Lui n°202 novembre 1980
Lui n°202 novembre 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°202 de novembre 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 202

  • Taille du fichier PDF : 184 Mo

  • Dans ce numéro : filles de fame !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 140 - 141  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
140 141
ODYSSEXE Talese ne s'était jamais masturbé avant sa deuxième année d'université, époque où il céda aux désirs qu'éveillait en lui une étudiante... échangistes et les partouzards de toute l'Amérique, que tout cela n'était que prétexte ingénieux à satisfaire une boulimie sensuelle et à tromper surabondamment sa femme au nom de la « recherche ». Talese n'avait jamais démenti ces allégations, persuadé que toute dénégation de sa part le ferait considérer comme un homme sur la défensive, ce qu'il avait souvent l'impression d'être, ou comme un de ces hypocrites qui s'adonnent à la pornographie mais refusent aux média le droit de les en soupçonner. Il y avait pourtant loin des intentions guillerettes qu'on lui prêtait à la réalité souvent pénible ; et ce qui le tracassait plus encore, c'est qu'après trois années d'enquête et des mois passés à se gratter la tête devant sa machine à écrire, il n'avait pas encore été fichu d'écrire un seul mot. Il ne savait même pas comment entamer son livre, comment ordonner sa documentation — ni ce qu'il allait dire qui n'eût déjà été répété par les oeuvres récentes de dizaines de conseillers conjugaux, de sociologues avertis ou de conférenciers de renom. Lui-même était d'ailleurs devenu un conférencier très demandé, après la publicité tapageuse que lui valut le fait d'être découvert par un journaliste alors qu'il gérait un salon de massage à New York ; proxénète lascif de délices lubrifiées, telle était l'image qu'on donnait de lui et qu'il cherchait à contredire en insistant parfois avec excès sur le sérieux de ses intentions littéraires quand il passait à la télé. Son discours de Sandstone s'orienta dans ce sens, et il tint à se présenter à l'auditoire, simplement et sans prétention, comme un écrivain et un chercheur sincère qui, indépendammment de sa vie privée et de ses vices personnels, travaillait à l'une des oeuvres les plus importantes de sa vie  : une histoire qui décrirait dans le détail quelques-uns des êtres et des événements qui avaient, dans les dernières décennies, contribué à redéfinir la moralité américaine. 140 Après que Martin Zitter, membre du directoire de Sandstone, l'un des rares qui fussent complètement nus ce soirlà, l'eût présenté au public, Talese monta sur l'estrade, quelques feuillets à la main, et commença  : « Ce pays est peu à peu subverti par une révolution silencieuse des sens, et par un refus des conventions. Et même dans les classes moyennes, qui sont celles sur lesquelles je concentre mes recherches, on constate une tolérance sans cesse croissante pour tout ce qui, écrit ou filmé, traite de sexualité, et une acceptation accrue, dans l'intimité amoureuse du couple, de ce qui était jadis qualifié de "vicieux"  : des miroirs au murs, des chandelles, des lumières de couleur, des vibromasseurs dans la table de nuit, des lingeries raffinées, des cassettes de filmsX, des pratiques bucco-génitales et bien d'autres actes que des lois d'Etat appellent encore "sodomie". Le succès du livre La Joie du sexe, qu'on aurait, voilà quelques années, étiqueté "saloperie", est un autre exemple de l'évolution de ces classes moyennes