Lui n°112 mai 1973
Lui n°112 mai 1973
  • Prix facial : 5 F

  • Parution : n°112 de mai 1973

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 224

  • Taille du fichier PDF : 182 Mo

  • Dans ce numéro : Ushi la sublime.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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LEAUD En Jean-Pierre Léaud, Truffaut a rencontré, pair miracle, cet inconnu vêtu de noir qui lui ressemblait comme un frère... (Suite de la p.148.) deux mois de tournage, on ne l'a jamais vue. Il défend farouchement sa vie privée. Hier n'était pas un de ses bons jours. Quand je lui ai dit  : « Comment vastu ? » il m'a regardé d'un œil sévère qui signifiait  : « 11 y a tout de même des sujets qu'on ne (toit pas aborder. » Mais aujourd'hui il est plus porté aux confidences. Ce matin, quand je lui ai dit  : « Comment vas-tu » il 11'a pas eu l'air trop irrité par nia question. Il a réfléchi longuement, comme un monsieur qui pèse le pour et le contre, comme un monsieur qui veut avant tout être honnête, et ne rien révéler qui ne soit d'une stricte exactitude, et il m'a répondu  : « Bien. » Deux mois que nous tournons. Truffaut - l'insaisissable, Truffaut-le-pudique, Truffaut-le-secret, nous laisse entendre parfois, d'un sourire (l'enfant, qu'il nous aime bien. Nous aime-t-il bien ? Après huit semaines de travail en commun, de vacances en commun, je suis incapable de savoir si je suis son ami. Je sais seulement qu'il est le mien. En tout cas, je ne connais pas de metteur en scène plus détendu quand il tourne, plus chaleureux, qui sache davantage mettre un acteur à l'aise, qui le laisse improviser, qui le laisse se libérer, quitte, par la suite, a écarter les répliques que nous aurons inventées. Cette confiance qu'il nous témoigne nous donne des ailes. Nous n'avons pas l'impression, comme avec tant d'autres metteurs en scène, (l'être des pions, (les robots, dont le métier consiste à apprendre un texte et à le proférer à un rythme et sur un ton qui nous sont imposés. Nous avons tous, au contraire, l'impression (le collaborer, (le participer, d'être, nous aussi, des créateurs. Truf faut accepte, que (lis-je, insiste pour que nous venions voir les projections. Non pas après lui, lisais avec lui. Là encore, il écoute nos réactions, quitte, par la suite, à les récuser. Qu'il soit sincère ou non, il nous fait sentir que nous sommes clans le même bateau, que nous formons une famille, qu'il dépend de nous autant que nous dépendons (le lui... Aujourd'hui, Jean- Pierre et moi sommes assis côte à côte, en attendant le moment (le tourner. Muets. jean-Pierre est dans une (le ses humeurs fermées. L'(cil fixe, il ne contemple rien. L'oreille obtuse, il 156 ne répond que par des grognements. C'est à peine s'il prête attention à sa mèche. C'est dire qu'il ne saurait m'en prêter. Je le dévisage, ce fils fictif, comme s'il était Ilion enfant réel. N'at-il pas l'âge de ma fille ? Elle aussi s'enferme souvent (fans un mutisme rêveur. Les en tirer serait aussi dangereux que de réveiller le somnaiillni au bord du toit. Et je me selfs Vedel\, tout à coup. Car si j'étais plus jeune, j'oserais les éveiller. Je les secouerais pour les empêcher de tomber et les ramener clans la réalité. Je leur (lirais  : « Tu Mous emmerdes. Reste avec nous. » J'essaierais de gagner leur confiance. Mais comment pourrais-je espérer obtenir de Jean-Pierre une confidence, un élan, quand je ne les obtiens pas de ma propre fille ?... Et ce n'est pas elle que je blâme. Elle m'aime, et je sais que je pourrais compter sur elle si j'en avais besoin. C'est dans la vie quotidienne que je souffre d'une barrière, d'une frontière entre Mous. La vie quotidienne, ça compte. On lie peut pas être toujours à l'article de la mort pour savoir à quel point one nous aime, à quel point nous serons regrettés. Ce n'est pas sa faute, mais ce n'est pas la miennne non plus. C'est la faute aux trente ales