Lui n°202 novembre 1980
Lui n°202 novembre 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°202 de novembre 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 202

  • Taille du fichier PDF : 184 Mo

  • Dans ce numéro : filles de fame !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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PAS CADUCS LES DUCS ! Il employait cinq cents valets dans sa seule résidence de campagne et la liste de ses châteaux était si longue qu'il était incapable de se rappeler de tous les noms bien achevé avec la Première Guerre mondiale. Mais il se poursuivait depuis le XVIIe siècle, et, pendant tout le temps que dura cet âge d'or, les ducs d'Angleterre étonnèrent le monde par l'étendue de leurs richesses et de leur munificence. Le premier duc de Portland était connu comme « le plus riche sujet d'Europe ». Du sixième duc de Bedford, un contemporain écrivait  : « Chaque jour, sa fortune colossale ne cesse de croître. » Le onzième entretenait encore cinquante laquais dans sa résidence de Londres. Il possédait, à l'époque, la totalité de la ville de Tavistock et le monopole des services publics  : eau, gaz, électricité... à l'exception des égouts. Le duc de Devonshire, lui, employait cinq cents valets dans sa seule résidence de Chatsorth, à la campagne, et la liste de ses possessions était si longue qu'il était incapable de se rappeler les noms de tous ses châteaux. Le onzième duc de Hamilton, premier duc d'Ecosse, dit « Il Magnifico », ne se rendait en France qu'accompagné de deux cents chevaux, sans compter les valets et les carrosses. Le grand-père de l'actuel duc de Rutland appointait vingt veilleurs qui circulaient la nuit dans les couloirs de Belvoir Castle et criaient l'heure d'une voix de stentor, comme une horloge parlante. La reine Victoria maria sa fille préférée au duc de Fife. Elle écrivait  : « C'est un mariage très brillant, car le fiancé est immensément riche. » Sur les conseils de son Premier ministre, elle éleva un Grosvenor au rang de Premier duc de Westminster, parce que, disait-elle, il était si riche qu'il aurait été indécent de n'en faire qu'un marquis. Quant au duc de Sutherland, sa fortune fut qualifiée de « monstrueuse »... Quand l'argent venait à manquer, il leur restait encore la ressource d'épouser une héritière américaine. C'est ce que fit à Dieu ne plaise le neuvième duc de Marlborough. Lorsqu'il épousa Consuelo Vanderbilt, en 1886, sa mère lui fit savoir que son premier devoir serait de donner à la 126 famille un héritier mâle, « car il serait intolérable que ce petit parvenu de Winston héritât du titre. » Cette appréciation peu aimable visait, bien entendu, Winston Churchill. Né à Blenheim Palace « Ce n'est pas une maison, c'est un monument », disait-il souvent il fut enterré dans le petit cimetière campagnard de Bladon. La Première Guerre mondiale et l'augmentation soudaine des taxes sur les héritages mirent fin brutalement à l'âge d'or de la noblesse anglaise. En l'espace de deux générations, les ducs allaient perdre leur influence pour rétrograder au rang de membres de la classe moyenne, dotés de pedigrees impressionnants mais désormais inutiles. Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les travaillistes au pouvoir portèrent le coup de grâce à l'establishment nobiliaire  : en quelques années, l'Etat préleva près de 90% des capitaux transmis par héritage, et c'est la faiblesse du taux de l'impôt foncier qui sauva les propriétaires terriens de la ruine. Néanmoins, les ducs de Richmond et de Rutland durent vendre la moitié de leurs domaines. Le dixième duc de Grafton vendit lui aussi la moitié de ses terres. Pour faire bonne mesure, il fit démolir les deux tiers de son manoir. Mais c'est aux Hamilton qu'échut le sort le moins enviable  : en 1922, le duc, quatorzième du nom, fit raser Hamilton Palace. Un autre duc écossais, Montrose, vit ses propriétés fondre au soleil. Après une vente forcée, elles passèrent de soixante-cinq mille à cinq mille hectares. Le duc émigra en Rhodésie. Devenu ministre du gouvernement rebelle, et donc traître à la Couronne, c'est un vieillard qui revint en Angleterre lorsque l'armistice mit fin à ses années d'exil. Mais il refusa de repredre sa place à la chambre des Lords. Le duc de Montrose ne fut pas le seul à chercher fortune en Afrique. A leur tour, Portland et Newcastle liquidèrent leurs biens pour se fixer au Kenya, la plus aristocratique des colo- nies britanniques. Ils y sont encore, ayant coupé tous les ponts avec la mère patrie. Le duc de Newcastle, il est vrai, avait de qui tenir. En 1914, son grand-père abandonna la demeure ancestrale et mit aux enchères trente tonnes de sculptures et d'objets précieux, y compris le Hope Diamond, une pierre célèbre dans le monde entier. Clumber fut rasé en 1938. Après la vente des derniers biens familiaux, en 1941, le dernier duc de Newcastle aujourd'hui âgé de soixante-treize ans mena une vie de nomade. Mais, si les impôts ont joué un rôle déterminant dans la décadence des grandes maisons, un autre fléau, aussi dévastateur, a précipité leur chute ; les querelles de famille, tout simplement. L'exemple le plus cité est celui du douzième duc de Somerset. Sur son lit de mort, en 1895, ce descendant du Grand protecteur dont le règne succèda brièvement à celui d'Henri- VIII partagea ses vastes domaines entre ses filles et ses gendres. En guise de consolation, il restait à son fils son titre. Ainsi sombra une des grandes maisons d'Angleterre. La fin des Geraldine, ducs de Leinster, fut pire encore  : il y a quatre ans, dans un meublé sordide de la banlieue de Londres, l'avant-dernier descendant des princes normands s'éteignit à l'âge de quatre-vingt-trois ans, au terme d'une vie marquée par le jeu, les mésalliances il se maria quatre fois, dont une avec sa logeuse et quarante-sept années de banqueroute. Son fils, Premier duc, Premier marquis et Premier comte d'Irlande, lord Juge, conquérant du Connaught et seigneur d'Offaly, n'a plus la moindre autorité... En 1964, le treizième duc de Saint- Albans succéda à son cousin, le douzième du titre. Celui-ci, comme ses deux frères qui l'avaient précédé, était simplement fou à lier. Bien que la plupart des biens fonciers eussent été dispersés, le duc hérita de trois cent mille livres trois cents (Suite p.136.)



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