Lui n°121 février 1974
Lui n°121 février 1974
  • Prix facial : 5 F

  • Parution : n°121 de février 1974

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 114

  • Taille du fichier PDF : 151 Mo

  • Dans ce numéro : Paul Getty, il roule sur l'or... noir.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ENTRETIEN « Je crois très sincèrement que mon avis sur les choses n'a strictement aucun intérêt ; d'abord parce qu'il est toujours faux... » Suite de la page 24.) dei commencer à la travailler le mardi, mais comme j'étais bousculé par des tas d'autres conneries, je remettais les choses au lendemain, puis au surlendemain et finalement, le samedi soir, rien n'était fait. J'arrivais le dimanche matin au studio et je n'avais rien foutu. Alors il fallait improviser et je me disais  : pourvu que ce soit un jour éclairé et que la flamme descende sur ma tête et me donne des idées parce que je suis vraiment mal barré. En plus, je faisais du cabaret, de la télévision et, là comme ailleurs, j'arrivais toujours à la dernière minute, avec des trucs à peine préparés. Evidemment, on peut dire que j'étais paresseux... mais, en réalité, j'étais paresseux parce que j'étais débordé. Lui Il y a une chose assez particuliers chez vous, du moins pour un homme de spectacle, c'est qu'on ne sait rien de votre vie privée. Panne Non. Lui Pourquoi ? Vanne Parce que je fais tout ce qu'il faut pour qu'on ne sache rien de ma vie privée. Disons que, dans ma vie privée, il y a des choses que je ne veux pas raconter, mais surtout il y a le fait que ma vie privée n'a strictement aucun rapport avec le métier que je fais. Moi, je suis d'accord pour qu'on raconte la vie privée des gens dont le comportement peut avoir une influence sur les autres... des gens comme Pompidou ou Golda Meir... Le fait qu'ils soient malades, malheureux ou excités, peut avoir des conséquences pour le reste du monde, ça peut faire la différence entre la vie et mort d'une quantité de personnes. Mais moi Les gens n'ont besoin de connaître de moi que les produits finis que je leur offre, sans avoir besoin de connaître les choses qui se sont passées chez moi pendant que je fabriquais le produit en question. Alors on me demande des opinions, des trucs, des machins... Moi je crois très sincèrement que mon avis sur les choses n'a strictement aucun intérêt ; d'abord parce qu'il est toujours faux. Je m'efforce toujours de ne jamais dire la même chose. Si vous me posez la question, je vais vous dire que j'adore les femmes objets. Et puis, si demain une bonne femme du Mif me pose la même question, je vais partir dans de grands discours sur la libération de la femme, l'égalité des droits, etc. Ce qui est certain, c'est que je n'ai pas beaucoup d'avis sur les choses, je n'ai pas d'avis à faire connaître et puis mon avis importe peu. Je me sens très bien avec moi-même, mais je reste vraiment très très persuadé que ma présence ou ma disposition ne peut vraiment pas avoir la moindre importance. Lui Êtes-vous égoïste ? Vanne Moi ? Je suis d'un égoïsme forcené, mais c'est un égoïsme très personnel. Je ne rends pas les gens malheureux et quand je veux leur faire un compliment, je leur dis... je vous aime bien, j'aime bien être avec vous et en votre compagnie, je me sens presque aussi bien que si j'étais tout seul. Et c'est vrai. Je suis absolument sincère ; pour moi c'est un compliment. Je suis presque aussi bien avec eux, que lorsque je suis tout seul. Je vais aller plus loin  : il n'y a pas dix personnes dans Paris qui sont venues dîner chez moi. Je suis tout le temps entouré de copains, mais on va au restaurant ou on se retrouve au bureau ; chez moi, presque jamais. Dans le fond, je suis l'anti-Barclay. Eddie Barclay a une maison qui est spécifiquement faite pour recevoir deux cents personnes. Moi, je dois dire que ça ne m'est jamais arrivé depuis que j'existe. La vérité, c'est que je suis bien lorsque je suis seul. Les gens sont toujours surpris de me voir partir en voyage tout seul alors que les autres, il faut toujours qu'ils trouvent quatre personnes pour aller visiter le Sud Marocain ou pour foutre le camp aux Baléares. Bon, moi, je peux prendre l'avion et me tirer tout seul à New York et je vais pas m'emmerder une seconde. Je ne vais même pas aller dans les endroits où je suis susceptible de rencontrer des connaissances... je fais mes trucs, tranquille. Lui Vous n'êtes pas sentimental ? Panne Pas dans ce sens-là, non. C'est d'ailleurs une chose que les critiques n'ont jamais remarquée dans mes films et c'est pourtant un truc qui se voit... cette absence complète de sentiments. Mes personnages sont indiqués, mais ils ne sont pas marqués. On ne sait pas qui ils sont, d'où ils viennent, comment ils vivent... moi je fais ça, sans sentiment du tout. Je ne marche pas au coup du sentiment. Quand je vois un film avec Gabin ou Jeanne Moreau, j'admire la performance mais ça ne va pas plus loin. Gabin a beau se défoncer, jouer la comédie comme un dieu, je me dis que c'est formidable et que Gabin est un acteur fantastique... Lui Mais vous ne marchez pas Panne Mais je ne marche pas une seconde. Je ne marche jamais. Lui Par rapport à vos spectateurs, cette attitude ne vous gêne pas un peu Panne Mais pas du tout. Je ne leur demande pas une seconde de marcher. Je m'efforce même de leur faire des trucs toutes les cinq minutes pour les empêcher de marcher. Lui Comment se porte Jean Yanne l'iconoclaste ? Existe-t-il encore ou est-il endormi. ? Panne Il existe encore, je crois. Mais d'un autre côté, il est peut-être un peu endormi... Disons qu'il est un peu endormi dans la mesure où je n'ai plus envie de détruire. Je n'ai plus envie de taper comme un sourd sur les institutions, parce que les institutions je ne les vois même plus. Elles m'inspirent une indifférence totale. Les institutions, les rites, les traditions... Vraiment, pour moi, le 14 juillet, j'ai beau me forcer, ça n'évoque absolument rien... Noël non plus, la patrie, la république, le sens du devoir... toutes ces conneries n'évoquent absolument rien pour moi. Lui Alors, à quoi êtes vous sensible Panne Au camembert ! 27



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