Lui n°107 décembre 1972
Lui n°107 décembre 1972
  • Prix facial : 5 F

  • Parution : n°107 de décembre 1972

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (213 x 268) mm

  • Nombre de pages : 216

  • Taille du fichier PDF : 183 Mo

  • Dans ce numéro : entretien privé avec Jean-Jacques Servan-Schreiber.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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LA VRAIE NATURE DE BERNADETTE " Quand j'étais petite, je voulais être danseuse, en réaction contre un miliéu protestant hypocrite, épouvantable, fermé â toutes expressions corporelles " point commun que j'ai avec les actrices auxquelles on me compare, c'est mon boulot. Mais peut-être que si ma vie personnelle craquait, si tout cela était rapé, alors je serais comme toutes ces grandes bonnes femmes, seule, avec de temps en temps, quelques petits élèves  : des jeunes gens qui n'ont jamais fait l'amour. » Ce que Bernadette raconte est tellement évident que ça peut sembler banal à tous ces « fréquenteurs » de chez Castel ou de chez Lipp, qui ont besoin de vent pour manger leur soupe. Elle est la seule actrice française qui met en application ce qu'elle proclame. Effectivement elle a arrêté de tourner pendant plusieurs années  : « C'est pas difficile au moment de la Nouvelle Vague, à chaque film de Chabrol, j'allais être enceinte, j'étais enceinte ou j'allais accoucher. » Elle n'éprouve cependant pas la nécessité de faire de grandes déclarations démagogiques sur le rôle de la femme au foyer r et encore moins celle de faire des meetings en tailleur Chanel. Cependant, tout le monde essaie de la récupérer jusqu'à ce brave tenancier d'une des boîtes de nuit bien parisienne qui, au cours d'une « radioscopie », a déclaré qu'elle était la seule actrice qui l'intimidait. C'est sans doute pour cela qu'il rêvait de la voir défiler à poil avec des bottes et une croix gammée sur le sexe, au milieu de son régiment de Streap - teaseuses qui essaient de dévisser quelques autres tenanciers de l'industrie moderne. Lafont ça ne l'intéresse pas de dévisser des citrons. elle ne veut séduire que la caméra  : « La seule chose qui me fasse bander. » Bernadette Lafont n'aime que ce qui colle profondément à la vie. Elle déteste la poudre qu'on essaie de balancer à la gueule des gens pour leur faire gober que la nouvelle société c'est encore ce qu'on a trouvé de mieux. Le soir de notre entretien, se pavanait à la télévision une célèbre courriériste du coeur, aussi « glauquenspiel » (super glauque) que toutes les vieilles radoteuses de conneries sentimentales. Cette brave dame, une anti-Simone de Beauvoir, expliquait que les vieux pouvaient faire la dolce vita avec des clopinettes... Bernadette éberluée s'est retournée vers moi  : « Celle-là, elle y croit tellement que 112 le soir quand elle met sa carotte, elle doit prendre la pilule pour ne pas être enceinte. » Comme je m'esclaffais, toute ahurie elle m'a demandé  : « Pourquoi ce rire ? C'est marrant ce que je viens de dire ? », et sans rupture de ton, elle enchaîna  : « Actuellement il est de bon ton chez les femmes de prétendre jouer des rôles d'hommes. Elles se sentent f rustrées par rapport aux rôles masculins. Or, le plus beau compliment que François Truffaut m'ait fait c'est lorsque, au cours, d'une interview télévisée, il a dit  : « Bernadette Lafont ne me fait penser ni à Jeanne Moreau ni à Greta Garbo, mais à Michel Simon. » Cela m'a fait très plaisir parce que mes principaux rôles ont toujours été des rôles forts. Mais je ne pense pas qu'il y ait effectivement une différence entre les hommes et les femmes à un certain niveau de force. Ne parlons pas de sexe parce que je ne suis pas là pour faire une leçon d'anatomie, mais Vivien Leigh ou Elizabeth Taylor c'est la même chose que Michel Simon ou Marion Brando, encore que Brando soit plus près de Marlène Diétrich. Par exemple, lorsque je joue avec Charles Denner, pour qui j'ai une très grande admiration, c'est seulement deux espèces de forces qui se complètent et s'affrontent. C'est comme une bonne interprétation au piano de Marguerite Long ou de CarlRichter. Lorsqu'on écoute le disque, on ne sait pas si c'est un homme ou une femme qui joue. Pour la comédie, c'est pareil, et évidemment je prends mon pied ! Avec « Une belle fille comme moi », le dernier film de François Truffaut, tout le monde va dire que je fais enfin ma rentrée au cinéma. Alors que je n'ai pas arrêté de travailler en faisant, la plupart du temps, des premiers films... Les actrices qui ne font pas de premiers films sont des gens qui manquent d'imagination. Evidemment, les critiques vont dire  : « Des retours, des retours... » Moi ça me fait rigoler, parce que tout ce que vont dire les critiques en ayant l'impression de découvrir le filin ne m'apprendra pas grand-chose. La seule critique que je garde toujours sur moi, c'est celle du petit père Astruc qui parlait de « l'Amour c'est gai, l'amour c'est triste », de J.-D. Pollet. Depuis la projection du film « Une belle fille comme moi », des gens m'ont téléphoné en récitant tout ce que le vieux Astruc avait déjà écrit il y a deux ans. Donc ça ne peut pas me flatter lorsqu'on me dit  : « Ça marche pour toi, tiens, tiens ! » Quand je vais présenter des films dans des salles d'art et d'essai, il y a toujours quelques rats de cinémathèques qui se lèvent et disent  : « En somme vous êtes comme Viva une vedette de l'underground ». En fait, c'est faux. Dans mon cas c'est une espèce de renaissance chaque fois que je fais tin premier film. C'est pour cette raison que j'en fais beaucoup. Quand j'étais petite, je voulais être danseuse, en réaction contre tin milieu protestant, hypocrite, épouvantable, fermé à toutes expressions corporelles. Finalement, mes parents m'ont laissé faire parce que ça la fichait bien lorsqu'on allait chez les gens. Chaque fois que nous allions prendre le thé chez des amis à Nîmes, le pick-up sous un bras, le tutu sous l'autre, hop ! je dansais « la Mort du cygne » ou « la Gavotte des vers luisants ». Mon père ressemble à un vieil acteur méridional. J'aimais beaucoup me promener dans les rues avec lui parce que les gens lui demandaient  : « Est-ce que vous n'êtes pas Raimu ? » Moi, je pense qu'il aurait pu être Fernandel ou un acteur de Marcel Pagnol. Lorsqu'on le prend pour un acteur avec ses grimaces étourdissantes, je suis beaucoup plus contente que si l'on me reconnaissait moi. Ma mère est une paysanne des Cévennes. Elle a une voix d'airain, elle tape par terre avec une canne pour dominer des ordres. Elle aurait pu être grenadier ou adjudant. En fait, elle joue tin rôle parce qu'elle a une distance formidable qui lui permet de composer admirablement son personnage. Elle aurait pu être une meilleure actrice que mon père parce que chez elle tout est très calculé, alors que chez mon père tout est complètement instinctif. Alors, aujourd'hui, lorsque je joue la comédie, j'essaie de faire un mélange des deux autrement dit  : je flashe sur mes vieux, c'est évident. Mes parents ont été mariés dix ans sans avoir d'enfant. Un jour, ils sont allés à Lourdes ; eux disent que c'était un pèlerinage, niais enfin... Crac ! ça s'est passé, ma mère (Suite page 158.)
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