Lui n°197 juin 1980
Lui n°197 juin 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°197 de juin 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 202

  • Taille du fichier PDF : 198 Mo

  • Dans ce numéro : spécial tennis.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CALIFORNIQUE Les films porno à déguster chez soi, en famille, étaient, il y a peu, en vente libre dans les supermarchés, entre le beurre de cacahuètes et les tétines pour bébés.. que le cul, après le Viêtnam, est le deuxième accroc sérieux dans la trame narcissique des Etats-Unis. Grisés par leur pénétration de la lune, ils s'étaient crus de taille à mettre le cul en équation. Mais le cul, têtu, n'a rien dévoilé de ses mystères. Ils ont eu beau le tripoter, le questionner, le mettre en fiches ou sur ordinateur, il est resté muet comme un Sphynx. Bousculé, acculé, occulté, il a contraint au recul, dans un cumulde contre-performances, ses agresseurs culturels et les thuriféraires de son culte. Dogme pur aussi bête qu'un cercle, il ne leur a laissé aucune chance de lui faire le coup de la quadrature. Penauds, la queue entre les jambes, blousés comme des bleus-bite, les Américains, après tant d'autres, ont admis qu'ils n'avaient pourchassé qu'un leurre, devenant de ce fait de nouveaux leurrés du cul. Est-il besoin de le préciser ? Le mot est à prendre ici comme métaphore désignant ce que les cuistres professionnels de la chose orgasmique ont baptisé « vie sexuelle »  : vaste programme ! Il y a autant de façon de prendre son pied que de terriens sur la planète, plus quelques autres, spécialement inventées par les habitants de la côte Ouest. Car ici, tout est permis, tout est normal. Les fétichistes du caoutchouc ont leur magazine à l'affiche des kiosques, « Into Rubber » (« Dans le caoutchouc ») , deux cent mille exemplaires. Un autre hebdo a fait la fortune de ses propriétaires, « S. M-1. », (« Sado- Maso »). Les films porno à déguster chez soi, « en famille », comme le précise une abondante publicité, étaient, il y a peu, en vente libre dans les supermarchés, entre les boîtes de beurre de cacahuète et les tétines aseptisées pour bébés. Ou amateurs du troisième âge, c'est selon. Entre Crescent Heights et la Cienega, les prostituées de Sunset acceptent les cartes de crédit mais refusent les chèques des clients démunis de leur permis de conduire. Dans le Free Los Angeles Press, les petites annonces décrivent 147 avec complaisance et précision les spécialités de celles qui reçoivent chez elles. Il y a aussi les « run away kids », les gosses de treize ans qui se sont fait la malle de leur Kansas City natal, et qui rôdent devant l'arrêt des bus, le long de Santa Monica, attendent un mot, un sandwich, une piaule pour dormir. Au Golden Cup, sur Hollywood boulevard, de très jeunes adolescents, des « chicken pies », forment la matière première d'un comptoir de Bourse où les non-initiés ont intérêt à consommer adossés au mur. Ailleurs, dans les Highlands, de petites maisons discrètes accueillent le provincial esseulé en mal de fantasmes. On n'y trouve jamais plus de quatre filles, bosseuses comme dix, prêtes à pratiquer ce qu'on n'ose leur demander, à proposer ce qu'aucune cervelle de fermier n'avait jamais encore imaginé. Quand elles sont arrivées à Los Angeles, un an plus tôt, elles se voyaient stars. On les a retrouvées serveuses, pour attendre. Trop fatigant. Les voici au tapin, complaisantes, attentives. Et glacées. Rien à voir avec leurs consoeurs de la vieille Europe. En France, la dernière des putes n'ouvre pas que ses cuisses, elle ouvre aussi ses oreilles. On s'y raconte — en haut — pendant qu'on s'épanche en bas. Double champ d'épandage du sperme et du logos, du discours et du foutre. En Californie, quand les cuisses s'ouvrent, les oreilles se ferment, ou si elles font semblant de s'ouvrir, c'est pour mieux ne pas entendre. De la technique, certes. I)u brio, à revendre, mais la tendresse... Rude coup à l'ego porté par des illégales qui ne vous traitent pas en égaux mais en objets. Pas seulement les putes, mais la quasi totalité des femmes. Dès l'enfance, on leur a appris à ne manifester aucun sentiment. En dehors de leurs jambes et de leur porte, à ne rien ouvrir, surtout pas leur coeur. Seuls, les très jeunes enfants et les animaux domestiques ont droit aux épanchements affectifs. Aucune reconnaissance du basventre, pas un mot de remerciement, d'encouragement, rien. A pleurer. Alors, que fait le mâle américain Il craque. Il va pleurnicher chez son psychiatre. Dans le meilleur des cas, après quelques expériences malheureuses où sa virilité a été mise en doute par sa partenaire, il laisse libre cours à son homosexualité latente. Se sentant rejeté par la femme, il va se blottir dans les bras musclés et tendres d'un camarade de régiment. Le temps est passé où les homos, sous le nom de « closet queens » (« les reines du placard ») avaient honte de leurs tendances. Organisés, structurés, embrigadés sous la bannière de Harry Weiss, avocat, président de la Ligue nationale des Homosexuels, ils forment aujourd'hui une force politique redoutable qui fait la loi à San Francisco. Côté femmes, une chose vous frappe  : on n'en rencontre que de très jeunes, ou d'infiniment âgées. Où est donc la femme de quarante ans ? J'ai cru longtemps que la nuit venue, on la déportait par charters discrets en direction de Miami. Erreur  : elle existe. Mais pour qui Le marché est quotidiennement inondé par des arrivages massifs de filles de seize à vingt ans, prêtes à tout pour se faire une place au soleil. La femme de quarante ans, parce qu'elle a un passé défini, n'a plus d'avenir. Elle a débarqué un jour, comme les autres, conquis un mari de haute lutte, élevé des enfants. La plupart du temps, dès l'instant où elle a été mère, son mari ne l'a plus touchée. Vingt ans de ce régime et le divorce inéluctable. Encore trente ou quarante ans à vivre, et pas d'espoir. Plus d'hommes à l'horizon, des relations vagues qui se détournent, des enfants qui font leur vie ailleurs. Désemparée, elle essaie successivement l'alcool, la psychanalyse, la chirurgie esthétique, les clubs pour dames seules, son jardinier. Et renonce. Bye bye Californie ! Peutêtre ailleurs, dans un Etat plus accueillant, quelqu'un s'apercevra qu'elle existe. Difficile à comprendre pour un Français. En France, (Suite page 144.)
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