qui sont maintenant moins réticentes vis-à-vis de l'érotisme », continua Talese en saluant de la tête le docteur Alex Comfort assis près de lui. « Avec 700 000 exemplaires vendus, c'est devenu un livre pour grand public, qu'on peut voir dans les vitrines de la rue du Commerce comme sur les tables des bistrots campagnards, alors qu'il propose des illustrations sans équivoque de couples faisant l'amour de toutes les façons imaginables. « Dans des dîners mondains, on peut entendre des convives parler d'aspects intimes de leur vie privée d'une façon qui, vers 1965, eût été jugée socialement inacceptable. « Les bars d'homosexuels ne sont plus les cibles permanentes des descentes de police depuis que les activistes homophiles se sont organisés. Bien des parents bourgeois sont maintenant résignés à ce que les rapports sexuels préconjugaux soient devenus monnaie courante dans les appartements d'étu- diants, ou même dans les cités universitaires. Bien que je ne puisse le prouver, je crois que, de nos jours et plus que jamais dans l'histoire de notre nation, le mari américain peut vivre en sachant que son épouse a eu, ou est en train d'avoir, une aventure extraconjugale. Je ne dis pas que le mari américain accepte cela de gaieté de coeur », souligna Talese en levant les yeux de son texte et en regardant l'assistance. « Je prétends seulement qu'à la différence de son père ou de son grand-père, il sera moins bouleversé et furieux de l'apprendre, qu'il est plus à même d'accepter les femmes comme des êtres sexués et qu'il ne recourra qu'en cas extrême à la violence vis-àvis de l'épouse infidèle ou du rival masculin... » Dans sa majorité, l'auditoire, plus jeune de dix ou de vingt années que le conférencier, n'avait pas connu cette époque ; mais Talese, lui, se souvenait de la rigidité morale des années 1930- 1940, surtout dans les villes petites et de population homogène, comme celle où il était né, une communauté victorienne du New Jersey méridional où même maintenant, en 1974, la vente d'alcool restait interdite. Il se souvenait des messes qu'il servait comme enfant de choeur et des prêches stridents qui promettaient les châtiments célestes à tout paroissien qui lisait un livre figurant à l'Index ou fréquentait les cinémas qui présentaient des films condamnés par la Légion de la Décence. A l'école paroissiale, des nonnes enseignaient aux enfants qu'ils devaient dormir les bris croisés, les mains à plat sur les épaules, sainte attitude qui les empêchait de se tripoter. Talese ne s'était jamais masturbé avant sa deuxième année d'université, époque où il céda aux désirs qu'éveillait en lui une étudiante avec laquelle il sortait quelquefois. Il n'était pas question pour lui de magazines grivois  : la honte l'aurait empêché d'en acheter. Et puis tout à coup, aux alentours de 1960 lui semble-t-il, les magazines avaient quitté le des- (Suite page 177.)



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Lui numéro 202 novembre 1980 Page 1Lui numéro 202 novembre 1980 Page 2-3Lui numéro 202 novembre 1980 Page 4-5Lui numéro 202 novembre 1980 Page 6-7Lui numéro 202 novembre 1980 Page 8-9Lui numéro 202 novembre 1980 Page 10-11Lui numéro 202 novembre 1980 Page 12-13Lui numéro 202 novembre 1980 Page 14-15Lui numéro 202 novembre 1980 Page 16-17Lui numéro 202 novembre 1980 Page 18-19Lui numéro 202 novembre 1980 Page 20-21Lui numéro 202 novembre 1980 Page 22-23Lui numéro 202 novembre 1980 Page 24-25Lui numéro 202 novembre 1980 Page 26-27Lui numéro 202 novembre 1980 