Lui n°199 août 1980
Lui n°199 août 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°199 de août 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 122

  • Taille du fichier PDF : 162 Mo

  • Dans ce numéro : sexe et cinéma.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ENTRETIEN « Quelle que soit l'idéologie, quel que soit le régime, il y a au moins deux catégories sociales qui ne changent pas  : les policiers et les militaires... » (Suite de la page 20.) ture. N'est-ce pas que la littérature est pour vous le combat politique par un autre moyen ? Amado Oui, je suis arrivé à la conclusion, en effet, que la façon la plus efficace pour moi de servir mon peuple dans sa lutte contre le malheur et pour l'amélioration de ses conditions de vie matérielles, culturelles et morales, c'était mon travail d'écrivain. J'y expose et j'y discute des problèmes, j'y dénonce des choses. Parfois, même, apparaissent dans mes romans des personnages sous leur propre nom. Dans Tieta d'Agreste, on voit la décomposition morale de la dictature, le rôle et l'action polluante des multinationales, la corruption des politiciens et des militaires. Tout roman, pour moi, doit être une fable pour allumer un espoir... Lui Vous détestez les militaires, n'estce-pas ? Amado Je ne les aime pas. Pas en tant que personnes, mais en tant que catégorie sociale. Et je pense que, quelle que soit l'idéologie, quel que soit le régime, il y a au moins deux catégories sociales qui ne changent pas  : les policiers et les militaires. Lui Est-ce que vous avez eu des ennuis personnellement avec eux ? Amado Non. Un de mes livres sur le leader communiste Luis Carlos Prestes, paru quand j'étais exilé en Argentine et qu'il était, lui, en prison, et un autre de mes livres en faveur de l'amnistie, ont été interdits, mais ils sont maintenant republiés. Lui Comment expliquez-vous cette magnanimité ? Amado Je pense que je la dois justement à ma popularité. En 1968, l'année peut-être la plus difficile de la dictature militaire, le gouvernement avait déposé un projet de loi de censure  : tous les manuscrits devaient désormais être soumis à la censure avant publication. Quelques écrivains très populaires et moi-même, avons rédigé une déclaration annonçant que si ce projet était voté nous ne leur enverrions jamais nos manuscrits et que nous ne 22 publierions plus rien au Brésil, mais à l'étranger. Cela a fait grand bruit dans la presse. Et le projet a fait long feu. Lui Donc, vous avez un pouvoir ? Amado Il y a partout un pouvoir écrivain. Voyez Zola et Dreyfus. Et de nos jours, l'importance prise par les écrivains du Samizdat et en général par les intellectuels en Urss. Au Brésil, nous sommes à peu près les seuls à pouvoir nous élever contre l'oppression. C'est un fait que le premier grand coup porté à la dictature de Vargas l'a été par le premier congrès des écrivains brésiliens en janvier 1945. Nous avons manifesté sur la place publique, en criant  : « On veut la démocratie ! » Une manifestation qui a marqué le commencement de la fin du régime... Lui On a l'impression qu'actuellement dans toute l'Amérique latine, les dictatures policières et militaires sont en recul  : est-ce une illusion ? Amado D'abord, je contesterai l'expression « Amérique latine ». Parce que nous ne sommes pas seulement des Latins, mais aussi, par exemple, au Brésil, des Noirs. Et aussi parce qu'elle recouvre des réalités tout à fait différentes qu'il est dangereux de comparer ou de mêler. Par exemple, le Brésil n'est pas le Nicaragua des Somoza, qui géraient leur pays à peu près comme une ferme qui leur aurait appartenu. C'est surtout par les aspects négatifs que nous nous ressemblons. Quant au recul dont vous parlez, ce qu'on peut dire surtout, c'est que les régimes militaires et policiers n'ont résolu aucun des problèmes qui se posent aujourd'hui et qu'ils prétendaient résoudre pour justifier leur prise du pouvoir... Quand ils ont pris le pouvoir, les militaires brésiliens ont promis d'en finir avec la corruption. Au départ, j'en suis sûr, ils étaient nationalistes et patriotes  : ils voulaient réellement en finir avec la corruption et lutter contre le pouvoir des multinationales et l'emprise de l'impérialisme américain. Ils ont eu quinze ans pour ce faire et ils n'en ont fini avec rien. Au contraire, la corruption s'est aggravée. Lui En somme, ils ne savaient pas que le pouvoir corrompt et que le pouvoir absolu corrompt absolument ?... Amado Absolument. Le pouvoir est la chose la plus triste du monde. Je l'ai constaté même dans les plus petits postes d'autorité. Il faut dire aussi que les militaires en question n'avaient aucune expérience, qu'ils ne savaient rien, alors ils ont eu recours, comme toujours en pareil cas, à la force, à la torture. Et les conditions économiques sont devenues très dures, pour ne pas dire insupportables. Si les militaires brésiliens ont libéralisé le régime, c'est parce qu'ils ont une bombe dans les mains et qu'ils craignent de la voir éclater. Mais s'il y a eu une évolution certaine, cela ne veut pas dire que nous vivions dans un Etat démocratique ! Nous avons maintenant une liberté de presse presque complète, une amnistie. Il y a même plusieurs partis mais le Pc n'est toujours pas, en revanche, autorisé. Il n'a d'ailleurs eu d'existence légale que... deux ans, de 1945 à 47 ! Il faut dire aussi qu'il n'y a pas un, mais trois ou quatre partis communistes  : un albanais, un chinois, un soviétique, et j'en oublie sans doute ! Peu importe  : tous devraient être autorisés. Et je crois qu'on y viendra... Lui Le Brésil était un pays où l'influence culturelle française et notamment celle de la littérature était très grande. N'y est-elle pas en complète décadence ? Amado Oui, malheureusement. Ma génération est la dernière à avoir été tournée vers la France. L'influence de la littérature française, naguère très grande, n'avait d'ailleurs pas que des bons côtés car nos petits écrivains la copiaient et pas toujours dans ce qu'elle avait de meilleur ! Lui Quels sont les écrivains français qui vous ont influencé ? Amado Les écrivains réalistes, Zola sans doute le plus grand pour moi —, mais aussi Balzac, (Suite page 24.)
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