Lui n°195 avril 1980
Lui n°195 avril 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°195 de avril 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 184

  • Taille du fichier PDF : 215 Mo

  • Dans ce numéro : spécial Nastassja Kinski.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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LA VOIX DE LA LIBERTE « Après une première phase d'abattement, où ils ont subitement découvert qu'ils ne pouvaient même plus pisser sans autorisation, les otages ont repris courage... (Suite de la p.62.) tous. Les terroristes sont alors dans une telle psychose de force qu'ils pourraient tuer leurs otages sans la moindre hésitation. Lapierre Un dialogue se fait à deux. Que répondez-vous de votre côté ? Jagerman D'abord, j'écoute. Avec calme et sérieux. Puis j'essaie de jeter subtilement entre eux et moi les bases d'une certaine complicité. Lapierre En approuvant leur action ? Jagerman Non, bien sûr, mais en leur faisant comprendre que je suis prêt à les aider à obtenir certaines satisfactions légitimes. Lapierre Par exemple ? Jagerman Dans les deux prises d'otages perpétrées par des Moluquois en Hollande, certains griefs des terroristes correspondaient à de réelles injustices que le gouvernement hollandais s'est employé à redresser. Quant au scénario que vous avez conçu pour « Le cinquième cavalier », où Kadhafi exerce son chantage contre New York pour obliger les Israéliens à rendre leur patrie aux Arabes de Palestine, mon premier conseil à Carter serait  : « Dites à Kadhafi que vous comprenez les raisons de son action et que vous désirez, vous aussi, que les Arabes de Palestine obtiennent justice. Et que vous êtes prêt à chercher avec lui une solution raisonnable. » Lapierre En somme, vous préconisez de céder au chantage d'entrée de jeu. Jagerman Pas du tout ! Je cherche seulement à pourrir la situation en gagnant du temps. Car, au bout de un ou deux jours, la marmite s'est refroidie. Une deuxième phase commence. Les terroristes ont quitté les sommets de leur érection psychique et commencent graduellement à prendre conscience de la réalité. Ils se rendent compte qu'un succès automatique immédiat n'est pas aussi facile. Ils découvrent qu'ils ont des problèmes avec leurs otages. Ici, c'est un vieillard qui a une crise cardiaque. Là, c'est une femme qui va accoucher. Car, après une première phase d'abattement, de tétanisation, de stupéfaction où ils ont 70 subitement découvert qu'ils ne pouvaient même plus pisser sans autorisation, les otages ont repris courage. Les terroristes ressentent alors le besoin de se justifier vis-à-vis de leurs otages, de communiquer avec eux. Lapierre Lors de la capture d'un des trains de voyageurs par des Moluquois, des psychologues vous avaient conseillé d'envoyer des jeux de cartes et autres jeux de société aux terroristes dans l'espoir que s'instaurerait une sorte de complicité entre eux et leurs otages. Vous avez refusé. Pourquoi ? Jagerman Parce que ce serait courir un grand risque de confronter un terroriste avec le sentiment de l'échec au cas où celui-ci perdrait. A ce stade, il faut négliger les otages et chercher au contraire à conforter l'autorité des terroristes, leur inculquer une sorte de sentiment de leurs responsabilités. Lapierre Même si les terroristes annoncent qu'ils vont exécuter leurs otages s'ils n'obtiennent pas satisfaction ? Jagerman Absolument. Car aucune solution raisonnable n'est à espérer si l'on ne réussit d'abord à restaurer chez l'adversaire un rythme physique et psychique normal. Ainsi, il n'est plus question de leur envoyer, comme au début, du ravitaillement à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. J'exige maintenant que soit respecté un certain horaire pour que ces hommes sortent de leur confusion première et prennent conscience de la réalité. Or, seule la soumission à un certain rythme peut leur permettre de reprendre conscience de cette réalité. C'est ainsi que j'invite mes adversaires à organiser d'une façon rationnelle la détention de leur otages et à respecter les principes d'hygiène. Dans l'affaire du train, je les ai obligés à prévoir le renouvellement du linge de corps de leurs victimes. Ils on fini par céder et m'ont dit  : « O. k. Envoyez du linge de rechange. » J'ai répondu  : « Attendez, il faut que vous me donniez les tailles. » Et soudain j'avais remporté une première victoire  : voilà une bande de braqueurs masqués en train de relever les tailles de leurs otages. C'était une façon spectaculaire de faire redescendre leur ego dans la réalité. Même chose pour le ravitaillement. Lapierre Vous voulez parler de votre fameuse théorie du « poulet ou du hamburger » ? Jagerman Exactement. Quand les terroristes réclament de la nourriture pour les otages, je les oblige d'abord à répondre à un flot de questions. « Que voulez-vous ? Du poulet ou des hamburgers ? Des ailes ou des cuisses ? Bien cuites ou saignantes ? Moutarde ou ketchup ? Avec ou sans pain ? Nature ou grillé ? Avec des cornichons ou des oignons ? » Contraindre des terroristes à faire tous ces choix qui n'ont rien à voir avec le fond du débat, les détourner par un tel assaut de questions de leurs obsessions, permet de calmer l'adversaire, de le remettre en contact avec la réalité et de le rendre, au bout du compte, plus malléable. Parallèlement, je veille à ce que la police n'envoie pas de vaisselle en carton ni de couverts en plastique. J'exige que la nourriture soit envoyée avec de vraies assiettes, de vraies tasses, car je veux obliger ces terroristes à faire la vaisselle, et à prendre conscience du fait que des assiettes et des tasses peuvent se casser. Car, comprendre qu'un objet peut être cassé est déjà une notion psychique avancée  : il faut être prudent avec quelque chose qui peut être cassé. Une tasse, c'est fragile. Un otage aussi. Ainsi, par le sentiment, je m'efforce de restaurer un système normal de coordination, de faire prendre conscience au terroriste que son revolver peut tout casser. En outre, en obligeant les terroristes à accepter certains horaires et certaines contraintes (renvoyer une vaisselle propre par exemple), j'essaie de les mettre dans un certain climat de subordination. Bref, je tente d'en faire mes « domestiques ». Lapierre Vous avez dit tout à l'heure que vous vous efforcez toujours de « conforter l'autorité des terroristes ». Ne serait-il pas au (Suite page 100.)
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