Lui n°195 avril 1980
Lui n°195 avril 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°195 de avril 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 184

  • Taille du fichier PDF : 215 Mo

  • Dans ce numéro : spécial Nastassja Kinski.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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LA VOIX DE LA LIBERTE « Depuis quatre jours, le monde entier a les yeux braqués sur vous. Mais personne ne peut supporter indéfiniment un fardeau aussi formidable... (Suite de la page 100.) s'il observait un comportement raisonnable. De toutes façons, chaque cas est un cas d'espèce. C'est la raison pour laquelle il est toujours primordial de commencer par rassembler le maximum d'informations sur l'adversaire. Lapierre Justement, par exemple, lors de la capture de l'ambassade de France de La Haye, vous saviez que le chef du commando palestinien était homosexuel. Cette information a-t-elle modifié votre façon d'agir ? Jagerman Considérablement. Je me suis adressé à ce terroriste sur un ton tout à fait spécial, avec une voix chaude, intime, « conspiratoire », enjôleuse, comme si je partageais avec lui un secret. Comme si moi, Jagerman, j'étais également homosexuel. Je me suis efforcé d'établir avec lui une sorte de connivence, une sorte d'harmonie. Par des intonations particulières, un choix spécial de mots. Tout cela très subtilement, sans jamais parler de « la chose », bien sûr. Bref, j'ai essayé de lui faire comprendre d'une façon particulière « que nous étions tous les deux très différents des autres, et qu'ensemble nous allions pouvoir résoudre le problème ». Lapierre Ça a marché ? Jagerman Pas au début. Mais au bout d'un certain temps, le chef du commando a commencé à me parler avec les mêmes intonations que les miennes. J'ai compris alors que c'était gagné  : nous étions devenus des complices. Lapierre Supposez que vous appreniez que votre adversaire est un impuissant sexuel. Est-ce que cela modifierait votre approche de la situation ? Jagerman Naturellement. Dans ce cas, la situation est très dangereuse, car un impuissant est toujours tenté de compenser son insuffisance physique par une action brutale. Impossible, bien sûr, de faire la moindre allusion à une telle insuffisance dans une discussion avec lui. Il faut se montrer particulièrement compréhensif et insinuer, par exemple, que les géants de l'histoire n'étaient pas forcément grands physi- 124 quement. Autrement dit, je chercherai subtilement à transformer le physique en psychique et à faire comprendre à mon interlocuteur que les vrais héros ne sont pas ceux qui honorent leur femme cinq fois de suite, mais ceux qui ont apporté quelque chose de positif pour le bonheur et la grandeur des hommes. Il faut toujours essayer de transformer les choses vers un niveau supérieur, de sublimer les situations. Lapierre Est-ce qu'il vous arrive de plaisanter avec les terroristes ? Jagerman Jamais. Car il faut absolument que l'adversaire ait conscience qu'on le prend complètement au sérieux... Lapierre Et les otages ? Qu'en faitesvous pendant ce temps ? Jagerman Paradoxalement, leur situation s'aggrave à mesure que je réussis à entamer la détermination des terroristes. Lorsqu'ils s'aperçoivent que le découragement saisit leurs géôliers, ils sont souvent tentés de faire un geste désespéré, une provocation désastreuse. Les rares victimes que nous avons eues sont tombées à ce momentlà. C'est pourquoi j'incite toujours les terroristes à maintenir une sévère discipline chez leurs otages. Lapierre En leur bandant les yeux ? Jagerman Surtout pas ! Car il est vital que se maintienne un contact visuel entre les terroristes et leurs victimes. Chaque fois que j'ai affaire à des terroristes qui ont bandé les yeux de leurs victimes, je m'attends au pire. Un homme tue beaucoup plus facilement son prisonnier s'il n'a pas à soutenir son regard. Lapierre De nombreuses affaires de prises d'otages se résolvent par une intervention violente des forces de l'ordre. Entebbé, Mogadiscio, Munich sont dans toutes les mémoires. Etesvous partisan de telles opérations quand toutes les possibilités de négociation ont échoué ? Jagerman Oui, mais à condition d'avoir eu d'abord le temps de préparer psychologiquement mes adversaires. A mesure que l'épreuve se prolonge, je cherche toujours à leur faire admettre l'idée que tout homme a le droit d'être fatigué, de se sentir malade. Je leur dis  : « Depuis quatre jours vous êtes des superstars. Le monde entier a les yeux braqués sur vous. Mais personne ne peut supporter indéfiniment un fardeau aussi formidable. » Je les invite alors subtilement à me décrire le moindre malaise physique qu'ils pourraient ressentir. Par ce stratagème, je cherche à introduire petit à petit l'idée que personne n'est un superman, à battre en brèche le mythe de l'invincibilité. J'invite alors mes adversaires à prendre un peu de repos. D'abord, parce que le sommeil favorise la restauration du rythme. Ensuite, parce qu'il facilite une action surprise éventuelle. C'est comme ça que nous avons neutralisé le commando moluquois qui s'était emparé de l'école de Beilen. Plusieurs terroristes étaient en train de dormir. Lapierre Mais supposons que vous tombiez un jour sur de vrais desesperados qui se montrent absolument insensibles à l'arsenal psychologique que vous avez mis au point. Quelle serait, en dehors de la violence, l'ultime tactique que vous emploieriez en désespoir de cause pour sauver les otages ? Jagerman J'utiliserais une dernière arme  : j'essaierais, très subtilement, très graduellement, de leur démontrer que le suicide pourrait constituer une issue honorable à leur action. Je leur dirais, par exemple, que de la révolte des Tchèques, le monde ne se souvient aujourd'hui que du sacrifice du jeune étudiant qui s'est brûlé vif pour protester contre l'invasion des chars russes. J'exalterais la grandeur de cet acte et montrerais qu'il a rendu cet homme plus immortel devant l'histoire qu'aucun acte de violence qu'il aurait pu accomplir. Et ici on en revient au point de départ. Tout le secret d'une négociation avec des terroristes détenteurs d'otages est, finalement, de réussir à leur faire accepter d'être des héros vaincus...
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