qui Mous séparent. La querelle (les générations n'est hélas ! pas tin vain mot. Mais c'est un mot inexact. Il ne s'agit pas de querelle. Ce serait bien préférable. Dans une querelle, on s'engueule, niais on s'explique. Et on en sort avec une tendresse renouvelée. Il s'agit (l'uns vide, d'une zone dont l'accès nous est interdit... Et hies deux fils aujourd'hui si confiants, si fraternels, si ouverts, deviendront-ils, à leur tour, inaccessibles ? eaii-Pierre ne se doute pas des réflexions personnelles, (lu désarroi fugitif qu'il m'inspire. Si je les lui exprimais, il hausserait les épaules. Indifférence ? Non. Pudeur, peut-être. Les garçons et les filles d'aujourd'hui sont plus pudiques que Mous... On nous appelle pour répéter la scène où mon fils doit me tuer. Truffaut arrive (balls ma loge. Il m'offre (comme tous les jours) un cigare. Il elle tend un petit bout de papier où il a écrit, sur une table de bistrot, les répliques de la scène que nous devons tourner. « Voyez si ça vous convient. » Parfois je lui suggère un changement. Il l'écoute attentivement, et me répond  : « C'est sans doute plus pittoresque, mais c'est moins dans la ligne de voire personnage. » Et c'est lui qui a raison. La liberté qu'il nous laisse n'entame en rien sa rigueur. Une seule fois, les rôles fil rent renversés. Truffaut avait lu l i o) l i livre « Souvenirs provisoires ». I 1 m'en avait fait compliment. A mua grande surprise, il avait particulièremeIlt aimé une anecdote que je considérais, moi, insignifiante. En tout cas, ce n'était certes pas une des pages du livre doigt j'étais le plus fier ! I1 s'agissait, ni plus ni moins, de lb tuf miroton. Pauvre bœuf miroton ! 11 a failli, à trente ans de distance, nie brouiller avec deux metteurs en scène  : Marcel Lherbier, qui ne comprenait pas qu'à la question de l'amiral Victor Francen, dans « La Porte du large »  : « Comment est la nourriture à l'école navale ? », j'insiste pour répondre  : « Bonne, sauf le boeuf miroton. » Et Truffaut qui, trouvant, Dieu sait pourquoi, cette anecdote (frôle, avait décidé de elle la faire raconter dans notre film. Pendant six semaines, j'essayai en vain de l'en dissuader. Finalement, la veille du jour où je devais m'exécuter, je pris Truffaut dans un coite. Il recula, car mes yeux étaient injectés de sang. D'une voix altérée par l'indignation, je lui dis  : « Ecoutez-moi bien, François. Si c'était vous qui aviez écrit cette histoire, je la dirais, même si j'en (levais souffrir. Mais puisque c'est moi (lui l'ai écrite, j'ai tout de même le droit de vous révéler que je la trouve d'une connerie à nulle autre seconde. » Truffaut éclata (le rire, s'avoua vaincu (une fois n'est pas coutume) et Ilotes coilcoctallmes Mlle autre histoire. EnJean-Pierre Léaud, Truf faut a rencontré, par miracle, cet inconnu vêtu de hoir qui lui ressemblait comme un frère. A travers cet enfant, puis ce jeune homme aigu, sensible, écorché, niais drôle, commue lui-même, Truffaut n'a pas pu ne pas se reconnaître, Ife pas avoir ressenti un choc le jour où le destin lui adressa ce garçon (lui, à treize ans de distance, le ressuscitait. La ressemblance est f rappante. Pas seulement dans les traits. niais dans la façon d'être, d'aborder les autres, de baisser (Suite page 158.)
On peut parler Fortran toute la journée sans avoir pour autant l'air habillé par un ordinateur. Une cravate imprimée, un noeud Pap, c'est moins collet monté, une pochette bien zippée, c'est la tin des carnets d'adresses égarés. Il y a des ceintures bien construites qui savent se tenir sur un pantalon droit, elles n'ont jamais empêché quelqu'un d'être pris au sérieux. Accessoires l'Aiglon  : pour être opérationnel sans perdre tout son charme. raigl on 1 Pour taire carrière sans avoir l'air sombre bd Gaston Birgé 49000 Angers - tél. (15 41) 87-70-57 - 5, rue Clément Marot - 75008 Pans - tel. 359-63-99



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