989 Page 148-149SVM numéro 57 janvier 1989 Page 150-151SVM numéro 57 janvier 1989 Page 152-153SVM numéro 57 janvier 1989 Page 154-155SVM numéro 57 janvier 1989 Page 156-157SVM numéro 57 janvier 1989 Page 158-159SVM numéro 57 janvier 1989 Page 160-161SVM numéro 57 janvier 1989 Page 162-163SVM numéro 57 janvier 1989 Page 164-165SVM numéro 57 janvier 1989 Page 166-167SVM numéro 57 janvier 1989 Page 168-169SVM numéro 57 janvier 1989 Page 170-171SVM numéro 57 janvier 1989 Page 172