Lui n°208 mai 1981
Lui n°208 mai 1981
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°208 de mai 1981

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 202

  • Taille du fichier PDF : 190 Mo

  • Dans ce numéro : Véronique Genest, l'héroïne de Zola révélée par la télé.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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LEURS TRUCS EN PLUME Le général de Gaulle lui-même, dans les années 1928.1930, avait été pressenti par... Pétain pour rédiger un ouvrage sur l'armée française ! idée qui lui est chère par-là. Parmi ces « collaborateurs », certains sont des célébrités. Comme Jean Cau qui fut la plume de l'ex-Pdg de Manufrance François Gadot-Clet. Comme Michel Legris, rewriter pour Jean-Pierre Soisson d'un livre  : Le style, c'est l'homme. Ou comme d'anciens journalistes François-Michel Gonod et Alain-Gérard Slama porte-plumes de personnalités Udf ou Rpr... Mais, le plus souvent, ce sont des hommes masqués qui refusent de révéler leur identité, de peur de s'attirer les foudres de leurs « négriers ». Ils sont habitués aux tâches ingrates qui les confinent dans l'obscurité propice pour préparer, confectionner, fouiller, rédiger, corriger pour le patron avec une totale soumission et le vague espoir d'un retour d'ascenseur. Quelques-uns ont trouvé la gloire, certains croupissent dans les cabinets, d'autres encore se sont mutinés. L'actualité fourmille d'exemples et l'Histoire en compte de célèbres. Permanence de la négritude... « Trouvez-moi un normalien qui sache écrire ! » En prononçant cette phrase, devenue célèbre, le général de Gaulle venait de donner sa chance à Georges Pompidou. De Gaulle lui-même, dans les années 1928-1930, avait été pressenti par... Pétain pour rédiger un ouvrage sur l'armée française ! Mais lorsque le futur auteur de l'appel du 18 juin comprit que son travail lui échapperait, il décida crânement de le parapher seul. C'était la première révolte du « plumitif » de Gaulle contre son « patron, Philippe Pétain ». Dans la perspective des consultations électorales, la demande est devenue plus forte, on a assisté même à une véritable inflation dans le recrutement de ceux qui exercent l'un des plus vieux métiers du monde !... Avant d'aller au feu, chaque candidat s'est armé du staff de « nègres » indispensable au peaufinage des thèmes et discours de sa camapgne. Il n'a plus qu'à se lancer au coeur de la bataille. 80 Des munitions, il en a besoin  : dans cette période, le nombre de tribunes, déclarations, discours et communiqués en tous genres qu'un homme politique candidat de surcroît —, est supposé rédiger, est énorme. « En plein boum, en pleine campagne, explique un ancien nègre de René Haby, on est amené à écrire en moyenne... trois discours par jour, sans compter les articles exclusifs aux journaux et les réponses ponctuelles aux questions du genre  : « Etes-vous favorable à la politique au lycée ? » ou « Ne pensez-vous pas que l'école mixte est mauvaise pour l'épanouissement de nos chérubins ? ». Pour nous, ce sont les moments les plus pénibles  : en général, on en voit la fin avec soulagement ! » La plupart d'entre eux côtoient les partis politiques, les cabinets ministériels, les grandes sociétés, les journaux, les universités, voire... les évêchés. D'autres, plus récemment repérés, sont entrés en négritude comme on entre en religion. « On m'a appelé lorsque je travaillais en extra pour des partis politiques, confie Bruno Téllène. L'essentiel de mon travail consistait à rédiger des discours pour la campagne électorale de 1978 ». Depuis Bruno Téllène a négrifié pour Raymond Barre, Simone Veil et Michel Poniatowski. Côté Majorité, la mode veut qu'ils soient normaliens (c'est le cas à 80%). « C'est simple, explique Jean-Thomas Nordmann, le directeur de cabinet d'un ministre ou d'un grand patron téléphone à M. Bousquet, le manitou de l'Ecole normale supérieure et lui précise le profil du nègre qu'il recherche. Bousquet en sélectionne un et le tour est joué, car l'élu ne refuse pratiquement jamais, trop fier d'avoir été retenu... » Dans l'opposition, les porte-plumes sont en général des collaborateurs de vieille date que l'on sait fidèles et surtout acquis aux idées du parti en question. « On ne recrute pas à l'extérieur, précise-t-on dans les couloirs du P.s., on préfère que les travaux soient concoctés non par une seule personne mais par plusieurs, chacune suivant sa spécialité ». Dès que le choix est fixé, commence le round d'observation. On teste les capacités du nouveau venu, afin de l'aiguiller vers la confection des discours généraux ou l'élaboration de livres, de textes ou d'articles. Des cuisines qui mijotent au sein du « cabinet littéraire » jouxtant le cabinet politique du ministre ou du patron soucieux de soigner son image de marque... « Il s'agit de voir si le nouveau nègre possède de bons muscles, le poil brillant et les dents blanches... avant de le mettre au charbon ! », souligne Laurent Wetzel, un ancien plumitif d'Alain Peyrefitte. Mais le « ghost-writing » en France n'est pas un métier institutionnalisé comme aux Etats-Unis. Le profil du nègre français reste flou  : il a entre vingt-huit et trente-cinq ans, il vient en général de l'enseignement ou de la recherche, il est spécialiste des questions scientifiques, agricoles ou financières, il « négrifie » occasionnellement par ambition personnelle ou pour se faire de l'argent de poche. Pourtant la rémunération reste maigre. « Par exemple, pour « L'avenir n'est écrit nulle part », l'essai de Michel Poniatowski, explique Bruno Téllène, on m'a établi un contrat journalistique. J'étais payé environ sept mille francs par mois pendant six mois. Mon rapport qualité/prix était encore relativement avantageux... » Mais si, en matière de rétribution, une fourchette est difficile à établir, la technique reste en revanche la même pour tous  : le nègre conduit ses recherches lui-même et écrit sa première mouture de discours en deux essais habituellement en quatre heures puis il la soumet à son patron pour recueillir avis et appréciations diverses. Celui-ci accepte en général la version à quelques détails près. « Il m'est arrivé, confie F. F..., de travailler plusieurs mois avec un ministre qui feignait de relire ce que je lui soumettais en griffonnant (Suite page 148.)
LA FESSE CACHÉE DE LA RÉPUBLIQUE Les programmes avoués intéressent moins Calvi que les inavouables... Il a imaginé Marianne soumise aux derniers outrages par chacun des candidats. République, que de frime on commet en ton nom... 81



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