Lui n°194 mars 1980
Lui n°194 mars 1980
  • Prix facial : 7 F

  • Parution : n°194 de mars 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 154

  • Taille du fichier PDF : 141 Mo

  • Dans ce numéro : Californie, opérations anti vol.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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IN ZE BABA ! Il aurait aimé se déshabiller et se coucher nu sur les tartes, en se tournant et en se retournant, et que cela dure toujours... (Suite de la page 88.) te augmentait ; et chaque nouveau recoin, chaque nouvelle perspective qu'éclairait la torche du Marle surgissaient devant lui comme pour lui barrer le chemin. Il se jeta sur les tablettes de verre, se gavant de gâteaux, en fourrant dans sa bouche deux ou trois à la fois, sans même en sentir la saveur. On aurait dit qu'il se battait avec les gâteaux, ennemis menaçants, monstres étranges qui lui donnaient l'assaut. Un assaut croquant et sirupeux au milieu duquel il lui fallait s'ouvrir un passage à force de mâchoires. Les panetonni à demi entamés le menaçaient de leurs gueules jaunes et pleines de trous pareils à des yeux qui le regardaient, et d'étranges gimblettes s'épanouissaient comme des fleurs de plantes carnivores. Petit- Jésus eut un moment le sentiment que c'était lui qui allait être dévoré par les gâteaux. Le Marle le tirait par le bras  : - La caisse, dit-il. Y nous faut la caisse. Mais en attendant, et en passant, il se fourrait dans la bouche un morceau multicolore de pain de Gênes, puis la petite cerise d'une tarte, puis une brioche, toujours très vite, en s'efforçant de ne pas se laisser distraire de son but. Il avait éteint sa torche. - Du dehors, y nous voient comme y veulent, dit-il. Ils étaient arrivés dans la boutique, avec ses vitrines et ses petites tables de marbre. La lumière y venait de la rue, car les rideaux de fer étaient en forme de grille, et l'on voyait les arbres et les maisons du dehors, en un étrange jeu d'ombres. Maintenant il fallait forcer la caisse. - Tiens ça, dit le Marle à Petit-Jésus, en lui donnant la torche à tenir baissée vers le sol pour qu'on ne les voie pas du dehors. Mais, tout en tenant la torche d'une main, Petit-Jésus tâtonnait de l'autre tout autour de lui. Il saisit un cake et, tandis que le Marle s'attaquait avec ses outils à la serrure de la caisse, il commença de mordre dans le gâteau 98 comme si c'était dans du pain. Il s'en lassa vite et le laissa, à demi mangé, sur le marbre d'une table. - Tire-toi de là ! Regarde un peu quel bordel tu fais ! lui lança à mi-voix le Marle qui, malgré son métier, aimait bizarrement le travail bien fait. Puis il ne résista pas plus longtemps à la tentation et se fourra deux gâteaux dans la bouche moitié biscuit de Savoie, moitié chocolat —, toujours sans cesser de travailler. Petit-Jésus, lui, pour avoir les mains libres, avait construit une espèce d'abat-jour avec des morceaux de nougat et des napperons. Il avait vu quelques tartes sur lesquelles était écrit  : « Bonne fête ». Il se mit à tourner autour, en étudiant un plan d'attaque  : d'abord, il les passa en revue du doigt et lécha un peu de crème au chocolat, puis il enfouit sa tête dedans en commençant de les mordre par le milieu, une à une. Mais une envie violente lui restait, qu'il ne savait comment satisfaire ; il ne parvenait pas à trouver le moyen d'apprécier toutes ces merveilles au maximum. Maintenant il était à quatre pattes sur la table avec les tartes sous lui  : il aurait aimé se déshabiller et se coucher nu sur ces tartes, en se tournant et se retournant, et que cela dure toujours. D'ici à cinq ou dix minutes, au contraire, tout serait fini  : les pâtisseries lui seraient de nouveau interdites pour le restant de ses jours, comme elles l'étaient lorsque, enfant, il s'écrasait le nez contre les vitrines. S'il pouvait au moins s'arrêter ici trois ou quatre heures... — Marle ! dit-il. Si on restait cachés ici jusqu'à l'aube, qui c'est qui nous verrait ? — Fais pas le connard, dit le Marle, qui avait réussi à forcer le tiroir et fouillait parmi les billets. — Y faut se tirer d'ici avant que les flics rappliquent. Au même moment, on entendit frapper contre la vitrine. A la lueur de la lune, ils virent Uora-Uora qui cognait à travers la grille du rideau de fer et faisait des gestes. Dans la boutique, les deux hommes sursautèrent, mais Uora-Uora leur faisait signe de ne pas s'affoler et, à Petit-Jésus, de venir le relever, afin qu'il puisse prendre sa place à l'intérieur. Les deux autres lui montrèrent le poing avec une grimace, et lui firent signe de ne pas rester devant le magasin s'il n'était pas tombé sur la tête. Entre-temps, le Marle avait découvert qu'il n'y avait seulement en caisse que quelques milliers de lires, et il jurait, et il s'en prenait à Petit-Jésus qui ne l'aidait pas. Petit-Jésus semblait hors de lui  : il mordait dans les strudels, chipotait des raisins de Corinthe, léchait les sirops, se barbouillant le visage et laissant des restes sur les tablettes de verre. Il s'était aperçu qu'il n'avait plus envie de gâteaux et qu'au contraire une nausée l'envahissait, mais il ne voulait pas céder, il ne voulait pas encore s'avouer vaincu. Et les pets-de-nonne devinrent des morceaux d'éponge ; les flans, des ronds de papier tue-mouche ; les tartes dégouttaient de glu et de bitume. Il ne voyait plus autour de lui que les cadavres de gâteaux... - Va faire le guet ! Va faire le guet ! lui criait avec rage Petit-Jésus ; une rage d'être rassasié et qui le rendait encore plus égoïste, plus méchant. Le Marle comprenait parfaitement bien que de laisser Uora-Uora prendre la place de Petit-Jésus aurait été plus que juste. Mais il comprenait aussi qu'il serait difficile de convaincre Petit-Jésus, et il fallait absolument que quelqu'un fasse le guet. Aussi tira-t-il son revolver et le braqua-t-il sur Uora-Uora. - A ta place tout de suite, Uora- Uora ! dit-il. Désespéré, Uora-Uora voulut faire quelques provisions avant de sortir, et il rassembla dans ses grandes mains un petit tas de macarons au pignes de pomme de pin. - Et si y te piquent avec des gâteaux dans les pattes, connard, qu'est-ce que tu leur racontes ? (Suite page 151.)
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