Lion n°692 septembre 2016
Lion n°692 septembre 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°692 de septembre 2016

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Lions Club International

  • Format : (200 x 270) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 11,7 Mo

  • Dans ce numéro : les centres internationnaux francophones édition 2016.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Vie culturelle - Jazz Nice, février 1948 : l’arrivée du Quintette du Hot-Club de France. C’est Django Reinhardt qui tractait l’attelage ! Françoise Nyssen .86 // Lion édition française - N°692 À propos de Nice… Ce nom-là restera désormais dans nos mémoires associé à une des plus épouvantables tueries qui soit, massacre où on est allé jusqu’à faire la chasse aux petits enfants en dirigeant l’outil de mort sur des poussettes. Au-delà de la colère, du deuil et de la compassion, c’est aussi le moment de rappeler que le nom d’origine grecque de cette cité signifie « la Victorieuse » et qu’il faudra bien finir par maîtriser ce souvenir-là en s’aidant de ceux d’avant. Alors, la mémoire des cinéphiles ira vers le fameux documentaire de Jean Vigo ou à tout ce qui a pu être tourné à la Victorine depuis Carné jusqu’à Truffaut ; celle des amateurs d’art s’orientera vers Chagall ou Léger ; et la nôtre, gens du jazz, se retrouvera là même où retentit le premier de tous les festivals dédiés à cette musique (1948) et, longtemps après, où eut lieu pendant vingt éditions consécutives (1974-1993) la fameuse Grande Parade du Jazz. Car aussi étonnant que cela puisse paraître, ce n’est pas aux U.S.A. que par Laurent Verdeaux le concept de festival de jazz a été inventé et concrétisé. Certes, à la fin des années trente, John Hammond avait fait un grand pas dans cette direction avec ses concerts From Spiritual to Swing, donnés au Carnegie Hall et devenus depuis légendaires. Mais c’est bien en France et à Nice que se déroula, il y a presque soixante-dix ans, une semaine entièrement consacrée au jazz, peuplée de nombreux orchestres et plaçant la ville en état de jazz à toute heure du jour et de la nuit. Et tout cela sous
le haut patronage du Président de la République en personne ! Partenaire principal de ce qui était, donc, un festival, la RTF en assura la radiodiffusion, démultipliée dans toute l’Europe depuis les stations de pays qui n’étaient pas encore « de l’Est » jusqu’à la BBC. La direction artistique en fut confiée au musicologue Hugues Panassié et il fut décidé d’autorité que, le jazz étant une musique de danse, il y aurait chaque jour concert à l’Opéra puis poursuite des réjouissances sur la piste du Casino. Mais les choses n’en restaient pas là : il y avait (déjà !) un complément spontané au programme officiel (on appelle ça maintenant le « off »), et des jam sessions informelles faisaient rage toute la nuit dans quelques clubs devenus autant de points de rendez-vous où les plus grands se mélangeaient avec leurs disciples : Panassié avait en effet tenu à la présence internationale de jeunes orchestres, chacun représentant son pays. À côté de la présence lumineuse de Louis Armstrong, à côté des orchestres de Rex Stewart et de Mezz Mezzrow, à côté de grands solistes comme Lucky Thompson, il y avait toute une ribambelle de jeunes européens. Pour la France, le choix du programmateur s’était porté sur les Lorientais de Claude Luter, au grand scandale de tout un milieu professionnel voyant d’un (très) mauvais œil cette promotion à ses dépens d’une bande d’amateurs. En 1948, les controverses jazzistiques étaient particulièrement acharnées et la presse spécialisée voyageait pour la poudre et les allumettes… mais l’arrivée – en vélo-taxi – du Quintette du Hot-Club de France de Django Reinhardt et de Stéphane Grappelli permit de ramener un calme relatif ! Ce premier de tous les festivals de jazz se termina par une revue générale au Negresco et eut un retentissement et un succès énormes : tout le monde attendit donc le suivant… qui n’eut jamais lieu : la dévaluation du franc, un mois avant le festival (45 % !) avait mis cul par-dessus tête un budget comportant ses plus gros postes contractuels en dollars, et tout le monde savait qu’une nouvelle culbute se préparait pour 1949. La Ville de Nice en resta donc là. Jusqu’en 1974… Organisateur planétaire, musicien lui-même, George Wein avait commencé sa carrière festivalière en fondant vingt ans plus tôt le célèbre Newport Jazz Festival. L’Europe Lors de la soirée de clôture du premier festival de jazz, Louis Armstrong reçut des mains d’Yves Montand un vase de Sèvres offert par M. Vincent Auriol, Président de la République. l’attirait, il avait le savoir-faire et le carnet d’adresses et il venait volontiers de temps à autre séjourner à Vence. Il y avait pour lui matière à réflexion ! Quelques contacts plus loin, le résultat en fut la Grande Parade du Jazz. Pendant les vingt ans qu’elle dura, la musique-qui-swingue et qui sait faire la fête investit les Jardins des Arènes de Cimiez douze jours de rang sur trois sites à la fois, qui changeaient de plateau toutes les heures : vous entriez dans l’enceinte, vous consultiez la grille du jour et vous pouviez composer votre itinéraire musical depuis l’heure du thé jusqu’à minuit et au-delà, en vous promenant de « Arena Stage » à « Garden Stage » en passant par « Dance Stage » et la cuisine louisianaise. Faire la liste des orchestres et des musiciens qui ont défilé à Cimiez reviendrait à établir une sorte de gotha de ces années-là, et le succès fut d’emblée considérable, dépassant parfois les cent mille entrées sur la durée de la manifestation. Il pleuvait littéralement des stars, des anecdotes et des événements, et la Grande Parade du Jazz devint une sorte de rendez-vous annuel pour de très nombreux amateurs français et européens, arrivant sur place par charters entiers. La vingtième Grande Parade, celle de 1993, fut aussi la dernière. Au piano et à la tête de son Newport All Stars, George Wein y mit lui-même, comme toujours, le point final, sur la « Dance Stage ». Il était loin de se douter que c’était pour la dernière fois. On décida en haut lieu qu’il importerait désormais de faire comme tout le monde et de « bousculer les traditions en s’ouvrant à des courants musicaux diversifiés ». Ainsi va la culture ! Le jazz-jazz s’en alla festoyer ailleurs – mais cela est une autre histoire. Nice en jazz… les musiciens du premier festival en ont conservé un tel souvenir qu’ils en ont parlé toute leur vie, parfois les larmes aux yeux - peu sont encore parmi nous, et cette semaine de février 1948 est maintenant entrée dans la légende du jazz. Une ou deux générations plus loin, ceux qui ont eu la chance de figurer au programme de la Grande Parade en font autant, et il y a de quoi : se retrouver par un beau soir d’été sur une scène impeccablement sonorisée et devant des milliers de gens, donner son meilleur au sein d’une formation tonitruante et dopée par la circonstance jusqu’à se trouver quasiment en lévitation, partager sa musique avec un public venu pour entendre swinguer et parler la langue du jazz, restera gravé dans la mémoire d’un musicien comme une sorte d’énorme rayon de soleil. Voilà ce qu’était Nice pour nous, gens du jazz, jusqu’au 14 juillet 2016. L’acte monstrueux auquel nous venons d’assister aura plongé dans le désespoir des dizaines de familles, endeuillé tout un pays et terni jusqu’à la lumière de ce soleil-là et de bien d’autres. Il faudra pourtant désormais vivre avec et faire en sorte que la musique continue. Quand même ! Lion édition française - N°692 // .87



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