Lui n°186 juillet 1979
Lui n°186 juillet 1979
  • Prix facial : 7 F

  • Parution : n°186 de juillet 1979

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 130

  • Taille du fichier PDF : 153 Mo

  • Dans ce numéro : les nouvelles photos de Miet-la-sublime et Reiser.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ENTRETIEN « Ils accusent Pivot de tous les péchés du monde, parce qu'il a l'impudence de mettre à la portée d'un très large public des idées qu'on aimerait tant conserver entre soi ! (Suite de la page 7.) lectuel balzacien, famélique dans sa robe de bure, rêvant secrètement de gloire et la conjurant en même temps ? Ce qui est infâmant, en revanche c'est le procès que me font certains, de cette audience précisément. L'infâme, il est du côté du Canard enchaîné lorsqu'il m'appelle monsieur Lévy tant pour cent ». Et, croyez-le bien  : dans ce débat, le public je veux dire les gens simples est probablement plus près de moi que des ricaneurs. Car enfin, quel fantastique mépris de ceux qui lisent, de ceux qui pensent, de ceux qui s'essayent à penser, à l'écart des experts et de leurs querelles de chapelles. Quel formidable élitisme, quand ils accusent un Bernard Pivot de tous les péchés du monde, parce qu'il a l'impudence de mettre à la portée d'un très large public, des idées qu'on aimerait tant conserver entre soi ! C'est ça le fond du problème  : les média ont toujours existé, ils se sont simplement élargis. Avant, c'était la Nrf, les revues confidentielles, les petits cénacles douillets où se sussuraient les réputations littéraires. Aujourd'hui, c'est la télévision, la radio, les magazines, bref, la place publique, l'accès des intellectuels au suffrage universel permanent, en quelque sorte la démocratie. Le même mécanisme donc, mais privé de ses barrières, de ses remparts si confortables. Et c'est cela qui fait si peur à mes censeurs. Et puis enfin, ne disons pas n'importe quoi. Je vous signale que mes livres ne sont pas seulement des best-sellers en France. Mais aussi à New York, à Tokyo, à Rome ou à Madrid. Croyezvous que je sache si loin exporter les talents de « vendeur » qu'on me prête ? Croyez-vous qu'il soit de mon pouvoir de « manipuler l'opinion » à dix mille kilomètres d'ici ? Ce don d'ubiquité, c'était, chez saint Anselme, la propre définition de Dieu. Me voilà donc non seulement dépositaire, mais auteur du Testament... Lui Fout de même, à la fin de votre livre, vous cites de nombreuses réfé- 10 rences. J'ai trouvé un peu énorme qu'en faisant une citation de Jean Daniel, directeur du Nouvel observateur, vous profitiez de l'occasion pour l'appeler « l'honneur de la gauche », et que vous citiez aussi Jean-François Revel, directeur de L'Express qui, dès la sortie de votre livre, vous a consacré l'interview-document de son journal. Dans ce petit monde de la presse et de l'édition, où l'on échange si volontiers rhubarbe et séné, et où, comme on dit, l'on se renvoie les ascenseurs, est ce que cela ne vous paraît pas un peu gênant ? Lévy Jean Daniel est un ami. Il est aussi celui, qui, le premier, a pris le parti de me donner la parole et de me permettre de m'exprimer. A l'heure où je n'étais qu'un simple professeur tout juste sorti des écoles. Lui Est-ce pour cela qu'il est « l'honneur de la gauche » ? Lévy Un instant, je termine. Je crois effectivement que dans ce monde d'apparatchiks, dans cette gauche molle et institutionnelle, dans cette intelligentsia dont je viens de vous dire le mal que j'en pensais, il est un des rares hommes qui me paraissent porter haut le flambeau de la lucidité. Rappelezvous Soljenitsyne et le salut qu'il lui adressa lors de son arrivée en France. Rappelez-vous la guerre d'Algérie, la décolonisation, Bizerte. Plus près de nous encore, la vigilance critique qui n'a cessé d'être la sienne lors des dernières échéances électorales. Contrairement à ce qu'on dit ici et là, Daniel est un homme qui n'a jamais hésité à dire qu'il s'était trompé. Et le Nouvel observateur, le vrai carrefour de toutes les sensibilités, souvent antagoniques, qui cohabitent dans la grande mouvance de la gauche française. J'en sais quelque chose puisque c'est tout de même là, n'en déplaise aux crétins qui me disent manipulés par la droite, que le