Lui n°202 novembre 1980
Lui n°202 novembre 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°202 de novembre 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 202

  • Taille du fichier PDF : 184 Mo

  • Dans ce numéro : filles de fame !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ODYSSEXE Un jour, sa mère entra dans le living et l'y trouva nu, allongé par terre, en train de se masturber devant des photos d'Ursula Andress... Elle fut très mécontente. (Suite de la page 190.) par semaine sa grand-mère qui était veuve, et l'appartement où il vivait avec son fils était remarquablement décoré et d'une propreté de maniaque. Harold Rubin collectionnait les objets d'art, les machines anciennes et des bibelots qu'il époussetait régulièrement. Il y avait au mur des affiches fin de siècle, dans sa chambre des meubles anciens, et il montrait avec fierté son phonographe Edison de 1910, sa glacière en bois, son vieux juke-box Packard et sa non moins vieille machine à chewinggum Pulver. Sur les étagères de sa chambre à coucher impeccable étaient rangés ses livres reliés de cuir ; et, dans son placard, s'empilaient en ordre parfait les magazines nudistes des années 1950. La plupart de ces journaux contenaient des photos de la femme qui, pendant plusieurs années, avait été l'épicentre des fantasmes érotiques de Harold  : Diane Webber. La masseuse qu'il avait épousée ressemblait étonnamment au mannequin californien de ses rêves et, pendant l'année 1969, la première de leur mariage, Harold emmenait souvent sa femme dans les réserves forestières de Cook et la photographiait nue dans les poses qui reproduisaient avec exactitude celles de Diane Webber dans les illustrés si précieusement conservés. Et il trouva de tels accents pour chanter la rhapsodie des souvenirs onanistes qu'il devait à cette fille qu'il décida Talese à se rendre en Californie pour la rencontrer. Par des photographes avec lesquels elle avait jadis travaillé, l'écrivain se procura l'adresse et le téléphone de l'ex-mannequin ; il lui écrivit et laissa des messages sur son répondeur, mais n'en reçut pas de réponse. Il finit tout de même, grâce à la coopération du mari de Diane Webber, un producteur de courts métrages, par se voir accorder un rendez-vous chez elle, à Malibu, par un après-midi de grisaille dont la fraîcheur égalait celle de l'accueil qu'on lui fit. La porte s'ouvrit sur une Diane Webber qui ne souriait pas. Nu pieds, 192 plutôt petite, la quarantaine boulotte, jeans délavés, chemise d'homme trop grande, elle avait tout de la féministe engagée avec ses longs cheveux bruns et ses lunettes à monture noire. Ses premières paroles prirent plutôt la forme d'une conférence que d'une salutation. Elle n'était pas ravie, ditelle, de cette insistance à la relancer, et elle espérait que l'entrevue serait brève. Elle entendait bien qu'on recpectât maintenant sa vie privée, ajoutat-elle en le faisant entrer dans un living qui donnait sur la mer ; et si par le passé elle avait aimé sa vie de modèle nu, elle ne s'occupait plus maintenant que de son métier de professeur de danse ; elle enseignait l'art exigeant de la danse du ventre aux femmes de Van Nuys, une agglomération voisine, et à l'occasion se produisait en récitals, accompagnée de ses élèves les plus douées et d'un orchestre de musique orientale. Comme Talese l'écoutait sans l'interrompre, elle parut se détendre et moins lui en vouloir d'être là. Elle ne manquait pas de charme et il lui découvrait, au fil des moments, de la réflexion et de l'intelligence, mais, se dit-il, tout de même, si Harold Rubin était là, il serait rudement déçu. De la sensualité, de la liberté d'esprit qu'irradiaient ses photos de jadis, plus rien ne restait quand on la voyait au naturel, et Talese conjectura que cela devait déjà être vrai à l'époque où elle posait. Même alors, nue et allongée dans le sable des dunes, son esprit avait dû être bien loin de l'érotisme et de la pornographie, ce qui, pensait toujours Talese, n'avait certainement pas été le cas des photographes ; ces mâles faisaient des photos pour mâles et, si elle ne le savait pas, eux savaient à quels usages délirants les réserveraient les esprits fiévreux pour lesquels on les trierait, et à quels traitements oniriques elle serait soumise dans le secret des chambres closes. Mais pour Diane Webber, et comme elle l'expliqua complaisamment, sa carrière de mannequin nu avait repré- senté une contribution à « l'art photographique », et son auditeur se retint de lui signaler que ce qui pour elle était de « l'art » avait été pour ses admirateurs « du cul ». Cette abstention fut certainement sage et lui valut ensuite deux autres entrevues. Il fit la connaissance du mari, qu'elle avait épousé vingt ans plus tôt, et de leur fils de dixneuf ans, John, ancien hippy qui travaillait maintenant aux Champs Elyséens, un camp de nudistes appartenant à l'ancien photographe Ed Lange jadis spécialisé dans les photos de Diane Webber. John séjournait parfois chez ses parents. Un jour, revenant du travail, sa mère entra dans le living et l'y trouva nu, allongé par terre, en train de se masturber devant des photos d'Ursula Andress publiées par Play boy. Diane Webber fut très mécontente... C'est pendant ce voyage en Californie que Talese s'aventura pour la première fois à la Retraite de Sandstone. Patrick Mc Grady, un écrivain de New York, lui en avait parlé et, après un coup de téléphone, il y monta un après-midi, par les petites routes en zigzag où il se perdit deux fois avant de repérer les deux piliers de pierre. La beauté et la tranquillité de ce lieu paisible, la liberté qu'on y connaissait, son minimum de lois et de règlements, sa salle de bal et ses femmes entreprenantes, tout hypnotisa le visiteur venu là pour une journée, et qui allait y rester deux mois. Dans toute l'enquête poursuivie jusqu'alors, rien ne l'avait préparé à cela, ni les salons de massage, ni les bars échangistes, ni les spectacles vivants, ni ce qu'il avait pu lire, ni ce que lui avaient décrit les journalistes de la presse érotique. Au début des années 1970, les cinq hectares de Sandstone étaient sans aucun doute possible les plus libérés de la pastoujours-démocratique-Amérique. C'était le seul endroit que connût Talese où il n'y avait pas de doubles critères, pas place pour le mercenariat sexuel, pas besoin de vigiles ou de policiers, pas néces- (Suite page 194.)



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