Lui n°197 juin 1980
Lui n°197 juin 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°197 de juin 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 202

  • Taille du fichier PDF : 198 Mo

  • Dans ce numéro : spécial tennis.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CALIFORNIQUE Longues jambes, oeil bleu que jamais le moindre doute ne marqua de son cerne, hanches étroites, cheveux brillants, dents éclatantes. Un fruit sain sous cellophane, sans saveur... (Suite de la page 144.) un vain peuple de gougnaf fiers diplômés, n'est pas de l'organique. C'est d'abord un fait de langage. Une pincée d'imaginaire mise symboliquement au service d'un fantasme. D'où les perversions, ces chemins de traverse permettant, par le biais du fétiche, d'accéder à ce que le réel a d'impossible, c'est-à-dire, d'innommable. Principe des vases communicants  : tout désir sexuel dévié de son but initial prend des voies parallèles pour obtenir satisfaction. Fn Californie, elles sont parfois bizarres. Six chaînes de télévision au moins diffusent, vingt-quatre heures sur vingtquatre, le discours des prêcheurs. Ils sont habillés de costumes blancs ou pistache agrémentés de chemises roses et de cravates pastel. En Europe, même un vendeur de voitures attifé de la sorte ne ferait pas un rond. Sur la côte Ouest, c'est le triomphe. Ils vendent du vent, du sirop, du Dieu pour économiquement faibles. Tendus à l'extrême, pâmés, les visages de ceux qui les écoutent trahissent la transe. Ils n'ont ni coke, ni herbe, ni résidence avec palmiers, ni jacuzzi. Ce sont les marginaux du pied, la majorité silencieuse de la braguette. Et pourtant, par cette écoute de la parole de l'Autre, i l s ont droit, eux aussi, à leur petite secousse. Ils éjaculent à leur façon ; mais ils éjaculent. Comme ceux qui se pressent autour des cordes d'un ring pour voir deux tocards se bourrer la gueule dans des jets de sang. Ou les amateurs de corridas, de courses automobiles, de combats de coqs ou de chiens, de mises en scène ecclésiastiques à grand spectacle, avec la mitre du pape dominant la foule de ses balancements de phallus en érection. Ça aussi, c'est de la jouissance, plus encore que celle qui fait chavirer Marinette et Marcel dans leur studio du XVIIl', John and Mary dans leur bungalow préfabriqué du Missouri, le samedi soir, quand les gosses sont couchés. Il ne faut pas chercher très loin les raisons du ratage sexuel californien. La bourse ou la vie pourrait 146 s'énoncer « la bourse et le vit », ou « les bourses et le vice ». Ou alors, compte tenu de l'interdit réclamant forçage, les bourses et la vis ». De ce nécessaire effet de serrage, puisque de toute façon, la bourre, c'est la vie, on pourrait presque écrire, étant donné la puissance de la communauté israélite de Hollywood, « La bourre, c'est Levy ». Erreur  : la bourre est pour tout le monde. Avec des moyens plus ou moins tordus. Ça n'a rien d'étonnant dans un pays où l'acte sexuel, devenu formalité ennuyeuse, est aseptisé, programmé, pasteurisé. Où chacun devient en reflet la dupe de l'apparence de l'autre. On s'accouple avec un statut social, un chiffre d'affaires, un compte en banque. Chez la femme, on cherche à se conformer au code esthétique érigé par Playboy et Penthouse  : longues jambes, oeil bleu que, jamais, le moindre doute ne marqua de son cerne, hanches étroites, cheveux brillants, dents éclatantes. Un fruit sain sous cellophane, sans saveur. Un emballage sublime créé de toutes pièces par un inverti vengeur... Une image... Les mamelles sont hautes, plantureuses, destinées à la têtée pour nourrissons de cinquante ans, faites pour y enfouir les têtes trop lourdes des chefs d'entreprise lorsque, infarctus oblige, ils se posent, l'espace d'un stress vite dominé, le problème métaphysique du sens de leur vie. Le climat est parfait, le pays sublime. Y poussent l'olivier, le cyprès, l'eucalyptus dans une odeur de fleurs légère que la brise fait voltiger par-dessus les vagues du Pacifique. Dans les avenues bordées de pelouses coiffées avec minutie, des Rolls glissent. Personne ne se presse, chacun semble maître de son temps, nul n'élève la voix. On freine devant un chien, un papillon, une feuille morte. On s'adresse des sourires, on laisse passer. Tout ce qui est sale, pénible, bruyant, agité ou peu plaisant à l'oeil est éliminé. La mort n'existe pas. Pour mieux la nier, on la camoufle sous les apparences de la bonne santé et de l'humeur la plus farceuse. J'ai vu dans les « funeral parlours », où les cadavres sont en attente de sépulture, des défunts embaumés, poudrés à frimas, maquillés comme des putes, rigolards, assis dans leur fauteuil, verre de whisky en main, entourés des membres extasiés de la famille ne pouvant s'empêcher de murmurer  : « Comme il a bonne mine ! ». Pendant que, sur les trottoirs, défile l'extravagante cohorte de créatures de rêve dont la seule vision est propre à foudroyer tout Latin bien né, on se prend à penser avec nostalgie qu'aucune rencontre magique n'est possible. Elle sont trop belles, elles se ressemblent trop par la grâce du phénomène d'identification à cette image idéale qui réjouit l'oeil mais vous laisse les mains vides, le cœur sec. Dans ce climat, je mets au défi un maçon italien aux appétits de taureau de ne pas baisser pavillon après deux semaines d'orgie. Tout est trop facile, lui aussi sentira confusément que l'amour sans amour n'est pas l'amour. Repu à n'en plus pouvoir, il fera la fine bouche. L'acte sexuel est devenu un média comme un autre. On s'allonge sans spontanéité, pour se prouver qu'on n'a pas peur de le faire, qu'on est en vie. Sans désir. Pour communiquer, briser sa solitude. Les plus âgés se cloîtrent dans leurs luxueuses résidences de Palm Spring. Ils se reçoivent entre pairs, de bunker à bunker, pour boire et parler, sans rien vraiment se dire. Jamais de mélange naturel avec les autres générations. On s'observe, de ghetto à ghetto, ou l'on s'ignore. Parfois, un cri. Celui qui est incapable de se coucher ou de parler, fou de solitude, force la voie de la communication à coups de couteau, façon la plus désespérée de se faire entendre. D'autres, plus malins, s'organisent. Il va sans dire que la partouze est le phénomène de société le plus banal. Le mari attentionné va lui-même recruter les amants passagers de sa femme. Il les choisit selon ses goûts, les ramène à la maison et pousse même la discrétion jusqu'à ne pas par- (Suite page 150.)
DANS LA COLLECTION ETE 80 CHEMISIERS,GRANDS MAGASINS.



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