débat sur les « nouveaux philosophes » a pu s'instaurer. Quant à Jean-François Revel, la note à laquelle vous faites allusion concerne son livre sur Proust dont j'ai écrit, et dont je continue de penser, qu'il est le meilleur, le plus profond, paru en langue française. Bien supérieur en tout cas à celui d'un Deleuze dont la réputation me paraît usurpée et dont on fait pourtant si grand cas. Je puis même dire davantage, puisque vous m'y poussez  : je crois qu'il n'est pas négligeable qu'un hebdomadaire comme L'Express soit dirigé par un grand universitaire qui, avant de faire du journalisme, s'est tout de même illustré par des travaux de philosophie ou d'histoire littéraire de haute qualité. Lui Le testament de Dieu n'a tout de même pas suscité que des critiques ad hominem. Il y a eu des critiques plus sérieuses, par exemple celles de Jean- François Kahn qui, exemples à l'appui, vous accuse de vous contredire ou plutôt de contredire, dans Le testament de Dieu, ce que vous avez écrit dans La barbarie à visage humain. Lévy C'est son problème. Il m'a sans doute mal lu. Un mot simplement. La barbarie était un constat ; Le testament est un pari. D'un côté, ce qui est, c'està-dire le règne de l'horreur ; de l'autre, ce qui doit être, c'est-à-dire l'impératif de résistance. De là les contradictions dont vous parlez. Lui Le judaïsme occupe une part prépondérante dans votre nouveau livre... Lévy Oui, et à ce propos une petite parenthèse. Je n'ai pas découvert le judaïsme tout récemment comme on l'a écrit. Il se trouve, au contraire, que je suis venu à la réflexion, à la philosophie, à la pensée sous l'égide de Jacques Dérida qui était professeur à l'Ecole normale supérieure à l'époque où j'y étais, il y a maintenant plus de dix ans, et que c'est lui qui m'a initié en 1968 et 1969 à la pensée de Lévinas. Et c'est à partir de cette époque que j'ai commencé de lire la Bible. Lui Justement, à propos du judaïsme, vous dites dans votre livre que ses racines ne sont pas dans la terre mais qu'elles sont dans le ciel. Faut-il voir dans cette réflexion une contestation
ENTRETIEN «.., être un peuple comme les autres... sinon une condamnation du sionisme qui est justement la volonté d'incarner, d'enraciner le judaïsme dans cette terre de Palestine, avec tous les drames qu'elle a engendré, à commencer pour le peuple arabe de la Palestine ? Lévy Sûrement pas. Mais il est vrai, cela dit, que l'idéologie sioniste est partiellement en contradiction avec ce qui a fait la richesse du judaïsme pendant deux mille ans c'est-à-dire, en fait, une communauté ordonnée à l'impératif de résister à l'Histoire, une nation sans territoire, une nation sans langue commune, une nation sans Etat. Et, de fait, l'idée même d'enraciner le judaïsme dans une terre, dans la terre palestinienne, a été longtemps impensable dans la grande tradition juive. Quand les Juifs du Moyen Age parlaient du retour, lorsqu'ils parlaient de la terre promise, il s'agissait, comme je le dis dans mon livre, d'une terre dans les têtes, d'une terre fantasmatique... Lui Une Jérusalem céleste en somme ? Lévy Une Jérusalem céleste. Le sionisme est né d'un croisement du judaïsme avec l'idéologie des Etats nations telle qu'elle s'est développée au xvIIl'et surtout au xrxe siècle. Cela dit, parallèlement, l'ambition d'être un peuple comme tous les autres a été une tentation constante, qu'on trouve déjà à l'époque du premier royaume hébreu  : voyez le deuxième livre de Samuel, et l'histoire du roi Saül. Cela étant dit, la question du sionisme n'est pas une question d'académie. Elle relève d'une toute autre logique, qui n'a rien à voir avec ces questions de textes ou de traditions. Israël, à mes yeux, est parfaitement, immensément justifié par l'holocauste inouï qu'ont connu les Juifs avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. L'Etat d'Israël est un Etat fondé sur six millions d'hommes, de femmes et d'enfants juifs, sacrifiés au grand délire mondial de l'antisémitisme. Pour tous ceux qui, comme je le dis dans mon livre, refusent de se laver les mains de toute cette chair partie (Suite page 13.) CPH 102-104, Rl F DU 1F MF'I F75OO 3 PARK. IF I. 271.97.79 1 F I FX 111.9 6. 11



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