Lui n°194 mars 1980
Lui n°194 mars 1980
  • Prix facial : 7 F

  • Parution : n°194 de mars 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 154

  • Taille du fichier PDF : 141 Mo

  • Dans ce numéro : Californie, opérations anti vol.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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GENS D'AMES ET VIOLEURS Le violeur, c'était un grand blond dans les vingt-cinq ans. L'air d'un jeune Américain qui joue au base-ball et étudie à l'université. Un jeune Américain comme les autres... mauvais film. Si seulement ça avait pu en être un !... Ce petit mec à moustache de la brigade anti-viol de San Francisco. Cette course dingue dans la nuit. Cette vitre noire avec, derrière, San Francisco-sur-nuit qui défilait à toute pompe. Cette victime au bout, la troisième en quatre soirs. Cette Amérique où tout allait plus vite, plus fort que partout ailleurs. Cette Californie où tout allait plus vite, plus fort, que partout en Amérique. Cette Californie où tout était permis  : les grands gourous, les petits pédés, les camés à la « poussière d'ange », tout ça, dans un sens, ça ne me dérangeait pas tellement. Mais, les violeurs, là, ça commençait à me coller de vraies angoisses... Non qu'ils n'aient pas, parfois, peuplé mes rêves, comme c'était prouvé, les rêves de toutes les femmes en bonne santé. Mais, dans ces cas-là, c'était l'agression pépère, avec aboutissement agréable et tout... La réalité, ça n'était pas ça. Mais alors pas ça du tout. La réalité, c'était ces trois nuits avec les flics de la ville aux collines, ces chambres dévastées, ces filles en larmes, ce sang sur les draps, ces gosses qui hurlaient dans la pièce d'à côté. Et l'horreur de se dire que, tout ça, c'était le travail d'une bande de dingues invisibles mais bien vivants. Et qu'avec ses statistiques en hausse de 63%, c'était sûr, le viol dans la Bay Aerea, ça ne s'arrangeait pas... Sacramento Street, c'était un beau quartier bourgeois et tout. Et le 224.5, une maisonnette à pignons couleurs d'ice-cream... Avec, devant, des badauds agglomérés. Des flics en uniformes. Une ambulance... Le viol, c'était, au premier étage, cette nénette en peignoir à fleurs. Pétrifiée au bord d'un fauteuil. Tellement pétrifiée que c'était à se demander si elle pourrait jamais bouger à nouveau, parler à nouveau, pleurer à nouveau, rire à nouveau, être une bonne femme comme les autres à nouveau... Près d'elle, une fille de l'Organisation des femmes sexuellement agressées. Et puis d'autres flics... On fit sortir le 102 violeur de la pièce d'à côté  : pas du tout le genre de type que j'avais imaginé  : front bas, grosses mains et regard fou... Celui-là, c'était un grand blond dans les vingt-cinq ans, avec un maillot de corps marqué Star Trek. L'air d'un jeune Américain qui joue au base-ball et étudie la chimie à l'université de Stanford. L'air d'un jeune Américain comme les autres. Tellement comme les autres que mon coeur se serra... Qu'est-ce qui pouvait bien faire d'un mec comme les autres un violeur comme les autres ? « Vous auriez dû lui demander... », ricana le moustachu, un peu plus tard en embrayant sa Chevy. « Celui-là, ça fait la troisième fois qu'on le pique. C'est le "violeur à l'oreiller"... » Et il expliqua qu'il y en avait tellement des violeurs, dans la Bay Aerea, qu'on leur donnait des surnoms pour ne pas les confondre... Le « violeur des terrasses » qui n'opérait que dans certaines verdures, côté est de la jolie banlieue de Palo Alto... Le « violeur aux gants de laine » de Sacramento... Le « Puant », de Berkeley. Un imprenable qui se violait tranquillement sa demidouzaine de bonnes femmes tous les ans depuis 1973. Et qui, comme son nom l'indiquait... puait ! J'écoutais. Ecoeurée. « Le drame, c'est que ça peut être n'importe qui... Un étudiant. Un prêtre. Un facteur. Un chauffeur de taxi. Un représentant en téléviseurs... Tout ce qu'on peut dire c'est qu'en gros, ils ont moins de trente ans et qu'ils sont souvent issus de foyers brisés... Pas avec ça qu'on peut faire un portrait-robot de violeur... » Il hocha la tête. Dans le feu rouge de Geary Street, son profil se dessina en sombre, avec la petite corne pointue de sa moustache. Et il eut l'air d'un diable... « Leur dénominateur commun, c'est qu'ils violent..., dit-il. Et vous allez me demander pourquoi. Et je vais vous dire qu'on ne sait pas... » Le lendemain, je m'étais retrouvée dans le bureau de l'inspecteur Sullivan, un grand mec couleur de brique, « spécialiste du viol », comme ils disent à la préfecture de police de San Francisco... Sur sa gauche, les violeurs étaient là. Enfin, si l'on pouvait dire. Ils étaient là, rangés soigneusement et tout dans un classeur géant avec des étiquettes qui dépassaient  : « Blancs avec barbe », « Blancs sans barbe », « Noirs avec lunettes », « Noirs sans lunettes », « Mexicains », « Orientaux »... « Les gens se demandent pourquoi il y a tant de violeurs. Ce qu'ils ne savent pas c'est que, la plupart du temps... ce sont les mêmes qui recommencent ! » avait soupiré l'inspecteur, « 97% des violeurs sont récidivistes ! Pour nous autres, c'est le problème le plus frustrant qui soit... On les pique. On les colle en taule. Ils tirent leurs trois ans, leurs cinq ans. Et on sait que, dans les trois mois qui viennent, ils recommenceront à violer... »...Comme le flic la veille, il avait ajouté  : « Personne ne sera capable de vous dire pourquoi un violeur viole... Ce que tout le monde vous dira, c'est que ça n'est pas un acte sexuel, car nombre de types sont mariés avec une vie sexuelle normale... Le viol, c'est un acte de violence. Mais, violence, pourquoi ? Et pourquoi cette forme de violence-là ?... Vous pouvez parler à vingt personnes différentes, elles vous donneront vingt avis différents... En attendant, c'est comme une lèpre qui, géographiquement parlant, gagne peu à peu toute la ville. Il y a quelques années, c'était seulement les mauvais quartiers  : le Tenderloin et Mission Street. Maintenant, ça atteint Russian Ilills et les environs du Golden Gate... « Alors ?... » dis-je. Son oeil se coula vers son classeur à violeurs. Et s'y pétrifia de tristesse  : « Alors, rien... Tout ce qu'ils peuvent faire, nos sociologues, nos toubibs, nos psychiatres, puisqu'ils n'arrivent pas à savoir d'où vient cette saleté de lèpre, tout ce qu'ils peuvent faire, c'est soigner les lépreux... » Pour les soigner, on les soigne... Aux victimes du viol, San Francisco offre cinq centres d'urgence pour les victimes d'assauts (Suite page 112.)
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