Lui n°197 juin 1980
Lui n°197 juin 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°197 de juin 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 202

  • Taille du fichier PDF : 198 Mo

  • Dans ce numéro : spécial tennis.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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FENETRE SUR COURT souliers de tennis. Au-dessus de la taille, il était vêtu normalement, et comme il avait à se tenir debout derrière un guichet, la clientèle n'y voyait que du feu. Le directeur de l'agence, lui, avait un tout autre point de vue. Après avoir fait observer une première fois à Marcel que, vis-à-vis du personnel comme des clients de haute stature, cette tenue n'était pas tolérable, il l'avertit de son congé à la « prochaine récidive ». Elle eut lieu le samedi suivant. Toute la famille, auprès de laquelle l'Oncle n'avait qu'un crédit limité, connaissait ses aventures bancaires. Mais ce fut une nuit que je mesurai plus exactement l'importance du tennis dans sa vie. Je crois bien n'avoir été réveillé que deux fois en pleine nuit dans ma prime jeunesse  : une fois par ma mère pour l'Armistice ; une fois par mon Oncle pour le tennis. C'était pendant l'été 1927 à La Baule ; j'avais quatorze ans. L'Oncle était « juge-arbitre » du tournoi (tournoi... juge-arbitre... le tennis a tellement fait siens ces termes de chevalerie qui fleurent le heaume et la lice qu'on ne pense même plus à leur premier emploi). Ces hautes fonctions permettaient à l'Oncle, maître des jeux et des horaires, d'assouvir en vacances son besoin d'autorité ; de se faire inviter pour la durée du tournoi dans les meilleurs hôtels ; enfin d'être appelé, à l'égal de tout Français qui se respecte, « Monsieur le Président »  : il devint président de la Fédération des arbitres et juges-arbitres de lawn-tennis. Pour plus de sûreté, il l'avait créée luimême. Vers une heure du matin, je fus réveillé (en sursaut, puisque l'on est toujours réveillé en sursaut au passé) par des coups frappés à ma porte  : Pierre... Nous avons gagné la Coupe Davis ! « Nous » c'était lui, la France, les Mousquetaires qu'il avait aidés de ses conseils avisés. La Coupe Davis enlevée aux Etats-Unis, c'était une manne 78 de publicité tombant sur Tennis et Golf... Trois ans plus tard, hélas ! quand je commençai à travailler rue Washington, la période des vaches grasses touchait à sa fin. Non seulement le krach de Wall Street provoquait partout ses effets mais — chose infiniment plus grave pour l'Oncle, la France, malgré le courage de mon excoéquipier André Merlin, allait perdre la Coupe Davis... On pourrait croire qu'un homme dont le tennis emplit la moitié de la vie (l'autre étant occupée par les chevaux) dirige sa petite revue en amateur. Erreur. Par compensation, surtout s'il avait perdu la veille à Longchamp ou si nos joueurs s'étaient fait battre, il s'y montrait despotique — et retenait cinq francs sur mon salaire si j'arrivais cinq minutes en retard. La crise aidant elle dure encore...— je fus astreint par l'Oncle à joindre à mes activités de rédacteur, celles, beaucoup plus lucratives à ses yeux, de démarcheur de publicité. Tennis et Golf tirant à mille cinq cents exemplaires et comptant neuf cent vingt-cinq abonnés (les gens du tennis et du golf sont plutôt radins) ma conscience était mise à rude épreuve lorsque j'annonçais au chef de publicité de Patou ou de Guerlain un « tirage moyen de vingtcinq mille ». Tu ne mens pas, peau de fesse ! me disait l'Oncle. La revue est déposée dans tous les clubs. Un numéro peut donc être lu par cinquante mille, peutêtre quatre-vingt mille personnes ! Au lieu de t'entêter à écrire, tu ferais mieux de multiplier les démarches. Non seulement tu ne sais pas pondre un article, mais tu écris dans un tel charabia que je suis obligé de refaire ta copie ! Et puis... même si tu y arrivais un jour... sais-tu ce qu'on donne à M. Gabriel Hanotaux, de l'Académie française s'il te plaît, pour une chronique au Figaro ?... Trois cents balles, tête de lard ! Tu t'rends compte ? J'essayais. Je démarchais. Mais, en annonçant cinq mille abonnés au lieu de neuf cent vingt-cinq, je sentais confusément que ce n'était pas là le meilleur moyen d'arriver aux sommets littéraires ou au grand reportage. Pour le reste, c'est-à-dire l'essentiel, l'Oncle avait raison  : j'écrivais comme un pied - un pied scolaire, ce qui est pire. En sabrant ma copie, en l'allégeant, l'oncle Marcel m'apprit beaucoup. Il avait une excellente plume et aurait pu aisément en tirer parti en d'autres domaines s'il n'avait eu, en guise de poil dans la main, un formidable plumeau. L'Oncle devait mourir à quatre-vingtsept ans, de vieillesse plus que de maladie, dans une clinique de la rue Nicolo. Quinze ans plus tôt, le professeur Gaudart d'Allaines l'avait opéré d'un cancer au rectum. Pour fêter le dixième anniversaire de cette opération, « Dada » rendit visite au professeur qui, l'ayant examiné, lui dit  : - Vous vous portez comme le Pont- Neuf ! Revenez me voir dans dix ans ! - Si je suis en retard ne m'attendez pas ! répondit l'Oncle. Ses dernières heures furent relativement douces. Les chevaux l'accompagnèrent jusqu'à la fin. La veille de sa mort, en effet, comme je me trouvais à son chevet, quelqu'un frappa à la porte de sa chambre. Il était onze heures. - Je prends ta mère à cent contre un ! me dit-il en soupirant. Elle arrive toujours pile à cette heure-ci ! En la voyant entrer, il eut un sourire. Le dernier sourire du gagnant. Il eut même la force de se retourner vers moi en me faisant comprendre d'un geste du bras  : - Tu vois ce que je t'avais dit... Un coup sûr... C'était du caisse ! Ma regrettée mère fut son ultime pouliche. Elle lui permit de passer une dernière fois au guichet. Il tenait la forme suprême et ne se tromperait plus jamais... L'esprit ne manquait pas chez les hommes que fréquentait l'Oncle, Tristan Bernard notamment, mais une femme les surpassait (Suite page 138.)



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