Lui n°198 juillet 1980
Lui n°198 juillet 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°198 de juillet 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 122

  • Taille du fichier PDF : 118 Mo

  • Dans ce numéro : spécial Madleen Kane.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 54 - 55  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
54 55
candidature pour faire partie de l'équipage de quelque voilier de haute compétition. C'est à partir de là que commencent son esclavage et son martyr. Il rêvait de grand départ au large dans un éblouissement solaire de brise salutaire et de franche camaraderie. Il lui faut affronter la dure réalité  : une vie de forçat à fond de cale dans la crasse et l'humidité, des quarts de cauchemar sous les embruns glacés de mers hostiles, des co-équipiers généralement hébétés, souvent terrifiés, gelés et muets, un skipper névrosé et brutal, fou de performances et ivre d'autorité, un travail épuisant à risquer sa peau en allant affaler des focs sous les vagues soulevées par des vents de force 10. Maso confronté à des sados, privé de femmes et pas toujours homo pour autant, le co-équipier est « le » souffredouleur. JE Suis Aimas T'SONT N`5 DeS cRevx Di 42 MkTRPS... DES VEgTS Dis FORCE g.. JE Dois iNTruomFRE VENRradSTRfMSr  : C tr7'L'F'NRJt 1 Le profiteur de l'aventure Comme la voile est à la mode et que les horizons lointains ont toujours fasciné le citadin, citoyen de sa chambre, l'édition a fait une ample consommation d'aventures salines. Les éditeurs n'ont jamais eu de mal à trouver des récits de mer, d'autant plus qu'il suffit de peu pour séduire le public  : le comment j'ai failli doubler le cap Horn », la traversée de la Manche en pédalo, le cabotage aux Antilles avec femme, enfants, chien et perroquet, Trouville-Deauville en solitaire, et ainsi de suite... Tous les océans du monde sont labourés en permanence par des cultivateurs de la prose maritime, prose en général informe, mais fort rentable. Aucun Jack London, aucun Melville, parmi eux. Les plus sympathiques sont encore ceux qui se servent de ces bénéfices littéraires pour survivre d'un océan à un autre. 54 Le yachtman des quais On ne le rencontre que dans les ports du soleil, particulièrement en Italie, en Espagne ou sur la Côte d'Azur. Il possède toujours un superbe yacht d'au moins 25 mètres de long, tout en cuivres et boiseries d'acajou verni. Les voiles de ces voiliers de haut luxe sont éternellement ferlées car personne ne songerait jamais à les hisser  : pas même pour aller de Saint-Tropez à Cavalaire. Quand cette résidence royale est amarrée en face des cafés à la mode ce qui est évidemment le cas, presque toujours elle sert à la fois de terrasse solarium, d'hôtel de passe, de bar flottant et de papier collant pour attraper soit des filles, soit des garçons. L'eau ne coule jamais sous ces coques-là, mais le whisky et le champagne coulent à flot sur les ponts bien briqués. Inutile de dire que le propriétaire de ces yachts serait incapable de lire une carte marine. On ne voit pas à quoi cela lui servirait puisque son bateau n'a jamais quitté et ne quittera jamais son port d'attache. Quant aux marins qui vivent à bord, ils servent simplement de larbins dont la fonction principale est de renouveler chaque matin le bouquet de glaïeuls de la plage arrière. Le plaisancier du plaisir Non seulement il aime la mer, mais il habite souvent au bord de l'eau, sur le littoral. De l'Atlantique ou de la Manche. Il possède un petit voilier, à peine habitable, spartiate, bien voilé, évolutif, rapide, qui n'est jamais sa résidence, mais plus simplement son moyen d'échapper à la terre ferme.
Aussi sûr de lui que de son bateau, il ose sortir par n'importe quel temps. Il aime faire du cabotage à quelques milles des côtes et préfère passer des nuits dans les ports plutôt qu'au large. Il n'aime pas les régates ni se mesurer aux autres. Et s'il lui arrive d'accomplir un exploit digne d'intérêt, c'est toujours dans l'ombre et l'anonymat. Il aime la vitesse, le mauvais temps et même les risques qu'il accepte en toute humilité parce qu'il connaît la mer, la craint et la vénère. Il navigue presque toujours seul, ou avec un ami. Il ne sait ni obéir ni commander. Ce qu'il fait le mieux, c'est barrer. Cela suffit à son bonneur. L'apprenti du dimanche Quand le vent force à 5 au large, temps idéal pour un quillard, seuls quelques voiliers prennent la mer. Quand il n'y a qu'un souffle de vent et du soleil, le dimanche, ça se bouscule au portillon des écluses. L'apprenti du dimanche est, en effet, tiré à énormément d'exemplaires. Il navigue toujours à bord d'un bateau de 6 à 7 mètres qui ne porte que 30 mètres carrés de toile pour une ou deux tonnes, alors qu'un dériveur porte couramment 12 mètres carrés de voile pour 120 kilos seulement. Mais le néophyte qui a généralement acheté son bateau au salon de plaisance ne sait pas trop ce qu'il a acquis, il n'a jamais fait d'école de voile, n'a jamais lu un manuel de nautisme et il est très courant de le voir naviguer vent arrière toutes voiles bordées. Heureusement, il est prudent  : il ne tire que quelques bords au large des jetées et traîne donc quatre ou six couchettes inutiles. Quand, par hasard, le vent, de force 2 passe à force 4 ou 5, il ramasse ses voiles et rentre précipitamment au moteur. Il navigue presque toujours en famille, nanti d'une femme qui a le mal de mer dès qu'il y a un peu de houle. Par calme plat, il sort encore plus volontiers car cela lui permet de ferler les voiles et d'utiliser le moteur auxiliaire, le cher moteur qui lui rappelle si bien celui de sa D.s., son dieu à roulettes. Le régatier sauvage Si l'on trouve nombre de brutes autoritaires à bord des voiliers qui font de la course-croisière au grand large, on en découvre aussi à bord des dériveurs qui régatent dans le traditionnel triangle à un mille des côtes. Le régatier sauvage est généralement le barreur du bateau et le fait qu'il n'a qu'une victime à son bord l'équipier qui tient le foc — n'arrange rien, bien au contraire. En régates, son humeur de gagneur toujours ivre de prendre le vent des autres peut se traduire par des injures ou des imprécations comme par des séances de flagellation avec l'écoute que l'équipier reçoit en pleine poire s'il a eu le malheur de perdre un dixième de seconde à établir le spi. Il est souvent virtuose de la manoeuvre, ce qui ne signifie pas nécessairement qu'il soit bon marin et, de toute façon, même s'il commet quelque impardonnable erreur à la barre, la faute en rejaillit d'autorité sur l'équipier... Le pro du grand large C'est celui dont on parle dans toute la presse et sur toutes les ondes quand il a réussi soit à casser son voilier sur un banc de corail, soit quand il réussit à chavirer en risquant la vie de tous ses équipiers et c'est celui dont on parle beaucoup moins quand il est simplement vrai marin, compétent et sincèrement passionné de voile. Il ne ménage personne, ni ses concurrents sur l'eau ou sur la terre ferme, ni surtout les hommes de son équipage qu'il traite comme du bétail. Et qu'on appelle d'ailleurs des « boeufs ». Jacques Sternberg. 55



