Lui n°110 mars 1973
Lui n°110 mars 1973
  • Prix facial : 5 F

  • Parution : n°110 de mars 1973

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 130

  • Taille du fichier PDF : 147 Mo

  • Dans ce numéro : Ibiza, bons baisers d'Ibizance !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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LES BOXONS DE PAPA À onze heures précises le personnel se présente au salon en tenue de travail longues robes transparentes sur un corset de soie... Si toutefois le libertinage commercial peut s'accommoder de structures. Autorisant avec sagesse ce qu'on ne saurait interdire, les rois abritent clans leurs palais une troupe de ribaudes, les « prostituées royales » qui suivent la cour dans ses déplacements. Un tel exemple entraine le peuple, et des établissements s'entrouvrent au coin de chaque rue dans le joyeux désordre d'une humeur vagabonde. Deux siècles plus tard, Saint Louis donne à la fantaisie un semblant (le rigueur, édictant que les « maisons de putanerie » seront désormais désignées sous le nom d'abbayes. Leurs tenancières s'appelleront « prieures ». Enfui, ces établissements « doivent ouvrir leurs portes â quelques pas des églises afin que sans délai les pécheurs qui en sortent puissent aller purifier leur âme ». Cet édifiant voisinage videra l'enfer pendant un siècle entier. Mais en 1367, le Prévôt (le Paris, déjà centralisateur, fixe par arrêté l'emplacement (les bordeaux aux alentours du Châtelet, « en les rues Trousse-Putain et Brise-Miche ». L'église est loin, le diable se frotte à nouveau les griffes. Après la guerre de Cent Ans ou la galanterie prend'un tour militaire, après Louis XI où elle se fait diplomate, la débauche devient conquérante avec François I er. Tant par magnificence que par démagogie, il cède la troupe des prostituées royales aux officiers subalternes, pour créer à son usage et à celui de ses pairs, un corps (l'élite, « les demoiselles de réputation ». Le bon abbé Brantôme, émerveillé s'écrie  : « Belle et superbe bombance ! ». Mais voici la Réforme, les huguenots, l'intolérance. En 1560, les Etats d'Orléans, précurseurs de Marthe Richard. proclament la suppression des maisons de prostitution, « défendant tous bordeaux et enjoignant aux juges de poursuivre et punir extraordinairement les contrevenants ». La vraie chronique du règne (le Charles IX va relater la création immédiate (l'établissements sauvages, ancêtres des clandés. La police fait bonne garde et, pour des raisons personnelles, Henri III poursuit cette politique moralisatrice  : Sa Majesté prétend ne pas comprendre l'intérêt d'une prostitution féminine. Quant aux jeunes gens complaisants et avides, le palais 72 royal va devenir pour eux la plus accueillante des maisons. Cette double évolution (les mœurs inquiète Henri IV. Sous prétexte de suivre les conseils de soir médecin, il autorise et encourage la réouverture des bordeaux afin « de préserver la sécurité (les honnestes dames et d'éviter que les goûts d'Henri III ne se puissent répandre chez les jouvenceaux ». Sous cette impulsion énergique, le bordel passe bientôt pour un rendez-vous (le bonne compagnie. Sous le règne de Louis X I l I, gentilshommes et princes du sang s'y rencontrent sans la moindre vergogne. Grisées, les pensionnaires se croient bientôt tout permis. Des scandales éclatent. Il faut prendre des sanctions. On ouvre en 1648 une maison de force pour enfermer, fouetter et torturer les arrogantes qu'elles soient entremetteuses ou filles (le joie. C'est pourtant l'époque où la galanterie passe du petit commerce à la grande industrie. Colbert en a montré l'exemple, dans d'autres secteurs de l'économie. Mais c'est sous le règne dissolu de Louis XV que l'expansion va jusqu'au plein emploi. Le « Parc aux cerfs » et les « Petites maisons » donnent à (les spécialistes l'idée d'ouvrir certains établissements de luxe où les grands seigneurs peuvent satisfaire leurs caprices dans un décor digne de leur rang. Idée géniale. Animées par (les troupes (le « nymphes », aimable brigade des stupres, ces « sérails » connaissent un éclat exceptionnel. En 1750, Casanova visite celui (le 1 ustine Pâris, à l'Hôtel du Roule, le plus célèbre (le la capitale. « La maîtresse v tenait douze a quatorze nymphes choisies, écrira-t-il avec ravissement. Bonne table, bon lit, propreté (...) Tous les plaisirs y étaient fournis a yin tarif raisonnable  : six francs pour déjeuner avec une nymphe, (lotize pour y dîner et le double pour y passer la nuit. » Autre reportage sur ces lieux, celui de Pidansat de Mairobert, l'auteur préstini('(le « l'Espion anglais ». Il parle d'un autre sérail parisien, encore mieux achalandé, celui de la célèbre Dourdan, dite la Petite Comtesse. « On nous fit remarquer, écrit-il, l'eau de pucelle, un fort astringent avec lequel Dame Gourdan répare les beautés les plus délabrées et rend ce que l'on ne peut perdre qu'une fois. On nous fit ai10.111r:. passer dans l'in 1 irmerie où il n'est point question (IC maladies pestilentielles, mais de ces voluptueux blasés dont il faut réveiller les sens flétris. » Un ouvrage intitulé « Les Sérails de Paris » donne scrupuleusement l'emploi du temps des filles de maisons. Ces demoiselles, jolies, bien élevées, expertes en débauches diverses, se lèvent à huit heures. Elles reçoivent les coiffeurs. A onze heures précises, le personnel se présente dans un salon doré en tenue de travail  : longues robes transparentes sur un corset de soie et un léger maillot de couleur tendre. Puis les pensionnaires attendent les premiers clients en devisant, brodant et jouant de la harpe. En fin de matinée, ces jeunes personnes ont droit à leur petite récréation  : la visite des amants de cuir, généralement des militaires, « à condition que ces messieurs ne se montrent pas jaloux et sachent disparaître au moindre avertissement. » Quant au client, il payait trois louis le souper et le coucher, le petit cadeau étant facultatif. Pour les gentilshommes soucieux d'incognito, tin escalier conduisait à tin cabinet secret garni de cordons de sonnette numérotés. On y faisait son choix dans le « livre (les beautés », recueil des portraits physiques et moraux des pensionnaires, et on tirait le cordon correspondant au chiffre de l'élue. Moyennant un supplément de deux louis, les clients particulièrement exigeants recevaient le « livre des passions », autre opuscule où se trouvaient le nom des spécialistes et leurs spécialités. Les accessoires et les costumes étaient facturés à part. Le roi, en personne, fréquentait les bordeaux. Dans l'un d'eux, tenu par La Braisée, rue Sainte-Anne. il refusa, polir des raisons obscures, les complaisances d'une certaine Marie I)ascher. Cette dernière devint aussitôt la f avorite de la cour qui se précipitait en foule au sérail afin d'apprendre la particularité qui avait fait fuir le monarque. La Révolution paralysa la plupart des commerces parisiens, sauf celui de la galanterie, (fui se concentra en plein cœur (le la ville, au Palais- Royal. Selon une brochure publiée en 1790, mille cinq cents filles, « bien habillées, bien pomponnées », y guettaient. à longueur de journée et de nuit, ceux que déjà (Suite page 74.)
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