Lui n°107 décembre 1972
Lui n°107 décembre 1972
  • Prix facial : 5 F

  • Parution : n°107 de décembre 1972

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (213 x 268) mm

  • Nombre de pages : 216

  • Taille du fichier PDF : 183 Mo

  • Dans ce numéro : entretien privé avec Jean-Jacques Servan-Schreiber.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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LA VRAIE NATURE DE BERNADETTE " Je ne veux pas passer les trois quarts de ma vie devant une glace ou à faire des photos sous prétexte que je suis mademoiselle Lafont " (Suite de la page 82.) a été enceinte. C'est la raison pour laquelle je m'appelle Bernadette. Remarquez que mes parents, persuadés d'avoir un garçon, avaient décidé à cause de l'opéra « Tristan et Isolde » de me nommer Tristan. Mais « Tristan Lafont », c'est dur, non ? A dix-huit ans, j'ai rencontré Gérard Blain. Il ne voulait absolument pas que je fasse du cinéma. Cela dit, j'envoyais en douce des photos affreuses que me faisaient mon père aux concours du « Blé en herbe » ou de « Bonjour tristesse ». Mais Gérard continuait à dire  : « Pas de cinéma ; pas de cinéma. » Ce qui était déjà pour moi un avertissement  : j'ai compris qu'il est très difficile de concilier sa vie privée et sa vie professionnelle. Bref, j'arrive quand même à Paris et évidemment François Truffaut je dis évidemment parce que c'était écrit me propose de tourner son premier filin. Gérard fait une scène, ma mère en fait une autre, tout le monde se court après, on se donne des coups de pied au derrière, finalement je tourne. Après je continue avec « le Beau Serge » parce que Claude Chabrol ayant vu le film de Truffaut, « les Mistons », se dit  : « Tiens, elle n'est pas mal, cette fille, elle ne coûterait pas cher, c'est une copine, oust ! mettons-la sur le tas ». Après, j'ai continué à tourner et je me suis séparée de Gérard Blain. Pas à cause de ça... Peut-être parce que je ne voulais pas être la petite-bourgeoise qu'il avait imaginée. Je ne suis pas une bourgeoise. Je ne le serai jamais. En fait, les hommes veulent toujours être l'unique centre d'intérêt. Ils n'admettent pas le contraire, mais c'est comme ça. D'ailleurs, j'ai beau- coup plus de dons pour jouer la comédie que pour m'occuper d'un intérieur. D'ailleurs cette histoire de « chezsoi » fixe est fausse parce que c'est une image sociale. Idéalement, des gens comme moi qui sont complètement autonomes dans leur travail devraient vivre dans une roulotte, un campement, et s'habiller avec de vieux rideaux et des épingles de nourrice. C'est d'ailleurs presque comme ça parce que lorsqu'on vient chez moi, c'est l'Afrique ! Plus je deviens bien dans mon travail, plus la vie m'est difficile. Il n'y a qu'à voir la vie des créateurs pour se rendre compte des difficultés que la société leur crée... Cette société est agonisante. Mais il faut composer avec elle bien qu'elle soit catastrophique. Je ne pense pas, en tout cas, que les salonards de gauche vont pouvoir arranger les choses. Avec le métier que je fais, je suis plus utile à la société qu'eux. Lorsque je tournais « les Stances à Sophie », d'après Christiane Rochefort, elle est venue me demander de signer soil manifeste pour l'avortement libre. Et comme j'aimais bien le film et qu'elle ne m'était pas antipathique, j'ai signé. En fait, si je n'avais pas été dans ce coup-là, on ne m'aurait rien demandé. Je ne regrette pas de l'avoir signé. Cela dit, je n'ai pas besoin de me politiser, le métier que je fais est un engagement en soi. Je dis métier et non carrière. « Carrière » ne veut strictement rien dire C'est encore une autre image sociale. Je ne peux pas passer les trois quarts de ma vie devant une glace ou à faire des photos sous prétexte que je suis mademoiselle Lafont qui fait des films. Par exemple, des femmes comme Marlène Dietrich me pompent beaucoup dans la mesure oit c'est joué sur une espèce de mode, celle du sexe. Voilà une femme couverte de bijoux qui fait marcher les hommes. C'est totalement démodé et ça ne m'intéresse pas. Ces espèces (le femmes, mystérieuses, intouchables, qui font flipper, c'est complètement dépassé. Moi je me sens beaucoup plus près de Marguerite Moréno ou des vieilles rugissantes des films de Cocteau que de Dietrich qui me gonfle. Marlène est très à sa place dans les boîtes de travellos du style Belle de Mai ou la Grande Eugène ; moi ça ne me ferait pas plaisir que quelques vieilles folles trépignent sur scène en chantant « Une belle fille comme moi ». Ce que j'aime dans le film de François Truf faut ou dans le film de Nelly Kaplan, « la Fiancée du pirate » qui est jusqu'à présent mon seul succès commercial c'est quelques gros plans qui n'ont rien à voir avec le harnachement sexy, les nichons, les talons hauts, le bandage, etc., qui me pompent l'air. Les critiques parlent toujours de moi en disant  : « Bernadette Lafont c'est la qualité », quoi que je fasse ! Comme je suis assez curieuse et que j'aime bien l'aventure, et par conséquent le risque, je tourne toujours un film comme si c'était le dernier. Les gens sentent ça, et il y aura toujours des gens jeunes (d'esprit car ce n'est pas une question d'âge) qui me proposeront de jouer dans leur premier film. Sans être une malade du rajeunissement, j'ai la ferme volonté de refuser le confort et « l'image de marque ». Actuellement, si l'on n'est pas catalogué, ça ne va pas... Si vous n'avez pas votre pavé dans « France-Soir », les gens vous donnent toujours l'impression que vous n'existez pas. Ainsi, par exemple, j'ai fait « les Stances à Sophie », de Moshe Misrahi, mon deuxième départ le premier ayant été le départ de la nouvelle vague et le troisième, le film de Truffaut un film auquel je tenais énormément. Mais comme ça n'a pas marché, que les pavés dans « France-Soir » étaient quasi inexistants, quelqu'un de haut placé dans la profession m'a dit  : « Les Stances à Sophie » n'ont pas marché, donc c'est comme si tu n'avais pas fait de film. » C'est une façon comme une autre (le vous repousser dans la marginalité. Pourtant il faudrait que ça marche, c'est une question de survie. On ne peut pas toujours tourner à l'oeil si l'on n'est pas rentier, ce qui est mon cas. Mais il faut aussi savoir prendre des risques, le risque que cela ne marche pas, et de rester sans un sou. Je ne suis pas pour la facilité, parce que finalement rien n'est facile dans le système actuel. Je fais partie des actrices qui lorsqu'elles tournent un film s'occupent du produit du début à la fin. Cela consiste souvent à aller dans les festivals ; (Suite page 181.)
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