Lui n°208 mai 1981
Lui n°208 mai 1981
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°208 de mai 1981

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 202

  • Taille du fichier PDF : 190 Mo

  • Dans ce numéro : Véronique Genest, l'héroïne de Zola révélée par la télé.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 92 - 93  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
92 93
« MOI, UN NOIR, A LA MAISON-BLANCHE » « J'étais curieux de voir combien de votes je recevrais... De toutes façons, n'importe qui aurait été meilleur que ceux qui nous dirigeaient à l'époque ! » demandé  : « Qu'est-ce que ça veut dire, H.n.i.c. ? - Voyons, Adam, vous le savez bien. Mais il a insisté, me reposant la question, et comme il y avait huit personnes à sa table je lui ai chuchoté à l'oreille  : « Ça veut dire "Le Grand Chef Noir (Head Nigger In Charge)". » - J'en veux un absolument moi aussi, fit Adam. - Adam, je vais vous dire, je peux vous en procurer un mais pas avec les mêmes initiales, parce que le "Grand Chef Noir" c'est moi ! Si ça vous fait plaisir vous pouvez être le "N.n.i.c. (Next Nigger In Charger, le Grand Chef Noir en Second". » Finalement, je lui ai acheté le même briquet et j'ai fait graver dessus  : « Au Grand Chef Noir en Second »... Adam l'avait toujours sur son bureau quand je suis allé à Washington l'année suivante. Adam était un type très astucieux, même trop, et il a dépassé ses limites à un moment donné. Il s'est dit  : « Si le sénateur Dodd fait ça, je peux bien le faire moi aussi. » Il a raisonné comme s'il était « blanc ». Et il a eu tort, malgré le poids qu'il avait au Congrès. Quand on passe à l'attaque, il faut s'attendre à être mis en cause à son tour et être sûr de n'avoir rien à se reprocher. C'est pourquoi j'ai décidé de me présenter comme candidat à la présidence, avec l'idée de me servir des voix et de la publicité que j'aurais pour militer en faveur du changement. Il ne s'agissait pas seulement d'un « coup publicitaire ». J'ai fait des discours et mis du monde en campagne. J'étais vraiment curieux de voir combien de votes je recevrais, combien de gens estimeraient que je ferais un bon président. De toute façon, n'importe qui aurait été meilleur que ceux qui nous dirigeaient à l'époque, toujours à faire traîner les choses dès qu'il s'agissait de protéger les Noirs dans l'exercice de leurs droits civiques et même humains, et à mener des guerres souterraines contre d'autres pays dans 92 le monde entier. Durant une de mes campagnes, Goldwater se présentait contre Johnson. L'Histoire a dépeint Johnson depuis comme un président plutôt bien mais, à l'époque, les électeurs n'avaient pas le choix. J'étais le seul candidat possible pour des gens sensés. L'origine de toute cette affaire remonte en grande partie à la marche sur Washington pour le Travail et la Liberté en 1963, et au festival de Jazz de Newport, deux manifestations que j'avais soutenues. Juste avant, George Wein et moi avions participé à l'émission télévisée « Les jeunes veulent savoir » diffusée dans tout le pays. J'avais été à cette occasion interviewé par un « panel » d'étudiants. - M. Gillespie, pourquoi ne voit-on pas plus d'artistes noirs à la télévision ? - Je voudrais bien connaître la réponse à cette question. Je pense qu'il