Lui n°198 juillet 1980
Lui n°198 juillet 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°198 de juillet 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 122

  • Taille du fichier PDF : 118 Mo

  • Dans ce numéro : spécial Madleen Kane.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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MOSCOU OU... MOCHE COUP ? Le musée Pouchkine, c'est un festival. De peintres...français ! Corot, David, Courbet, Géricault, Delacroix, Millet, Cézanne, Renoir, Monet, Matisse, Léger, Bonnard... (Suite de la p.68.) seulement celui de s'ennuyer ferme. Au début du voyage, on se dit  : « Musée Lénine mercredi après-midi... Tu parles ! J'irai faire un tour ailleurs ». Seulement le mercredi, on répond présent dans le car. Et la guide est bien contente. Mon voisin de chambre, bien sûr, ne pouvait s'empêcher de se planter devant le chauffeur (différent tous les jours) et de lui déclarer avec fierté, en se frappant la poitrine  : « Tovaritch Kommounist Fransouski ». Immanquablement, on voyait s'allumer, dans le regard du chauffeur, la lueur de l'ébahissement, et ses yeux muets répondaient  : « Qu'est-ce que ça peut bien me foutre ? »... Rentré du concert vers vingt et une heure trente, je courais boire un jus de pomme au café, d'où j'étais vite chassé par les kolossaux éclats de rire des Allemands de l'Est, lesquels, cela va sans dire, prennent les Russes pour des ploucs. Je me réfugiais au bar (où l'on paie en devises). Une délicieuse odeur de latrines vous en indiquait le chemin. Il fallait tuer le temps en attendant une heure plus raisonnable pour aller se coucher. Je regardais la télé, muette, j'écoutais des disques peu récents des Rolling Stones. Ce n'est pas une critique du régime, au contraire. Au lit, j'eus deux ou trois fois l'envie de me masturber. Pas par vice, non, histoire de me changer les idées. Il me fut impossible d'y arriver. Je ne trouvais pas de fantasmes ! Rien de comparable avec ces journées de printemps parisien où les robes échancrées des femmes vous plongent dans des états dont la description constitue une part importante de la littérature moderne. Ce n'est pas obligatoirement un mal. Quand j'effectuais mes classes à Montlhéry, voir toute la journée des jeunes gens au crâne rasé, revêtus de treillis caca d'oie, vous préparait de bonnes nuits sans heurts... En général, la semaine d'excursion commence par un tour de ville. En fait de tour, on l'a plutôt vite accompli. Vu 70 que Moscou est le centre de la Russie et le Kremlin, le centre de Moscou. En deux temps, trois mouvements, vous avez vu le Musée des armures, et celui des carosses, aux portières peintes par des élèves de Boucher. C'est à cette époque que les Russes ont vraiment loupé... le coche. Au lieu de sortir dutsarisme pour émerger dans les lumières du xviiie siècle, ils reprirent un bail. Les intrigues de la cour de Pierre le Grand ou d'Ivan le Terrible se déroulent maintenant au Bureau Politique et quinze courtisans qui se bouffent le nez, dirigent un Empire qui va de Berlin-Est à Vladivostock. Enfin, ceci n'est qu'une digression, on peut ne pas être d'accord. La Place Rouge, qui tiendrait à peu près dans la moitié de la place de la Concorde, est un quadrilatère dont les côtés sont le Mausolée de Lénine, qui jouxte le rempart du Kremlin, le Goum (magasin d'Etat) juste en face et, pour les autres côtés, le Musée d'histoire et Sainte-Basile. La visite à Lénine, absolument gratuite, est un des plus gros coups publicitaires de l'Histoire. A dix mètres de l'entrée, les gardes vous demandent instamment de retirer les mains de vos poches. Mais que croient-ils donc qu'on puisse faire devant Lénine, avec les mains dans ses poches ? Attention, pas le temps de s'arrêter. Baïonnette au canon, et marche ! Pas le temps de voir si c'est du toc. Il paraît que, en faisant le tour de tous les musées du monde, on trouve deux crânes de Shakespeare, cent trente-deux canines de Pierre le Grand et un fémur de Voltaire enfant. Les Kremlin Brothers vous garantissent être les seuls à pouvoir vous présenter un « vrai » Lénine. En sortant du caveau, on a le droit et même le devoir d'effectuer un parcours le long du rampart. Bustes de maréchaux de l'armée rouge et de Staline. Les touristes se plaignent. Un buste de Staline, quel scandale ! Et alors ? Il a quand même gouverné trente ans !... En face, dans le Goum, on peut causer tout haut. Ce sont d'anciennes écuries et cela ressemble à des galeries marchandes des grands boulevards parisiens, mais en étages, en plus jolies... Dans le cadre des matinées-surprises, on nous annonce que nous pouvons participer à une table ronde avec un responsable soviétique, entendez un cadre du Parti. Jeune, dynamique, affable, bref giscardien, notre cadre répond aux questions. Il nous noie, en retour, de chiffres, de pourcentages, de taux de production. Tout cela ne signifiant pas grand-chose. Si vous recevez quotidiennement un coup de pied dans le derrière et qu'on vous augmente la ration d'un autre coup de pied, cela représente cent pour cent d'augmentation, mais quant à savoir l'intérêt et la fonction des coups de pied au derrière... « Fort bien », répond le camarade, « je vais vous prouver que la France n'est pas un pays démocratique ». Plus qu'intéressés, nous tendons l'oreille. « J'ai étudié à Grenoble », reprend-il. « Une nuit, tout un étage de notre résidence faisait la fête. Impossible de dormir. Je téléphone à la Police qui me conseille de prendre mon mal en patience, car après tout, disent-ils, il faut bien que jeunesse se passe. La police n'est pas intervenue. N'est-ce pas la preuve que ce pays n'est pas démocratique ? ». Il n'a pas tort, le camarade, et je songe au grand nombre de Français qui confondent l'ordre et la démocratie. J'imagine un sujet de thèse  : « La tendance spontanée du copropriétaire français vers la démocratie ». En Urss, on décorerait les tenants de la légitime défense... Les jours suivants, dans la foulée, nous visiterons la maison de Tchékhov, celle de Tolstoï, divers palais dont celui du Prince qui zigouilla Raspoutine. Enfin, nous serons conduits au Musée Pouchkine et là, pour les amateurs de peinture, c'est un festival. De peintres...français ! Corot, David, Courbet, Géricault, Delacroix, Millet, Cézanne, Renoir, Monet, Marquet, Bonnard, Matisse, Léger. J'allais citer Van Gogh et Picasso ! (Suite page 88.)
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