Lui n°199 août 1980
Lui n°199 août 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°199 de août 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 122

  • Taille du fichier PDF : 162 Mo

  • Dans ce numéro : sexe et cinéma.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ENTRETIEN « Ces gens de gauche sont les mêmes que ceux qui critiquent mes livres parce qu'on y voit un peuple gai, qui danse, joue, chante et jouit malgré la misère... » bague. « Je l'ai, en effet, lui dit mon ami, c'est une bague que j'ai rapportée d'Afrique. » Le comble, c'est qu'un an après, je recevais une lettre de São Paulo de la femme en question  : depuis qu'elle avait la bague, tout allait très bien pour elle ! Lui C'est ce type d'histoire, ce genre de personnages qui nourrissent votre oeuvre, non ? Amado Absolument. D'une connaissance vécue, profonde, d'un peuple avec qui je vis en symbiose. J'adore Paris et la France, mais je serais absolument incapable d'écrire un roman dont les héros seraient des gens de Paris. Tandis qu'à Bahia, je connais chaque pierre de la ville. Comme je connaissais jadis tout ce qui concernait les affaires, les magouilles du cacao... Toute mon oeuvre est une tentative de récréation littéraire de la vie même et tout particulièrement de la vie bahianaise. Lui Vous rappeliez tout à l'heure que votre premier ouvrage s'intitulait Le Pays du Carnaval. On a souvent dit, des intellectuels de gauche notamment, que le carnaval, au Brésil, c'était l'opium du peuple... Amado Je suis moi-même un homme de gauche. Je ne pense pas qu'on puisse en disconvenir, et ce n'est pas du tout mon avis. C'est vrai qu'il y a une certaine gauche très élitiste, très loin du peuple. Des hommes de cabinet. Quand on dit que le carnaval et le football qui, au Brésil, compte encore plus que le carnaval —, sont l'opium du peuple, c'est qu'on n'aime pas le peuple ! Ces gens de gauche sont les mêmes que ceux qui critiquent mes livres parce qu'on y voit un peuple gai, qui danse, joue, chante, s'amuse, jouit de la vie malgré la misère, l'oppression politique et sociale, la mortalité infantile, toute cette réalité terrible qu'on trouve aussi dans mes livres. Ce qui les scandalise, moi je trouve cela admirable  : cela montre que le peuple a du courage, qu'il arrive à surmonter sa misère et à aller de l'avant. S'il n'avait pas, malgré tout, cette joie de vivre, cette vitalité, il y a longtemps qu'il serait foutu. D'ailleurs, je ne sais si vous l'avez remarqué, mais dans mes livres le peuple est toujours vainqueur. Il a toujours le dernier mot. Et puis le carnaval, ces gens de gauche, sont les premiers à y assister, mais dans les tribunes ! Car une chose est la théorie, une autre la pratique ! Et ce n'est pas seulement mon avis que je vous donne là. J'ai moi-même interviewé le directeur d'une des plus importantes écoles de samba. Un homme venu du peuple, un de ceux qui choisissent le thème, dirigent le travail, la musique, une sorte de metteur en scène du carnaval. Il a eu trois fois le premier prix, et une fois le second. Je lui ai justement posé la question que vous venez de me poser. Il m'a répondu  : « Ce sont des intellectuels, ce n'est pas le peuple qui parle ainsi. Les intellectuels aiment seulement la misère, le désespoir, la vio- lence. Les bonnes choses de la vie, ils ne les aiment pas. Le peuple, lui, les aime. » Je suis d'accord avec lui  : on parle beaucoup au nom du peuple. Ceux qui parlent en son nom avec autant d'autorité, quand ils sont enfin au pouvoir, généralement, ils oublient le peuple. C'est bien pour cela que je pense que c'est au peuple lui-même de se défendre. Les gens du peuple ne sont pas des enfants. Je suis un homme de soixante-sept ans, j'ai vécu passionnément dans mon pays que j'aime. J'ai vu la guerre, l'après-guerre, j'ai vécu le stalinisme, la dictature, la démocratie formelle quelques années seulement. Je crois connaître les choses. Eh bien, la conclusion de tout cela, c'est que j'ai en horreur tout ce qui reflète le sectarisme. Et horreur de ce qui l'inspire  : l'idéologie que je prends pour l'un des malheurs de notre temps. j'appelle l'idéologie ce qui dicte à l'individu pensant ce (Suite page 20.)



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