Lui n°107 décembre 1972
Lui n°107 décembre 1972
  • Prix facial : 5 F

  • Parution : n°107 de décembre 1972

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (213 x 268) mm

  • Nombre de pages : 216

  • Taille du fichier PDF : 183 Mo

  • Dans ce numéro : entretien privé avec Jean-Jacques Servan-Schreiber.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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GLASGOW ON THE ROCKS Quand je bois un whisky, je suis un autre homme et cet autre homme a besoin d'un whisky Car le Scotch est une bonne affaire. « Quand je bois un whisky, je suis un autre homme. Et cet autre homme a besoin d'un whisky. » C'est un très ancien slogan écossais, nul aujourd'hui ne pourrait en citer l'auteur, mais l'étincelle de génie a jailli ailleurs, ou plus exactement, s'est créée d'ellemême. Le succès foudroyant du scotchwhisky réside, en grande partie, dans le fait que ses fabricants et ses vendeurs sont parvenus à associer l'image de leur alcool à celle de la virilité. Par le cinéma, d'abord. La vogue du western dure depuis près d'un demisiècle. Le cow-boy boit presque autant de whisky qu'il tire de coups de feu et ceci est valable, également, pour les films policiers. Et puis, à partir de 1945, nous est arrivée des Etats-Unis, la littérature noire. Dans certains de ses ouvrages, j'ai calculé que le héros parvenait à ingurgiter cinq ou six litres de scotch-whisky par jour. Il est vrai que si l'on s'amuse à ce jeu additionnel, ce même héros mange facilement un boeuf hebdomadaire, à coup de steaks épais « comme qa », et une bonne centaine d'oeufs. Cette intoxication (sans jeu de mots) a frappé bien des esprits. Au slogan « Quand je bois un whisky, je suis un autre homme... » j'ajouterai  : « Quand je commande un whisky, je suis déjà un autre homme. » Il v a cent façons de réclamer a un barman l'alcool prestigieux et, toujours, ça sonne bien. Ça passe (le la désinvolture dédaigneuse, à l'évidence empressée du ton péremptoire, à la nostalgie blasée et pourtant, cette gamme ne dispose que de deux mots  : « scotch ou whisky ». Cet oura gan de propagande bénévole pour le produit oblige les diverses marques (il en existe plus de cent) à se livrer à im incessant combat publicitaire. Les slogans prolifèrent. Pour « Long John », par exemple. les postes péri - phériques français nous annoncent  : « Long John, le whisky que boivent let Ecossais ». Les murs de Glasgow. par contre, sont parsemés d'affiches (lu ; affirment  : « Long John, le whist ; ((fie l'oi1 boit en Europe. » Mais, si nous parlions un peu de whisky ? Le mot « whisky », vient d'usquebaugh, première appellation de l'alcool, qui signifie en gaélique (branche 96 du celtique parlé en Ecosse)  : eau-devie ou eau-de-feu. Le mot se transforma d'abord en « uiskie », pour prendre, enfin, vers le début du XVIIl'siècle, sa forme définitive. L'une des plus anciennes allusions auuiskie a été retrouvée dans une lettre datant de février 1622, écrite par sir Duncan Campbell, de Glenorchy au comte de Mar, lettre se rapportant à une beuverie au cours d'une réception.donnée en l'honneur de jeunes officiers envoyés par le roi, et il semble que la fabrication de base de l'alcool n'ait subi jusqu'à nos jours que des transformations insignifiantes. J'ai visité dans les Highlands une des plus importantes distilleries écossaises  : celle du whisky William Grant. Ce n'est pas d'une grande originalité  : plus de trente mille curieux accomplissent chaque année ce pèlerinage aux sources de l' « or liquide ». Le siège social de quatre-vingt pour cent des marques de whisky se trouve dans le centre de Glasgow. Chez Grant's une cinquantaine d'employés travaillent dans un hôtel particulier, aux murs imprégnés de poussière (le charbon. La seule originalité réside dans la présence à l'entrée d'une tache de couleur  : un huissier en uniforme spécial, bardé de décorations. Les grandes marques chassent le sous-officier retraité pour tenir cet emploi. Ils sont devenus des fleurons traditionnels, mais, derrière cette présence insolite, des bureaux austères abritent des gentlemen qui règlent, avec une précision de métronome, le rythme mondial (le l'euphorie. Là, des milliers d'hectolitres d'alcool ont pris la forme de bordereaux. Jamais une bouteille, jamais le moindre flacon ne pénètre dans ces sanctuaires administratifs. Cette habitude croissante que les chefs d'entreprise ont de posséder. (laies leur bureau, un bar escamotable, n'a pas cours en Ecosse et, ici, lorsqu'on y fait allusion, on obtient en réponse un sourire qui laisse percer une pointe (le désapprobation choquée. Accompagné par le jovial et sobre John Mackee, directeur de Grant's pour les services d'exportation européens, j'ai pris, à l'aube, la route du nord qui, après deux cents kilomètres, arrive à la vallée de la Spey  : la vallée du whisky. La rivière serpente dans les collines entre Elgin et Dalwhinnie, sur ses rivages sont accrochés une trentaine de « villages-alambics », l'âpreté grandiose et sévère des Highlands voit sa majesté rompue par les innombrables masses des distilleries surmontées de cheminées géantes. Toutes se ressemblent. Ce sont de froides et rudes bâtisses aux murs neutres. Une exception pourtant  : la distillerie de la marque « Black and\Vhite », les murs sont blancs, et les toits noirs. Cette fantaisie publicitaire n'est prisée par personne. Elle est considérée comme une entorse au fair play et à la tradition, comme une exhibition choquante. J'ai interrogé à ce sujet une dizaine d'autochtones, leurs réponses se ressemblaient toutes plus ou moins  : « Ce sont des procédés de fabricants de berlingots ou de lingerie féminine, de marchands de tapis, un racolage putassier, un amusement pour touriste que personne n'approuve. » Car, en Ecosse, la fabrication et le négoce du whisky sont liés à l'idée de noblesse et de tradition, ce sont des choses avec lesquelles on ne joue pas. La vallée de la Spey aboutit au bourg de Dufftown  : mille habitants qui, tous, une poignée de commerçants exceptée, vivent du whisky. Sept distilleries, c'est la plus forte proportion d'Ecosse par rapport à la densité du village, à l'entrée, un slogan, du reste, le rappelle  : « Rome est bâti sur sept collines, Dufftown sur sept distilleries » (en anglais, la rime est parfaite). Chez Grant's, je suis reçu par deux guides  : le major James Combe et le major James Findley. Par le même processus traditionnel qui fait que l'on recrute les huissiers d'administration parmi des sous-officiers retraités. les guides de la plupart des distillerie.> sont nobles et d'anciens officiers supérieurs des régiments d'élite écossais. Ce qu'on appelle dans l'armée, la « cote (l'amour », intervient sans le moindre doute dans leur choix. Mes cornacs semblent sortir d'une imagerie d'Edinibourg, bien entendit ; ils sont en kilts qui ne diffèrent que par le dessin (le leur clan. En revanche, ils portent la même cravate discrète, celle du whisky William Grant. Ils sont grands. altiers. raides, s'expriment (Suite page 203.)
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