Page 28-29Lui numéro 202 novembre 1980 Page 30-31Lui numéro 202 novembre 1980 Page 32-33Lui numéro 202 novembre 1980 Page 34-35Lui numéro 202 novembre 1980 Page 36-37Lui numéro 202 novembre 1980 Page 38-39Lui numéro 202 novembre 1980 Page 40-41Lui numéro 202 novembre 1980 Page 42-43Lui numéro 202 novembre 1980 Page 44-45Lui numéro 202 novembre 1980 Page 46-47Lui numéro 202 novembre 1980 Page 48-49Lui numéro 202 novembre 1980 Page 50-51Lui numéro 202 novembre 1980 Page 52-53Lui numéro 202 novembre 1980 Page 54-55Lui numéro 202 novembre 1980 Page 56-57Lui numéro 202 novembre 1980 Page 58-59Lui numéro 202 novembre 1980 Page 60-61Lui numéro 202 novembre 1980 Page 62-63Lui numéro 202 novembre 1980 Page 64-65Lui numéro 202 novembre 1980 Page 66-67Lui numéro 202 novembre 1980 Page 68-69Lui numéro 202 novembre 1980 Page 70-71Lui numéro 202 novembre 1980 Page 72-73Lui numéro 202 novembre 1980 Page 74-75Lui numéro 202 novembre 1980 Page 76-77Lui numéro 202 novembre 1980 Page 78-79Lui numéro 202 novembre 1980 Page 80-81Lui numéro 202 novembre 1980 Page 82-83Lui numéro 202 novembre 1980 Page 84-85Lui numéro 202 novembre 1980 Page 86-87Lui numéro 202 novembre 1980 Page 88-89Lui numéro 202 novembre 1980 Page 90-91Lui numéro 202 novembre 1980 Page 92-93Lui numéro 202 novembre 1980 Page 94-95Lui numéro 202 novembre 1980 Page 96-97Lui numéro 202 novembre 1980 Page 98-99Lui numéro 202 novembre 1980 Page 100-101Lui numéro 202 novembre 1980 Page 102-103Lui numéro 202 novembre 1980 Page 104-105Lui numéro 202 novembre 1980 Page 106-107Lui numéro 202 novembre 1980 Page 108-109Lui numéro 202 novembre 1980 Page 110-111Lui numéro 202 novembre 1980 Page 112-113Lui numéro 202 novembre 1980 Page 114-115Lui numéro 202 novembre 1980 Page 116-117Lui numéro 202 novembre 1980 Page 118-119Lui numéro 202 novembre 1980 Page 120-121Lui numéro 202 novembre 1980 Page 122-123Lui numéro 202 novembre 1980 Page 124-125Lui numéro 202 novembre 1980 Page 126-127Lui numéro 202 novembre 1980 Page 128-129Lui numéro 202 novembre 1980 Page 130-131Lui numéro 202 novembre 1980 Page 132-133Lui numéro 202 novembre 1980 Page 134-135Lui numéro 202 novembre 1980 Page 136-137Lui numéro 202 novembre 1980 Page 138-139Lui numéro 202 novembre 1980 Page 140-141Lui numéro 202 novembre 1980 Page 142-143Lui numéro 202 novembre 1980 Page 144-145Lui numéro 202 novembre 1980 Page 146-147Lui numéro 202 novembre 1980 Page 148-149Lui numéro 202 novembre 1980 Page 150-151Lui numéro 202 novembre 1980 Page 152-153Lui numéro 202 novembre 1980 Page 154-155Lui numéro 202 novembre 1980 Page 156-157Lui numéro 202 novembre 1980 Page 158-159Lui numéro 202 novembre 1980 Page 160-161Lui numéro 202 novembre 1980 Page 162-163Lui numéro 202 novembre 1980 Page 164-165Lui numéro 202 novembre 1980 Page 166-167Lui numéro 202 novembre 1980 Page 168-169Lui numéro 202 novembre 1980 Page 170-171Lui numéro 202 novembre 1980 Page 172-173Lui numéro 202 novembre 1980 Page 174-175Lui numéro 202 novembre 1980 Page 176-177Lui numéro 202 novembre 1980 Page 178-179Lui numéro 202 novembre 1980 Page 180-181Lui numéro 202 novembre 1980 Page 182-183Lui numéro 202 novembre 1980 Page 184-185Lui numéro 202 novembre 1980 Page 186-187Lui numéro 202 novembre 1980 Page 188-189Lui numéro 202 novembre 1980 Page 190-191Lui numéro 202 novembre 1980 Page 192-193Lui numéro 202 novembre 1980 Page 194-195Lui numéro 202 novembre 1980 Page 196-197Lui numéro 202 novembre 1980 Page 198-199Lui numéro 202 novembre 1980 Page 200-201Lui numéro 202 novembre 1980 Page 202