Lui n°121 février 1974
Lui n°121 février 1974
  • Prix facial : 5 F

  • Parution : n°121 de février 1974

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 114

  • Taille du fichier PDF : 151 Mo

  • Dans ce numéro : Paul Getty, il roule sur l'or... noir.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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LA BOUFFE OU LA VIE Un coup d'oeil rapide sur la « carte réduite » cinquante-trois plats nous attendent... de noces toujours remis, ressemble à Zelda Fitzgerald. De là à. chausser les hottes de Gatshy le Magnifique, il n'y avait qu'un embauchoir. C'est ainsi que nous nous sommes embarqués un vendredi 13 sur France. L'avenir dira si, ce jour-là, nous avons fait un pas en avant ou en arrière  : dans un jour, dans un an, sûrement moins, peutêtre plus d'avions du tout. Alors, pour traverser la « grande mare », ne serons-nous pas obligés de revenir aux « steamers » ? Je le souhaite. Et pourquoi pas la voile ? Mais là, j'exagère peut-être dans la nostalgie. Toujours est-il que... Vendredi Je suis un homme heureux. Où plutôt un enfant heureux... A quarante-six ans, je réalise un rêve que je caressais depuis toujours  : partir pour New York sur un grand paquebot, un « huer ». Je suis là, sur le quai de la gare Saint- Lazare, planté devant le wagon décoré de l'écusson merveilleux « Train spécial transatlantique ». Autour de moi, des centaines de gens circulent, bourdonnent, tourbillonnent. C'est l'atmosphère oubliée des grands départs d'antan. Comme j'aimerais que Trenet soit là, c'est le seul qui saurait chanter mon bonheur et mon désarroi.'T'out est comme autrefois  : porteurs d'un autre âge, tirant des « diables » surchargés de malles-cabine, bagages énormes, bourrés de mystère et de poésie, couverts d'étiquettes d'ailleurs fabuleux, contrôleurs de la Sncf dont la casquette s'orne du sigle miraculeux de la Transat — et, du coup, gonflés d'importance —, vieilles dames volontiers affolées, vêtues de carreaux bleus et gris (pourquoi ces éternelles voyageuses ont-elles toujours été vêtues de carreaux bleus et gris ?) courant à la recherche d'un chien perpétuellement minuscule, aidées dans leur quête par un commissaire de bord inlassable. Car, c'est ça, partir avec France, si l'on accepte la règle du jeu  : on embarque à Paris, le bateau est sur les rails, à deux pas de l'Opéra. Et lorsque le train transatlantique s'ébranle, on s'étonne 64 de ne pas entendre mugir les sirènes. Première épreuve  : je suis dans un compartiment d' « habitués.. Ces personnages solennels sentent chez moi le « nouveau ». Je suis visé. Une cour de justice itinérante s'improvise. Interrogatoire serré  : « C'est la première fois que vous prenez France ? (surtout ne pas dire « le France », conseil d'ami, vous seriez définitivement mal vu). Tourisme ou affaires ? — Vous venez. avec nous jusqu'aux Bahamas ? Je bredouille, je m'embrouille, je bafouille. Le Havre, 12 heures. Françoise m'attend, piaffante. File a eu le temps de parcourir ce qui sera notre planète pendant cinq jours. « C'est pas vrai. Fit puis d'abord, comment ce machin peut flotter ? C'est pas logique... » J c tente de lui donner quelques explications du niveau de la sixième, mais, elle et moi, nous n'avons jamais été très forts en physique. Échec... Donc, il faudra se résigner à ce que « ça flotte. Embarquement  : de nouveau, les malles portées à dos d'homme, cette fois. Je ne serais pas étonné de voir hisser le grand foc. La sirène, la vraie, voix profonde. Nous quittons le quai. Les puces-remorqueurs chatouillent l'énorme cachalot, l'expulsent vers le large. Tiens, j'ai faim. La navigation du passager de première n'a rien à voir avec celle du commandant. L'un cherche son cap (avec de tels moyens qu'il serait immoral de ne pas le trouver), l'autre cherche sa cabine (beaucoup moins assisté). La seconde alternative étant la mienne, je louvoie au plus près, jusqu'à rencontrer un garçon sympathique et totalement neutre. Au premier abord, on pourrait le trouver quelque peu efféminé. Au deuxième, à la façon énergique dont il vous dit  : « Vous êtes le 52 », on se rend compte que l'inverse n'est pas impossible et, qu'en tous cas, on est sévèrement pris en main. Une petite phrase prononcée par l'être anonyme me réconforte  : « Le déjeuner sera servi à 13 heures 30 ». Heure magique ! Françoise et moi descendons à la salle à manger et faisons connaissance avec nos nounous, Philippe et Claude. Ce sont eux. l'un, chef de rang, l'autre, son commis. qui pendant la traversée s'occuperont de nous, tenteront (et réussiront) de satisfaire nos moindres désirs. Le menu du déjeuner nous est présenté par Monsieur Max. Lui aussi tiendra un rôle important dans notre opéra-bouffe. Petite courbette, Monsieur Max s'excuse de ne nous présenter pour notre premier repas à bord qu'une carte réduite- Parfait. Nous ne ferons donc qu'un piquenique. Un rapide coup d'œil sur la carte « réduite » en question nous donne une idée de ce qui nous attend  : cinquante-trois plats, au choix, ou tous, comme bon nous semble. Nous nous composons un déjeuner « très simple »  : pour moi, oeufs froids Rosita, médaillon de barbue étuvé vendangeuse, velouté d'épinards frais à la crème, rumsteack d'aloyau grillé marseillaise. Françoise, raisonnable, se laisse cependant tenter par une terrine de lapereau aux pistaches qu'elle fait suivre d'une « spécialité régionale », un rock cornish ben frit viennoise, et, pourquoi pas, des choux-fleurs rissolés polonaise. Côté vins, une déception qui sera d'ailleurs effacée dès que Monsieur Jean, le sommelier, guidera nos pas (vite hésitants, si vous voyez ce que je veux dire)  : le grand ordinaire blanc est un bourgogne d'appellation incontrôlable ; quant au rouge, il annonce, si j'ose ainsi m'exprimer, la couleur  : c'est un algérien 12'5, bon poids. Sur la décoration du France, tout le monde a tout dit depuis dix ans. L'unanimité s'est faite pour reconnaître que le navire avait été intérieurement raté. Force m'est de hurler, pour une fois, avec les loups  : la salle à manger des premières ressemble à un drugstore de super luxe. Je n'en parlerai plus, sinon pour signaler qu'elle n'a pas « vue sur la mer ». Sage précaution, car, malgré l'extraordinaire stabilité du bateau, au cas ou l'Océan se (Suite page 68.)
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