Lui n°203 décembre 1980
Lui n°203 décembre 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°203 de décembre 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 234

  • Taille du fichier PDF : 224 Mo

  • Dans ce numéro : Anicee Alvina style Lui.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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MORT FINE Son délit est normalement passible de la peine de mort, mais les étrangers échappent à cette règle. Yves a droit à un avocat thaï... qui ne parle pas français (Suite de la p.193.) contre une caution de quarante mille dollars, elle jugea bon d'arrêter. Le 4 juin, un couple était arrêté à l'aéroport avec deux cents grammes dans des chaussures à double semelle. Ils avaient commis l'erreur de ne pas payer l'héroïne assez cher, leur vendeur comptant certainement sur la prime de dénonciation pour rentrer dans ses frais... Tous ne prennent pas le risque de voyager avec leur marchandise. Un trafic important a été découvert récemment, alors qu'il prenait une ampleur incroyable. Des passeurs envoyaient en France des enveloppes à leur nom, à des boîtes postales, voire à leur grandmère. Elles contenaient deux à trois grammes d'héroïne pure, certaines allant même jusqu'à trente grammes ! Quelle que soit l'astuce, elle finit presque toujours par être découverte. Malheureusement pour les trafiquants, tous les douaniers ne correspondent pas à l'image qu'en a donnée Fernand Raynaud. A force d'éventrer des tamtams, de dévisser des pièces d'échec et de s'intéresser aux ressemelages de certaines chaussures, ils ont acquis un instinct quasi maladif. Un peu vexés lorsqu'on leur adjoignit des chiens pour pallier leur odorat déficient, ils viennent de prendre une éclatante revanche. La dernière trouvaille consistait à utiliser de la naphtaline afin que les chiens ne sentent pas la drogue. On s'aperçut alors, mais un peu tard, que les douaniers, eux, sentaient très bien la naphtaline... Ceux qui se font ainsi cueillir par la police thaïlandaise comprennent vite qu'il vaut mieux se voir accuser d'être bouilleur de cru dans le Calvados que trafiquant de drogue à Bangkok. La fameuse loi d'exception permet en effet de garder les suspects douze jours au poste, puis soixante-douze jours en prison, toujours à la disposition de la police. Ce qui fait la bagatelle de quatre-vingt-quatre jours de garde à vue ! Si les prisonniers ne sont pas vraiment plus maltraités qu'ailleurs, le Thaï, comme tous les Asiatiques, 194 n'aime pas les perdants. Le gardien de prison n'a aucun respect pour celui qui s'est fait prendre, et pour lui, un drogué est quelqu'un dont l'âme a quitté le corps. Alors un Blanc drogué, est considéré comme un tout petit peu moins que rien. Les conditions de détention n'engendrent pas la franche rigolade. La nourriture est aussi infecte que dans toutes les geôles du monde. Si l'on ajoute les conditions d'hygiène déplorables, il ne reste plus qu'à évoquer les chaînes aux pieds pour constater que les traditions carcérales du Moyen Age sont encore soigneusement respectées au « Pays du sourire ». A Chiang Mai, la seconde ville du pays, dans le Nord, donc sur la route de Birmanie, ils sont vingt-quatre Européens en prison, dont deux femmes. Parmi eux, six Français. Yves, vingt-trois ans, ancien coursier parisien. Il a été arrêté il y a onze mois dans sa chambre d'hôtel avec deux cents grammes d'héroïne pure destinée à sa propre consommation. Il attend toujours d'être jugé. Dénoncé par sa logeuse, il s'est fait arrêter en compagnie d'un jeune touriste français qui, lui, n'a jamais touché à un gramme de drogue de sa vie. Ce qui ne l'empêche pas d'être toujours incarcéré. Il risque la réclusion perpétuelle. Son délit est normalement passible de la peine de mort, mais les ressortissants étrangers échappent à cette règle. En revanche, une douzaine de Thaïlandais ont été exécutés en 1978 et 1979. Yves a droit à un avocat thaï, qui ne parle pas français. Comme lui ne parle pas anglais, cela remet quelque peu en question les droits de la défense dans ce pays. « Les premiers mois, dont deux et demi de cachot, chaînes aux pieds ont été terribles, les six premiers surtout », dit-il. Yves n'est pas un voyou, c'est un drogué. Un drogué aujourd'hui guéri, mais à quel prix ! « Il ne faut pas que les jeunes drogués français viennent ici, dit-il. Il vaut mieux avoir des emmerdements en France, et subir les tracasseries de la politique, que de se retrouver en prison à l'étranger. Ici, la drogue est bon marché, mais elle revient beaucoup trop cher quand il faut la payer d'années et d'années de prison. » Christian était décorateur à Cannes. Il a vingt-quatre ans et a été dénoncé par le chauffeur de taxi qui lui avait vendu ses sept grammes. François, lui aussi dénoncé par son fournisseur, se drogue depuis dix ans. « C'était l'époque, ditil, où à Marseille la drogue ne valait pas cher non plus, avant le démantèlement de la French Connection. » Voilà un an qu'il est là. Il risque cinq à dix ans pour les dix grammes trouvés en sa possession. « Ne donnez pas mon nom de famille car je ne voudrais pas faire de peine au père Jaouen. J'ai fait avec lui la croisière sur le Bel Espoir, un voyage de huit mois aux Antilles. C'était merveilleux. Il faut dire aux jeunes Français qu'ici, on est tout de suite repéré. Si on est européen, jeune mal fringué, et qu'on ne voyage pas en car climatisé avec glaces teintées, on devient suspect, donc surveillé... Ici c'est le tarif maximum, sans discussion. Quand un gars revient dans la cellule et annonce  : « J'en ai pris pour vingt, trente, cinquante ans, ou à perpète », ça donne à réfléchir. Y'a du mouron à se faire. La moindre connerie, et c'est le cachot avec les chaînes de dix-sept kilos aux pieds, jour et nuit. En France, j'ai été arrêté cinq fois pour usage de drogue. Chaque fois j'ai obtenu le sursis. Ici, j'ai été arrêté une fois, et je vais prendre le paquet ! » Pendant que ceux-ci écopent, d'autres continuent à alimenter le flot qui les a fait chavirer. Les experts agronomes sont formels  : les tribus montagnardes sont de gais laboureurs. Le cru d'opium 1980 sera une très bonne année, et pour 1981, on prévoit six cents à sept cents tonnes déversées sur le marché, soit soixante à soixante-dix tonnes d'héroïne pure à 95% après transformation. La marée blanche n'a pas fini de déferler, et, comme dit François  : « Y'a du mouron à se faire ! » Roger Holeindre. -.



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