Métro Montréal n°2021-04-14 mercredi
Métro Montréal n°2021-04-14 mercredi
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2021-04-14 de mercredi

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Médias Transcontinental S.E.N.C.

  • Format : (279 x 286) mm

  • Nombre de pages : 12

  • Taille du fichier PDF : 8,4 Mo

  • Dans ce numéro : des travailleurs mis de côté.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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t"'journalmetro.com'n, métr Mercredi 14 avril 2021 CULTURE L’intrigant et vertigineux Rien du tout d’Olivia Tapiero Littérature. L’autrice et traductrice Olivia Tapiero publiait récemment un cinquième ouvrage explosif, Rien du tout. Poésie ? Essai ? Récit ? Quoi qu’il en soit, la lecture, elle, passe du tout au rien sans prévenir. Rencontre. AMÉLIE REVERT arevert@journalmetro.com « Il y a des vies organisées à partir d’absences, comme les galaxies qui se forment autour des trous noirs. » À la page 16 de Rien du tout, paru aux Éditions Mémoire d’encrier, Olivia Tapiero nous donne l’une des clés d’un objet hors du cadre  : le vide. « Un livre fait sans prothèses, sans personnages, sans trames, sans prétextes », dit-elle. « Je parle beaucoup de la bouche, des orifices du corps. Le corps ouvert, le corps troué. Pour moi le corps est incomplet. Il est en relation avec d’autres corps et des histoires qu’il ne connaît même pas, mais qu’il porte », poursuit l’autrice. Et parmi cette matière organique perforée, il y a les silences sur des pages à demi-blanches. Ceux qui sont transmis, ceux liés aux violences sexuelles, les coloniaux, « comme cet espèce d’ordre que l’on nous donne de garder le silence ». Comment écrire alors autour de ce silence-là ? « Sans prendre sa place, mais en lui donnant la place qui lui est due. Et la parole ne s’en sort pas indemne », répond avec assurance Olivia Tapiero. Déconstruire, décomposer « Si je réfléchis à la colonisation, aux violences portées par les corps non-masculins, ça ne peut pas être dans un roman descriptif de 300 pages. Ça ne fait aucun sens pour moi. Il faut chercher autre chose », poursuit l’écrivaine qui a fait de la décomposition et de la déconstruction de la subjectivité son essence. « Est-ce que c’est moi, ou d’autres qui parlent à travers moi ? » Elle seule le sait. « La littérature a quelque chose d’un peu oblique, où l’on n’aborde pas ces questions [de genre] frontalement. Je pense, au contraire, que c’est une façon de réfléchir le monde, en dehors des identités stables. » C’est ainsi qu’elle a laissé le processus d’écriture et de réflexion guider la forme, le propos, l’identité de Rien du tout. « Je ne suis pas quelqu’un qui fait des plans et qui avance Davantage de diversité culturelle sur nos écrans réclamée Adib Alkhalidey, Mélissa Bédard, Cynthia Wu-Maheux et quelques autres unissent leurs voix pour réclamer plus de diversité sur nos écrans. La campagne Découvrons-nous souhaite sensibiliser et éduquer le public ainsi que l’industrie audiovisuelle à la richesse de la différence afin que le petit et le grand écran soient davantage représentatifs de notre réalité multiculturelle. MÉTRO Rien du tout est le cinquième ouvrage d’Olivia Tapiero./GRACIEUSETÉ en les suivants », précise-t-elle. En outrepassant tous les codes établis de l’écriture, de l’édition, du marché, elle parvient, de fait, à ce qu’elle souhaite. « Je n’ai pas envie de faire un récit qui viendrait des autres, je n’ai pas envie de retracer des origines, de résoudre la violence, d’arriver comme à une fin qui se boucle. » Et d’ajouter « c’est plutôt une question d’être traversée et de traverser ». Selon Olivia Tapiero, il y aurait aussi un côté indigeste dans ce texte qu’elle envisage comme une partie de son corps. « Je vomis quelque chose du monde, j’en joue. Et j’aspire à être indigeste, peut-être », soumet-elle. Toutes ces choses qu’elle raconte, décrit, évoque ne peuvent en effet pas l’être de « façon linéaire ». En résumé  : « ne pas digérer l’indigérable, car l’intuition ne vient pas de nulle part. Elle vient de ce qu’on a absorbé, digéré, et surtout ce qu’on ne digère pas. » Olivia Tapiero, le féminisme et l’écologie « Il y a une démarche féministe dans le fait de ne pas adhérer aux grands récits, à certains « Ne pas trop combler les failles, ne pas trop expliquer est comme une forme de préservation pour moi. Il y a une violence dans le langage, dans le fait de nommer les choses et de les contraindre. Nommer est une façon de dominer. Pour moi écrire n’est pas nommer, mais éprouver ou faire éprouver. » types de narration. La pensée existe, et elle peut prendre plusieurs formes », tient à souligner Olivia Tapiero. Alors qu’elle réussit, au fil des histoires, à s’extraire de ses études universitaires qui l’ont « beaucoup formatée dans la valorisation du roman », elle considère Rien du tout « comme un livre de liberté ». Et plus encore, elle voit dans la « dissolution des catégories