s'agit de discrimination raciale. - M. Gillespie, il existe à Washington Dc une station de télévision destinée à un public noir. Le personnel est noir et on y voit des artistes noirs. Pensez-vous qu'il y ait une évolution en cours vers la création de stations réservées aux Noirs ? J'estime que les gens devraient mettre leurs fonds en commun pour se payer quelque chose qui leur convienne, car s'ils n'en ont pas pour leur argent et c'est le cas dans les stations gérées par les Blancs —, il semble parfaitement normal qu'ils essaient d'obtenir mieux par leurs propres moyens. - M. Gillespie, pensez-vous que si les représentants du Sud tentent un « filibuster » (un moyen de faire obstruction qui consiste à occuper la tribune en parlant indéfiniment pour empêcher l'adversaire d'y monter à son tour pratique considérée comme légale aux Etats-Unis, mais pas très honnête, ce qui explique l'origine du mot !) contre les droits civiques, les Noirs auront toutes raisons d'organiser d'autres manifestations ? - C'est une certitude. S'il y a un « filibuster », vous pouvez être certains que deux ou trois cent mille personnes marcheront sur Washington et iront s'asseoir sur le plancher du Sénat et des salles de réunions... La femme de Ralph Gleason, Jean, pensait qu'il fallait opposer quelqu'un à Goldwater et c'est ainsi que nous avons organisé une grande campagne en Californie, qui s'est ensuite étendue au reste du pays, avec des gadgets du genre autocollants sur les pare-chocs des voitures et lancers de ballons. Il s'en est fallu de peu que mon nom se trouve sur la liste officielle en Californie. Beaucoup de gens ont voté pour moi par correspondance, mais je ne sais plus combien. Moi, j'étais surtout heureux de me présenter. Le 29 juin 1963, Jeannie Gleason, ma conseillère en titre, reçut un télégramme de Dick Gregory (humoriste noir, artiste de la radio et de la télévision) me confirmant son appui en ces termes  : « Merci beaucoup pour le badge "Dizzy Gillespie". Je n'ai pas besoin de vous dire que je vote pour Diz, mais j'aimerais faire une suggestion  : que penseriez-vous de Miles Davis comme ministre des Affaires étrangères ? Tous mes voeux. Dick Gregory. » Le 21 octobre, à l'occasion de mon anniversaire, nous avons organisé une soirée dansante au Basin Street West de San Francisco sous le signe de « Dizzy President », en invitant tous mes partisans de Californie à venir et à apporter de l'argent pour la campagne. Mon agent de publicité pour cette campagne était Ralph Gleason, le journaliste de jazz qui rédigea une série d'articles sur mes qualités essentielles, par exemple mon expérience en politique étrangère. Il faisait aussi remarquer qu'on voyait des gens arborer mon badge partout, dans des rassemblements duC.o.r.e. (Congress of Racial Equality) dans l'Ohio, et dans des villes comme Paris, Chicago, New York, Philadelphie et Los Angeles. Un de mes supporters au moins portait ce badge (en réalité, (Suite page 181.)
93