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Lui numéro 198 juillet 1980 Page 1Lui numéro 198 juillet 1980 Page 2-3Lui numéro 198 juillet 1980 Page 4-5Lui numéro 198 juillet 1980 Page 6-7Lui numéro 198 juillet 1980 Page 8-9Lui numéro 198 juillet 1980 Page 10-11Lui numéro 198 juillet 1980 Page 12-13Lui numéro 198 juillet 1980 Page 14-15Lui numéro 198 juillet 1980 Page 16-17Lui numéro 198 juillet 1980 Page 18-19Lui numéro 198 juillet 1980 Page 20-21Lui numéro 198 juillet 1980 Page 22-23Lui numéro 198 juillet 1980 Page 24-25Lui numéro 198 juillet 1980 Page 26-27Lui numéro 198 juillet 1980 Page 28-29Lui numéro 198 juillet 1980 Page 30-31Lui numéro 198 juillet 1980 Page 32-33Lui numéro 198 juillet 1980 Page 34-35Lui numéro 198 juillet 1980 Page 36-37Lui numéro 198 juillet 1980 Page 38-39Lui numéro 198 juillet 1980 Page 40-41Lui numéro 198 juillet 1980 Page 42-43Lui numéro 198 juillet 1980 Page 44-45Lui numéro 198 juillet 1980 Page 46-47Lui numéro 198 juillet 1980 Page 48-49Lui numéro 198 juillet 1980 Page 50-51Lui numéro 198 juillet 1980 Page 52-53Lui numéro 198 juillet 1980 Page 54-55Lui numéro 198 juillet 1980 Page 56-57Lui numéro 198 juillet 1980 Page 58-59Lui numéro 198 juillet 1980 Page 60-61Lui numéro 198 juillet 1980 Page 62-63Lui numéro 198 juillet 1980 Page 64-65Lui numéro 198 juillet 1980 Page 66-67Lui numéro 198 juillet 1980 Page 68-69Lui numéro 198 juillet 1980 Page 70-71Lui numéro 198 juillet 1980 Page 72-73Lui numéro 198 juillet 1980 Page 74-75Lui numéro 198 juillet 1980 Page 76-77Lui numéro 198 juillet 1980 Page 78-79Lui numéro 198 juillet 1980 Page 80-81Lui numéro 198 juillet 1980 Page 82-83Lui numéro 198 juillet 1980 Page 84-85Lui numéro 198 juillet 1980 Page 86-87Lui numéro 198 juillet 1980 Page 88-89Lui numéro 198 juillet 1980 Page 90-91Lui numéro 198 juillet 1980 Page 92-93Lui numéro 198 juillet 1980 Page 94-95Lui numéro 198 juillet 1980 Page 96-97Lui numéro 198 juillet 1980 Page 98-99Lui numéro 198 juillet 1980 Page 100-101Lui numéro 198 juillet 1980 Page 102-103Lui numéro 198 juillet 1980 Page 104-105Lui numéro 198 juillet 1980 Page 106-107Lui numéro 198 juillet 1980 Page 108-109Lui numéro 198 juillet 1980 Page 110-111Lui numéro 198 juillet 1980 Page 112-113Lui numéro 198 juillet 1980 Page 114-115Lui numéro 198 juillet 1980 Page 116-117Lui numéro 198 juillet 1980 Page 118-119Lui numéro 198 juillet 1980 Page 120-121Lui numéro 198 juillet 1980 Page 122