Lui n°199 août 1980
Lui n°199 août 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°199 de août 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 122

  • Taille du fichier PDF : 162 Mo

  • Dans ce numéro : sexe et cinéma.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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HAMILTON  : MES INSTANTANES INEDITS LES BORDELS DÉ BANGKOK LEier ZOOM GRAND ANGULAIRE DANS LE NOUVEAU NUMÉRO DE PHOTO EN VENTE PARTOUT
ENTRETIEN « Les esclaves noirs nous ont donné leur musique, leurs danses, leurs dieux. Ils nous ont sauvé de la mélancolie portugaise, de la tristesse des Indiens... (Suite de la page 26.) et, à onze ans, elle avait son premier fils. Quand elle a eu dix-neuf ans, mon grand-père a disparu et elle est restée avec huit enfants ! C'est d'une de ses filles que je descends. Ma mère avait d'ailleurs un type indien marqué. Quant à mon père, un sang déjà très mélangé coulait dans ses veines irlandais, portugais et noir... Alors, vous voyez ! Lui Et ce mélange de sangs... fait un parfait Brésilien ! Amado Absolument. A Bahia, on appelle un certain type de femmes métisse, d'ailleurs fort beau, la mulâtresse blanche. Elle est blanche par la couleur de sa peau, mais elle a tous les traits noirs. C'est le cas de bien des Blancs bahianais. Il y a chez nous des intellectuels métis, certains blancs aussi (Brésiliens ou non) qui se font les chantres de la négritude, inventée par le poète guyanais Damas, reprise par Léopold Sedar Senghor et le poète antillais, Aimé Césaire. Si je pense que la prise de conscience de la négritude a été très utile dans la lutte de libération de l'Afrique, je suis persuadé que, chez nous, c'est un mouvement raciste qui n'a pas de sens, étant donné le degré de métissage. Au moins, leur combat a-til un avantage  : ils luttent pour qu'on reconnaisse à la culture noire l'influence immense qu'elle a eue sur la culture brésilienne. Les esclaves nous ont donné leur musique, leurs danses, leurs dieux. Ils nous ont sauvés de la mélancolie portugaise, de la tristesse des Indiens. Ils nous ont apporté la joie de vivre et cette capacité de résister à la misère, d'aller de l'avant dans les pires conditions, de chanter, de danser et de faire la fête. Toujours. Nous leur devons notre joie de vivre. Les Blancs ont eu le pouvoir, l'argent. Les Noirs peu à peu grimpent dans l'échelle sociale. A Bahia, le gouverneur est métis, nous avons des Noirs académiciens, nous avons eu un ministre des Affaires étrangères noir... Lui Mais il y a des communautés étrangères extrêmement puissantes ? Amado La seule communauté qui ait existé en tant que telle, c'est la communauté allemande que nous devons à Hitler. Les Syro-Libanais ont des clubs très riches, mais ils sont avant tout brésiliens et ils ne parlent pas l'arabe. Même les Japonais se sont peu à peu assimilés et se veulent brésiliens  : on a fêté récemment les soixante-quinze ans de l'immigration nipponne. Au début, les Japonais se mariaient exclusivement entre eux. Très vite, ils se sont mélangés aux Brésiliens et les métisses issues de ces mariages sont très belles. Un écrivain portugais m'a d'ailleurs raconté à ce propos une histoire très drôle. Parti pour la Grèce avec d'autres écrivains, en voyage organisé, avec leurs femmes, ils étaient en train de visiter le Parthénon quand ils ont vu un groupe de Japonais qui les fixaient. L'un d'entre eux, à un moment, leur a dit... en portugais  : « Vous parlez le portugais ? » « Bien sûr, leur a répondu mon ami, puisque nous sommes portugais ! » Et le Japonais de se retourner vers les siens en disant  : « Des Portugais, nos ancêtres ! » Vous l'avez deviné  : c'étaient des Brésiliens de chez nous... ». Cela a l'air d'une histoire inventée, mais cela correspond à une vérité profonde. J'ai d'ailleurs écrit un livre sur ce thème, La boutique aux miracles. Lui Les femmes jouent un très grand rôle dans votre oeuvre. Amado Cela a été plus vrai que cela ne l'est. Dans mes derniers livres, ce sont plutôt des hommes. De toute façon, c'est le peuple qui lutte pour le peuple. Pas les leaders pour qui le peuple ne compte guère. Cela dit, si les femmes jouent ce rôle dans mon oeuvre, c'est qu'elles sont opprimées deux fois. En tant que femmes du peuple et en tant que femmes. Mais l'importance que je leur donne, elles l'ont parfaitement méritée. Beaucoup ont lutté contre la dictature, ont été torturées, tuées, ont tout supporté avec un courage que beaucoup d'hommes pourraient leur envier. Nous avons d'éminents écri- vains qui sont des femmes. Une bonne romancière notamment qui est député, Madame Stuart. Elle ne m'aime pas. Et elle est plus féministe qu'il n'est nécessaire pour mon goût. Pour moi, les femmes sont des égales. Et je n'ai aucun complexe à leur égard. De supériorité ou d'infériorité. Lui La réalité sociale que vous décriviez tout à l'heure, ces fortunes qui se concentrent, et cette misère qui s'étale  : n'y a-t-il pas là les conditions d'une explosion ? Amado Je dirai plus prudemment qu'il y a des possibilités que se créent les conditions d'une explosion. La libéralisation en cours vient de ce que le gouvernement a pris conscience que sans elle la marmite sauterait... Lui Et vous, que souhaitez-vous ? Amado Je souhaite pour mon peuple une vie meilleure. Je suis pour le socialisme, contre le capitalisme mais contre toute dictature. Lui Même celle du prolétariat ? Amado Il n'y a pas de dictature du prolétariat, il n'y a que la dictature d'une nouvelle classe dominante, hélas. Envahissante, proliférante, qu'on peut appeler en gros la bureaucratie. Ça, je n'aime pas... J'ai un rêve. Après tout, rêver est le seul droit qu'on ne peut pas vous arracher  : un socialisme démocratique, à visage humain. C'est peut-être utopique. Ce sera très difficile comme des exemples historiques récents le prouvent. Sans doute ne le verrai-je pas. Peut-être nos enfants le verront-ils ? J'espère qu'un jour, l'homme sera le maître de sa vie. Ah ! s'il pouvait y avoir une révolution sans idéologie, sans bureaucratie, sans police ! Des lendemains qui chantent sans surlendemains qui déchantent. Mais je rêve, vous dis-je. Pourtant, à Bahia, nous avons un proverbe qui dit  : « qu'aucun homme ne peut aimer toutes les femmes du monde. Mais qu'il doit faire des efforts » ! Je pense qu'il est peut-être vain d'espérer voir se réaliser ce rêve démocratique, mais je pense qu'on doit faire l'effort... Propos recueillis par Pierre Démeron. 29



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