Lui n°109 février 1973
Lui n°109 février 1973
  • Prix facial : 4 F

  • Parution : n°109 de février 1973

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 114

  • Taille du fichier PDF : 106 Mo

  • Dans ce numéro : interview exclusive de Juan Peron.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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MARCEL DUHAMEL " Ah ! Si j'avais tout le fric perdu en taxis, après avoir vainement cherché où j'avais bien pu garer ma voiture ! " ney, et « Pas (l'orchidées pour Miss Blandish », de J.14. Chase, n'a rien perdu de cette allure que ses amis surréalistes (le 1929 décrivaient ainsi  : « Tl a un air (le ressemblance avec le prince (le Galles, et paraît incarner dans les vêtements et le maintien un idéal anglo-saxon d'élégance propre it exorciser le spectacle courant du Français à béret basque ou de l'artiste à Lavallière... » Cette évocation, visiblement, le flatte. Elle est d'André Thidon et figure dans son livre « Révolutionilaires sans révolution ». Marcel Duhamel feint (le ne pas s'en souvenir, (le la redécouvrir. Coquetterie ? « Pas du tout, répond-il, je suis tan vrai panier percé. Les choses me remontent à l'esprit par bribes. C'est pourquoi. finalement, j'ai mis un temps record à écrire mes Mémoires, si j'avais trop traîné elles auraient tenu en cinquante pages. D'ailleurs, nia vie est truf fée de trous de mémoire que je me suis efforcé de raccorder. » En tout cas, il est là. Fidèle au rendez-vous. Ponctuel. Et n'en revenant pas. D'autant cale... « Savezvous à quel jeu dangereux je nie livre lorsque je marche seul ? Eh bien, je me pose des questions capitales du genre  : combien y a-t-il (le pas de Saint-Germain-des-Prés à la rue du Bac ? Dès lors, quand tala tête se met ainsi à gamberger, tout est possible. je rentre dans tan bureau de tabac..j'oublie ma monnaie. Ou les cigarettes. Ou les deux. Un jour, boulevard des Italiens, j'étais sorti avec mon paquet, mais sans avoir payé. La buraliste nie rappelle sur le trottoir. Je rentre. Je paie. Elle me rappelle de nouveau, j'avais oublié alla canne, une canne en bambou que j'ai évidemment reperdue depuis. Ah ! si j'avais tout le fric perdu en taxis que j'ai dîi prendre à la sortie du cinéma après avoir vainement cherché à travers les Champs- F lysées où j'avais bien 1)ti garer ma voiture ! » (Eil rond, sourcils et moustache en accent circonflexe. Marcel Dtihaniel s'étonne lui-même. S'interroge clans le miroir ovale qui orne le bureau-boudoir où il reçoit se  : visiteurs. Et quarante ans après. voici qu'il ressemble à nouveau à ce « client pressé » qu'il interprétait dans « L'affaire est dans le sac », premier film des frères Prévert. Réfléchissez. Il n'v a pas si longtemps... Vous vous sou- 30 venez (le ce client si distrait qu'un chapelier fantaisiste Carette faisait payer et lui revendait son propre melon simplement fendu au milieu. 1933 ! Marcel Duhamel, que sa famille a placé dans l'hôtellerie il a même dirigé tout seul le « Grosvenor », rue Pierre-Charron ce qui ne l'empêche pas de fréquenter les surréalistes, fait partie, avec Jean-Louis Barrault, Maurice Baquet, Roger Blin, Raymond Baissières et Marcel Vlouloud j i encore tout gosse, du groupe Octobre, une troupe (le création théâtrale qu'alimente la verve e-t la poésie (le Jacques Prévert. « Nous lui faisions alors les poches et recollions les merveilleux dialogues qu'il y avait enfouis et déchirés ». Mais cela ne nourrit guère. Et. puisqu'il connaît l'anglais, il se lance dans la traduction de « Little Caesar », de Burnett. que publie Pierre Lazareff dans « Paris- Soir ». Succès. A tel point qu'une entreprise (le doublage cinénlatographique lui demande d'adapter et de lire en français les répliques (le James Cagne ou de Humphrey Bogart dans les diverses productions de la Fox et (le la.