Lui n°208 mai 1981
Lui n°208 mai 1981
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°208 de mai 1981

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 202

  • Taille du fichier PDF : 190 Mo

  • Dans ce numéro : Véronique Genest, l'héroïne de Zola révélée par la télé.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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LES SONNÉS DU PETIT MATIN A moins de renoncer à sa carrière et de se fâcher avec ses copains, on est condamné à se bousiller le foie, à se brouiller les neurones, à se calaminer les artères... (Suite de la page 126.) pressions qui l'accueillent. Le cortex, encore tout engourdi de fantasmes archaïques et chaleureux, est incapable, à cet instant, de la moindre résistance discursive et l'information morbide file d'un trait jusqu'aux sous-sols du rinencéphale où elle métastase des terreurs glauques avec une acidité lysergique... Dans cet état de prime enfance, la tonicité globale et la culture du sujet n'influent guère sur la modulation du détestable, et l'athlète philosophe n'est pas mieux garanti que la rognure analphabète. Tous sont égaux devant le radio-réveil ; tous s'échouent dans la même paranoïa poisseuse. Cependant, avec l'habitude, on ne s'aperçoit de rien et on porte l'affaissement vital au compte d'un simple manque de sommeil... Erreur tragique. Il suffit de retracer la journée d'un radio-réveillé pour se convaincre de l'étendue des dégâts. Sauvagement agressé par une nécrologie suggestive ou morigéné jésuitement par un spot antitabagique, le malheureux aura la première gauloise en berne et trouvera au café un arrière-goût amer de palpitations cardiaques. Et comme, après l'impact initial, l'ego reprend rapidement de la syntaxe, on imagine que la victime n'échappera à la psychose de l'Innommable que pour se ruer, statistiques en tête, dans la certitude du désastre cardiovasculaire. Il n'en faut pas davantage, chez un sujet commun, pour ramener en lisière de conscience des rumeurs de pulsion de mort propres à saccager les meilleurs moments de fraude existentielle. Bien sûr, pour être en première ligne, les grands fumeurs désobéissants n'ont pas le monopole de l'angoisse matinale. Le chantage à l'issue fatale sait se passer du déconnage génétique et de la nécrose cardiaque, les quelques faits divers quotidiens viennent à propos rappeler, à la même heure, la précarité ontologique de tout un chacun. La déprime n'épargnant personne, les plus atteints sont totalement incapables de prendre conscience 136 de leur état, tant ils considèrent comme normal de le voir si largement répandu... Il y a pourtant des vagues à l'âme qui devraient attirer l'attention. C'est ainsi, par exemple, qu'on note chez les sujets fleurant la quarantaine blasée une propension croissante, durant le stade du rasoir, à l'introspection dépressive s'égarant parfois jusqu'à supputer l'état d'avancement du compte à rebours intime... Au lieu de jubiler en retrouvant son image, ce qui, aux dires conjugués de Rabelais et Lacan, serait justement le propre de l'homme, le radio-réveillé marine dans un narcissisme concave, agité de murmures d'andropause à venir. « N'est-ce pas fou comme ça passe vite ? Sont-ce les gencives qui remontent ou les dents qui descendent ? Et sous les yeux... C'est plus des poches, c'est des oedèmes ! Et puis, tant de taches qui montent des profondeurs, tant de ridules qui s'enfoncent à leur rencontre... Il serait temps que la vue baisse ». Et autres complaintes médiévales. Etrange aberration dans une civilisation où, jusque-là, la force de l'âge exhibait ses pattes d'oie comme des palmes d'état-civil ! Pour le radioréveillé, les rides d'expression expriment surtout la fatigue des tissus... Il est vrai qu'on ne s'émeut généralement guère de ce manque d'appétence pour l'image propre, trop porté qu'on est à n'y voir que la conséquence d'une éducation virilement menée. Et, si vous n'êtes pas encore là, ne vous croyez pas immunisé pour autant. Tous sont loin d'aller jusqu'à méditer l'inéluctable retour à la terre, et la plupart ne se sentent que grognons. D'ailleurs, comme On dit si bien, la vie n'est pas drôle tous les jours, alors on ne voit pas pourquoi elle ne ferait pas la gueule aujourd'hui, et pourquoi pas aujourd'hui plus qu'hier, et pourquoi pas moins que demain ? Au train où vont les choses... Devant le spectacle du monde-à-la-une, il en est de même qui ne sont pas loin de se sentir épargnés. Momentanément, il est vrai... Aussi, on remarquera bien qu'on ne donne pas dans l'hédonisme fin de siècle ; on ne trousse pas le meilleur de s'attendre au pire, on flippe, au contraire pour des riens. Ceux qui n'ont pas réussi à verbaliser dans la salle de bains, devant leur tronche de sursitaire hagard, commencent généralement à bafouiller leur leçon à l'heure de l'apéritif. « Votre santé dépend aussi de vous ». Tout le monde s'est réveillé là-dessus l'année dernière. Depuis que la Sécu a des problèmes de trésorerie, tous les radioréveillés ont un docteur Europe dans le surmoi. Il est grand temps de réviser le mode d'emploi en baisse. On a beau savoir que la médecine fait des miracles, qu'un coeur artificiel marche souvent mieux qu'un vrai, on sait surtout que ça se monte pour des opérations de prestige et que la collectivité ne pourra pas payer ces pièces de rechange à tous ceux qui fument trop, qui boivent trop, qui bouffent trop et qui ne transpirent pas assez. On entend assez dire, tous les matins, qu'à prolonger les courbes, c'est tout juste si on pourra se faire faire une prostate pour la dernière ligne droite... D'ici à ce que la Sécu refuse de couvrir les fumeurs et les alcooliques mondains, il n'y a guère qu'un nouveau choc pétrolier... Il y a pourtant des déjeuners qu'il faut bien faire, des soirées auxquelles on ne peut pas échapper et des verres qui ne se refusent pas. Question de métier, de milieu, d'habitudes, de rites anthropoïdes. Votre santé dépend beaucoup des autres... Impossible de se soustraire à l'overdose de lipides, pas moyen de se défiler devant les hydrates de carbone, sauf à se mettre en marge et rejoindre le parti des bigots de la Vie claire. A moins de renoncer à sa carrière et de se fâcher avec les copains, on est condamné à se bousiller le foie, à se brouiller les neurones, à se calaminer les artères pour finalement s'abréger dans des douleurs vulgaires. Drôle de façon de se mettre à table pour un peuple qui, il n'y a (Suite page 190.)
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