Lui n°203 décembre 1980
Lui n°203 décembre 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°203 de décembre 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 234

  • Taille du fichier PDF : 224 Mo

  • Dans ce numéro : Anicee Alvina style Lui.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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PRESENCE D'ESPRITS Mais la table ordonne  : « Taisez-vous, chiens ! »... et dehors les chiens se taisent. Des coïncidences énigmatiques inquiètent les assistants... (Suite de la p.144.) dant la Terreur, est d'abord accueilli avec une admiration chaleureuse non dénué d'un vague sentiment de culpabilité. Les proscrits de Jersey ne sont-ils pas attachés à l'esprit de la Révolution ? Victor Hugo prie donc courtoisement Chénier d'achever, depuis l'au-delà, son oeuvre prématurément interrompue par la guillotine. Invitation imprudente ! Durant quatre nuits, la table semble atteinte de logorrhée ! Ce Chénier d'outre-tombe est devenu un raseur. A chaque nouvelle séance il est là, et le déluge d'alexandrins recommence. Il insiste. Victor Hugo, à bout de patience, lui demande de changer de sujet  : et s'il racontait son expérience de décapité ? Alors, Chénier s'exécute  : il a vu « un panier plein de boue rougeâtre, au fond de l'égout de l'échafaud », et il s'est dit  : « Je vais être là... » Le 6 janvier, la table révèle un fait « historique » inouï  : l'incroyable réconciliation, dans l'au-delà, du poète supplicié avec son bourreau Robespierre. Tableau attendrissant  : « Frère, nous nous retrouvons dans la grande famille des décapités. », déclame Robespierre. Mais Chénier a de la suite dans les idées  : il veut de nouveau dicter ses vers ! L'assistance ne cache plus son ennui. L'esprit de Chénier se fâche  : il ne reviendra plus, dit-il, avant vingt jours. - Pourquoi si loin ? - Inattention. Le mot est dit. Chénier est blessé, humilié, d'autant plus que Victor Hugo est là. Ce ne sont pas des choses qui se font entre poètes ! Chénier ne viendra plus jamais dans le salon de Marine Terrace, en dépit des messages pressants que l'on a chargé l'esprit de Shakespeare de lui transmettre. Autour de la maison, la nature ellemême semble de connivence avec les esprits. Un soir, de janvier 1854, la petite table semble prise de convultions, elle parle soudain  : « Ils aboient, dit-elle. » Stupeur ! Voilà qu'autour de la maison des chiens se mettent à 152 aboyer furieusement. Tous les détails de ces moments d'épouvante seront scrupuleusement notés. On interroge l'esprit  : - La maison est-elle entourée de spectres ? - Oui. Mais la table ordonne  : « Taisez-vous chiens » et dehors les chiens se taisent. Calme soudain, mais très vite, les aboiements reprennent. Les chiens hurlent dans toute la plaine et sur toute la grève. - Pourquoi aboient-ils ? — Ils voient les oiseaux noirs... « Taisez-vous chiens ! », dicte la table. Et les aboiements cessent... Des coincidences énigmatiques inquiètent les assistants  : le jeudi 17 août 1854, un esprit apparemment affaibli frappe des coups à peine perceptibles. Il se nomme en latin  : felix miser c'est un « chat malheureux ». Le compte rendu des séances signale que la chatte de la maison est encore malade le lendemain matin, à la suite d'une crise d'épilepsie qui l'avait saisie durant la séance... A vrai dire, la vie quotidienne des exilés de Marine Terrace semble peu à peu se dérouler sous le regard omniprésent des esprits qui s'arrogent le droit de juger de tout. Un jour, l'un d'eux qui se nomme « l'ombre du sépulcre » s'indigne et accuse en alexandrins  : « Qu'est-ce que j'entends donc et qu'est-ce que j'apprends ? Quoi, dans cette maison, vous avez osé dire Que vous aimeriez mieux avoir dix mille francs Que dix phrases du grand Shakespeare ! » Piqué au vif, Victor Hugo ce n'est pas lui qui a dit ça se défend avec fougue. Il s'écrie  : « Dix mille francs comme dix millions sont de la fange et de la poussière devant un vers de Shakespeare ! » Et pourtant il sait à quoi s'en tenir, lui aussi, sur la misère financière qui accable les proscrits de Jersey... D'autres nuits, un mystérieux visiteur sonne à la porte, vers trois heures du matin. Un soir, le 6 février 1854, la table donne la clé de l'énigme  : il s'agit d'un spectre, « L'Homme sans Tête », celui qui erre, disent les gens, sur la grève de Jersey. Pourquoi vient-il sonner ? Il le dit  : il veut lire des vers. De qui ? De Victor Hugo !... Mais on ne s'étonne plus de rien à Marine Terrace. Cependant, certains jours, le doute s'installe. On décide alors de mettre à l'épreuve l'esprit qui parle. Parfois, il répond de bonne grâce. Mais souvent l'esprit élude la question ; il s'irrite  : « Comme je ne viens pas de si loin pour faire des choses inutiles, je m'en vais » Et si, par hasard, la table donne une réponse fausse, elle se justifie par une casuistique des plus subtiles  : « J'ai eu l'ordre de me tromper  : nous devons faire douter ceux que nous ne pouvons persuader... douter c'est la moitié de croire ». Victor Hugo, lui, ne doute pas. Et pourquoi le ferait-il ? Le 14 septembre 1853, l'esprit de la Tragédie parle et fait son éloge  : « Tu crées des mondes, les astres sont jaloux... Tu es immense ». Le lendemain, c'est la Critique qui s'exprime  : elle traite publiquement Alfred de Vigny de caniche des salons » et Prosper Mérimée de « King Charles des vieilles femmes », jugements accueillis par des rires et des applaudissements. Et Auguste Vacquerie, qui participe à la séance, est qualifié de « petit poète ». Est-ce l'inconscient de Victor Hugo qui parle là ? Durant deux ans, plus de cent générations de poètes et de philosophes trépassés chanteront ses louanges et le désigneront comme leur porte-parole pour les millénaires à venir. Eschyle, Molière, Racine, viendront lui présenter leurs vers postmortem... qui ressemblent étrangement à ceux de Victor Hugo ! Shakespeare ira même jusqu'à se servir des pieds du guéridon pour dicter d'outretombe un drame inédit  : on y voit les clous qui scellent le cercueil de Louis XV pivoter et (Suite page 196.)
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