\\aruer d'alors. « j'ai même passé toute une nuit, raconte-t-il. à faire chanter « Qu'avez-vous fait (le mon amant ? » à une Ginger Rogers en gigolette adossée à un bec de gaz. Le texte anglais était « Remember my forgotten man ». Et sa bouche couvrait tout l'écran. D'où la difficulté. Il était impossible (le tricher ou de se permettre la moindre erreur. Dentales et labiales (levaient être à leur place et, le son, concorder avec le, gestes. Un cauchemar ! » jeu de mots pour jeu de mots, Marcel Duhamel a toujours préféré ceux qu'il apprit stir les bancs du surréalisme oit il eut pour voisins turbulents André Breton, Benjamin Peret. ; Aragon, Robert Desnos, Paul Eluard, Yves Tanguy, Max Ernst... Des récréations violentes au cours desquelles, pressés qu'ils étaient d'aller voir. boulevard (le Clichy, le dernier filin (le George O'Brien, Breton arrachait des mains des passants leurs parapluies ouverts sous l'orage, et qui obstruaient trop le chemin du cinéma. Il les repliait froidement et les cessait Blet sur son genou en entonnant « Le Fils de la bohémicilne ». tin succès (le Georgius otl « Ah les petits pois », de Dranem, qu'il considérait comme se, frères « en surréalisme des rues ». Et parfois, ils se rendaient en bande y compris Bunuel et Salvador Dali chez Mme Sacco une Mme Soleil de l'époque qui tenait boutique à rêve prémonitoire, 4, rue (les Ursulines et la consultaient sur leur avenir commun. Le surréalisme ! il triture le mot. Et puis, comme sortant d'une longue réflexion du style « oit ai-je bien pu déposer mes lunettes ? », il constate  : « Nous nous amusions à casser les mots et les idées sans perdre le sens de l'humour. Aujourd'hui. les mots sont tellement cassés qu'ils retombent dans le néant et le tragique. Le lugubre. Le rire est momentanément mort. » Et encore  : « Vous comprenez, c'était un mode de vivre qui nous poursuivait jusque dans les moindres détails. Pierre Brasseur, par exemple ! J'ai passé -des tournées entières en sa compagnie. Poivré à bloc. Et on le poussait sur scène tel quel. Lessivé. Englouti. Et voici qu'il tournait le dos au public. Lentement, (l'un pas de somnambule, il gagnait^ le fond du décor. Il ouvrait une fenêtre en carton qui donnait sur les projecteurs. Aspirait un bol de poussière comme si c'était de l'air frais des montagnes. Et revitalisé, faisait volte-face et lançait sa réplique avec une diction de buveur d'eau de Vittel. Ce n'est pas (lu surréalisme, ça ? Mais, basta ! Et l'ennui avec les souvenirs, c'est qu'on joue toujours un peu à l'ancien combattant. » Pour s'excuser, il murmure, d'une voix de sociétaire de la Comédie-Française, ce vers d'Appolinaire mis en exergue de son livre  : Les souvenirs sont cor de chasse... dont meurt le bruit parmi le vent... » Il se déplie. Le voici, de nouveau dans la rue entre Saint-Germain-des-Prés et rue du Bac. Piéton allègre. Il règle à Paris ses affaires (l'édition et distribue distraitement ses dédicaces. « Je ne suis jamais foutu. dit-il, de trouver autre chose que « bien cordialement » ou « en toute amitié ». C'est barbant. A moins d'être saoûl ce qui nie délie la cervelle, si bien que quelques privilégiés ont c1û se voir gratifier (l'un « amical souvenir ». Parfois, j'emprunte à mes copains, et lâchement je recopie des phrases qu'ils m'ont adressées (Suite p.40.)
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