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Lui numéro 208 mai 1981 Page 1Lui numéro 208 mai 1981 Page 2-3Lui numéro 208 mai 1981 Page 4-5Lui numéro 208 mai 1981 Page 6-7Lui numéro 208 mai 1981 Page 8-9Lui numéro 208 mai 1981 Page 10-11Lui numéro 208 mai 1981 Page 12-13Lui numéro 208 mai 1981 Page 14-15Lui numéro 208 mai 1981 Page 16-17Lui numéro 208 mai 1981 Page 18-19Lui numéro 208 mai 1981 Page 20-21Lui numéro 208 mai 1981 Page 22-23Lui numéro 208 mai 1981 Page 24-25Lui numéro 208 mai 1981 Page 26-27Lui numéro 208 mai 1981 Page 28-29Lui numéro 208 mai 1981 Page 30-31Lui numéro 208 mai 1981 Page 32-33Lui numéro 208 mai 1981 Page 34-35Lui numéro 208 mai 1981 Page 36-37Lui numéro 208 mai 1981 Page 38-39Lui numéro 208 mai 1981 Page 40-41Lui numéro 208 mai 1981 Page 42-43Lui numéro 208 mai 1981 Page 44-45Lui numéro 208 mai 1981 Page 46-47Lui numéro 208 mai 1981 Page 48-49Lui numéro 208 mai 1981 Page 50-51Lui numéro 208 mai 1981 Page 52-53Lui numéro 208 mai 1981 Page 54-55Lui numéro 208 mai 1981 Page 56-57Lui numéro 208 mai 1981 Page 58-59Lui numéro 208 mai 1981 Page 60-61Lui numéro 208 mai 1981 Page 62-63Lui numéro 208 mai 1981 Page 64-65Lui numéro 208 mai 1981 Page 66-67Lui numéro 208 mai 1981 Page 68-69Lui numéro 208 mai 1981 Page 70-71Lui numéro 208 mai 1981 Page 72-73Lui numéro 208 mai 1981 Page 74-75Lui numéro 208 mai 1981 Page 76-77Lui numéro 208 mai 1981 Page 78-79Lui numéro 208 mai 1981 Page 80-81Lui numéro 208 mai 1981 Page 82-83Lui numéro 208 mai 1981 Page 84-85Lui numéro 208 mai 1981 Page 86-87Lui numéro 208 mai 1981 Page 88-89Lui numéro 208 mai 1981 Page 90-91Lui numéro 208 mai 1981 Page 92-93Lui numéro 208 mai 1981 Page 94-95Lui numéro 208 mai 1981 Page 96-97Lui numéro 208 mai 1981 Page 98-99Lui numéro 208 mai 1981 Page 100-101Lui numéro 208 mai 1981 Page 102-103Lui numéro 208 mai 1981 Page 104-105Lui numéro 208 mai 1981 Page 106-107Lui numéro 208 mai 1981 Page 108-109Lui numéro 208 mai 1981 Page 110-111Lui numéro 208 mai 1981 Page 112-113Lui numéro 208 mai 1981 Page 114-115Lui numéro 208 mai 1981 Page 116-117Lui numéro 208 mai 1981 Page 118-119Lui numéro 208 mai 1981 Page 120-121Lui numéro 208 mai 1981 Page 122-123Lui numéro 208 mai 1981 Page 124-125Lui numéro 208 mai 1981 Page 126-127Lui numéro 208 mai 1981 Page 128-129Lui numéro 208 mai 1981 Page 130-131Lui numéro 208 mai 1981 Page 132-133Lui numéro 208 mai 1981 Page 134-135Lui numéro 208 mai 1981 Page 136-137Lui numéro 208 mai 1981 Page 138-139Lui numéro 208 mai 1981 Page 140-141Lui numéro 208 mai 1981 Page 142-143Lui numéro 208 mai 1981 Page 144-145Lui numéro 208 mai 1981 Page 146-147Lui numéro 208 mai 1981 Page 148-149Lui numéro 208 mai 1981 Page 150-151Lui numéro 208 mai 1981 Page 152-153Lui numéro 208 mai 1981 Page 154-155Lui numéro 208 mai 1981 Page 156-157Lui numéro 208 mai 1981 Page 158-159Lui numéro 208 mai 1981 Page 160-161Lui numéro 208 mai 1981 Page 162-163Lui numéro 208 mai 1981 Page 164-165Lui numéro 208 mai 1981 Page 166-167Lui numéro 208 mai 1981 Page 168-169Lui numéro 208 mai 1981 Page 170-171Lui numéro 208 mai 1981 Page 172-173Lui numéro 208 mai 1981 Page 174-175Lui numéro 208 mai 1981 Page 176-177Lui numéro 208 mai 1981 Page 178-179Lui numéro 208 mai 1981 Page 180-181Lui numéro 208 mai 1981 Page 182-183Lui numéro 208 mai 1981 Page 184-185Lui numéro 208 mai 1981 Page 186-187Lui numéro 208 mai 1981 Page 188-189Lui numéro 208 mai 1981 Page 190-191Lui numéro 208 mai 1981 Page 192-193Lui numéro 208 mai 1981 Page 194-195Lui numéro 208 mai 1981 Page 196-197Lui numéro 208 mai 1981 Page 198-199Lui numéro 208 mai 1981 Page 200-201Lui numéro 208 mai 1981 Page 202