une forme de queerage des formes » bien ancré dans notre époque où l’émancipation devient visible. « Pour moi, c’est lié à une conscience écologique dans le sens où les narrations solides sont une façon de nous séparer des écosystèmes. Nous sommes la seule espèce qui se raconte le monde pour mieux s’en séparer. Tout cela participe à un désastre. » Violence du colonialisme Pour Olivia Tapiero, toute intention est valable pour aborder la violence qui, peu importe LA CRÈME DES FROMAGES à découvrir Rendez-vous sur journalmetro.com/inspirations 8 Olivia Tapiero, autrice sa forme (sociale, sexuelle, colonialiste…), imprègne et se confond dans Rien du tout. « Ce livre est celui où je nomme le plus les endroits. J’essaie d’en prendre soin. Le Vietnam est là en rapport à la colonisation française. À la fin, il y a aussi Oran, Kahnawake, Oka, qui ont été des lieux de conflits, de colonisation, de domination par des forces coloniales francophones en l’occurrence. » Elle n’hésite d’ailleurs pas à citer la violence masculine comme étant un « prolongement » de la violence coloniale. « J’écrivais, et je me demandais si je parlais d’une peine d’amour ou de la colonisation de l’Algérie. Et puis il y a eu un déclic. Ma réponse était oui pour les deux », se souvient-elle. « Il y a quelque chose à ce niveau, à montrer comment la colonisation affecte le désir, le langage, le rapport aux autres, soutient-elle. Nous héritons des silences, peu importe le côté de l’histoire où nous nous plaçons. »
m étr journalmetro.com Mercredi 14 avril 2021 ART VIVRE de En 1984, alors que le quartier Villeray était loin de l’embourgeoisement actuel, M. Baptiste, immigrant haïtien, se retrouve du jour au lendemain sans boulot. La boutique de joaillerie dans laquelle il travaille à l’époque ferme ses portes. C’est à ce moment qu’il décide de se lancer dans les affaires. « Je voyais d’autres qui ont tenté [de partir une entreprise], alors je me suis dit que j’allais essayer. Si ça marche, ça marche et si ça ne marche pas, au moins j’aurai essayé », pensait-il alors. Pour marcher, ça a marché fort. « Au-delà nos espérances », reconnait M. Baptiste avec humilité. Un tour de force pour cet homme d’affaires qui On la dévore du regard… La firme montréalaise Juliette & Chocolat lance une nouvelle tablette de chocolat blond au sucre à la crème et pacanes sablées dont l’emballage a été dessiné par l’artiste urbain Whatisadam. Disponible dès aujourd’hui dans toutes les boutiques et sur www.julietteetchocolat.com, 7,99$. Histoire d’une réussite qui dure Véritable institution de la rue Jarry, le Marché Méli-Mélo est connu bien au-delà du quartier Villeray pour ses mets créoles savamment préparés. Rencontre avec Jean-Michel Baptiste, fondateur et propriétaire de l’un des restaurants haïtiens les plus connus de Montréal. ne connaissait rien en cuisine, de son propre aveu. « J’ai eu la chance de trouver de bons cuisiniers haïtiens qui ont préparé des plats que les gens aiment », dit-il. C’est un reportage du journaliste Paul Toutant en 1993 qui a mis le Marché Méli-Mélo « sur la mappe ». « Ça nous a donné un énorme coup de pouce, admet-il. Il était venu juste comme ça un après-midi. Il m’a dit « Monsieur je vais faire un petit reportage sur le Méli-Mélo, est-ce que vous acceptez ? » Je lui ai dit « mais pourquoi donc ? » » Si M. Baptiste raconte cet épisode en rigolant aujourd’hui, c’est parce qu’à l’époque, il comprenait mal comment on pouvait s’intéresser à son petit casse-croute. D’autant plus que, dans ces années-là, les Haïtiens pouvaient avoir mauvaise presse. « Dans les années 1990, on parlait beaucoup du VIH. À un moment donné, on disait que les Haïtiens en étaient porteurs. Ensuite, on a parlé des gangs de rue, ça nous a fait très mal, parce que les gens ne voulaient pas rentrer chez nous », se souvient-il. Un modèle d’intégration Si Le Marché Méli-Mélo connait un succès retentissant, c’est parce qu’il a su s’intégrer VINCENT RIOUX vrioux@metromedia.ca La réputation du Marché Méli-Mélo n’est plus à faire, l’établissement servant des clients de presque partout au Québec./JOSIE DESMARAIS/MÉTRO « On est très ouverts, on ne se considère pas comme des importés. On est ici pour y rester, alors on doit mettre du cœur dans ce qu’on fait. » Jean-Michel Baptiste, fondateur et propriétaire du Marché Méli-Mélo dans le décor québécois, croit Jean-Michel Baptiste. « Les gens de notre quartier nous ont pris en main, parce qu’ils ont remarqué qu’on pouvait offrir quelque chose de nouveau, dit-il. On nous a adoptés. On est ouvert à tout le monde, on ne fait pas quelque chose pour les Haïtiens. On fait quelque chose pour le Québec », s’enorgueillit-il. D’ailleurs, M. Baptiste dit avoir des clients qui viennent de presque partout au Québec pour déguster son griot, son riz collé et ses bananes pesées. mcis créole dVio c9mmander r ; ! ! a ia caisse me.e._-Pee et.1- e", pour empOrt 9



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