Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°04-02 de novembre 1901

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Hachette

  • Format : (155 x 238) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 66,7 Mo

  • Dans ce numéro : fêtes du sacre et entrée des rois.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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:46 Lectures pour Tous Ses fils étaient morts et après eux les fils de ses fils, et, pour ses descendants, il n'était plus que l'aïeul débile et farouche à charge à tous les siens et dont on subit avec impatience la longue et impuissante vieillesse. Ses voisins s'enorgueillissaient depuis qu'ils savaient ne plus avoir rien à craindre (le ses colères, jadis terribles, et de ses féroces revanches. Chaque jour les rendait plus hardis, en faisant le comte Ulrich plus vieux et plus faible. Leurs insultes venaient le défier jusqu'au pied de son burg. Lui, dévorait l'injure en silence. Alors, quand il eut bien compris qu'il n'était plus désormais Ulrich le Terrible, mais seulement un vieillard débile et méprisable, il souhaita de mourir. Mourir ! cesser de souffrir, de survivre à sa force, d'assister à sa déchéance, oui, tel était maintenant le seul bonheur qu'il eût à espérer. Quand on est devenu pour les vivants un objet de risée, l'heure a sonné de se réfugier chez les morts. Aux maux sans remède la mort est la grande consolatrice. Mais, tandis que partout autour de lui la mort de sa faux impitoyable fauchait les vieillards et les jeunes hommes, elle épargnait la tête chenue du comte meurtrier. Et Ulrich connut ce qu'il n'avait pas encore soupçonné. Cette prédiction, dont jadis il s'était si fort enorgueilli, il comprit que c'était une vengeance et un châtiment. Comme d'autres sont condamnés à mourir, le comte Ulrich était condamné à vivre ! TI ! Aussi intacte qu'au premier jour, [l'église dressait vers le ciel sa croix de bronze, et le comte songeait avec effroi qu'il ne se trouverait personne pour le délivrer de la vie, en abattant l'église. Car le moyen qu'un homme fût assez fort pour jeter à bas ces murs énormes, ces tours puissantes, cette forteresse sacrée faite de granit, de pierres cimentées et de fer ! Alors il fit venir tous ceux qui étaient réputés pour leur force. Il fit venir le plus brave de ses barons, le chevalier Noir, qui jamais n'avait trouvé son vainqueur  : « Fils, dit-il, je réclame le secours de ta lance. Renverse cette église, et je ferai de toi l'héritier de ma comté. » Il fit venir Weghauser le chasseur  : « Tu peux arrêter un sanglier à la course, et tu peux étouffer un ours d'une seule étreinte. Un tas de pierres te fait-il peur ? » Il fit venir Baumgartner le bûcheron  : « N'es-tu pas, lui dit-il, celui dont la cognée abat des chênes plantés par Dieu même et qui ont vaincu Ies siècles ? » Il fit venir les tailleurs de pierre et les forgerons  : « Vos compagnons ont élevé ces murailles et ces clochers. Ce qu'ils ont bâti, ne pouvez-vous le détruire ? » Et il leur promettait de les combler de richesses et de leur donner en présent autant d'or qu'ils en pourraient porter. Mais aucun ne voulut tenter l'aventure. « Je sais me battre contre les hommes, répondit le chevalier Noir. La pointe de ma lance s'émousserait sur ces pierres. » « Toutes les cognées de la forêt s'ébrécheraient, dit Baumgartner le bûcheron, sans avoir entamé un pan de ces murailles. » Le chasseur, le tailleur de pierres, le forgeron laissèrent retomber leurs bras dans un geste de découragement. Tous s'en allèrent hochant la tête. Et le bruit se répandit que le comte Ulrich était devenu fou, puisqu'il demandait une chose impossible. Et chaque jour, depuis cinquante années, le vieil Ulrich insultait et priait Dieu tour à tour, invoquant la mort ; parfois, il saisissait une dague pour se l'enfoncer dans la poitrine ; mais toujours il se sentait arrêté par une force surnaturelle, plus puissante que sa volonté, et l'arme glissait entre ses doigts tremblants. Chaque matin, depuis cinquante années, le clocher se dressait aussi haut que la veille, et le vieil Ulrich, torturé par le sentiment de sa déchéance,vivait toujours. Cinquante années s'écoulèrent encore Un soir, — on était alors au milieu du xIVe siècle, un homme maigre, au visage hâlé, vêtu de noir, traversa les salles du château, et, s'arrètant au seuil de la chambre où s'enfermait le vieillard morne et tremblant  : « Comte Ulrich, dit-il, je te salue. Je suis celui que tu attends. C'est moi qui dois jeter à bas l'église et la croix de bronze » Le vieillard tressaillit  : c'était la première fois, depuis cent ans et plus, qu'il entendait prononcer les paroles souhaitées. Il releva anxieusement la tète. Mais, dès qu'il eut aperçu le visiteur, un sourire de dédain plissa ses lèvres. « Tu railles, soupira-t-il. Les plus rudes compagnons, des soldats qui étaient de jeunes hommes et de vieux routiers, des seigneurs qui étaient des géants n'ont pas osé tenter l'entreprise. Et toi, tu es un avorton, faible, petit, sans vigueur et sans muscles — Comte Ulrich, reprit l'inconnu sans se déconcerter, je renverserai l'église. Voici mes conditions. Un moine de Mayence connait une poudre merveilleuse. Contre chaque
La Légende d'Ulrich le Meurtrier DANS LE CIEL OBSCURCI, ON CRUT VOIR SE DESSINER LA FORME DUNE TÊTE ENSANGLANTÉE. sac de cette substance que j'apporterai, donne-moi un sac d'or. Et laisse-moi faire » L'accent de l'homme était étrange. Le vieil Ulrich en fut tout remué. Il se leva et, prenant l'inconnu par le bras, le conduisit dans un caveau secret pratiqué sous le donjon ; là, pêle-mêle, s'entassaient les monnaies de Charlemagne, les gulden, les deniers d'Otto III, les augustes d'or de l'empereur Frédérick II, et les bactéates d'or ou d'argent battu frappés aux sceaux de l'archevêque Vichmann, d'Henri le Lion, des margraves de Brandebourg et de Frédérick Barberousse. Il y avait aussi des pièces inconnues, marquées de signes indéchiffrables, et que l'on disait apportées des pays d'Orient par un ancêtre du comte Ulrich D'un geste, le vieux seigneur montra les trésors du caveau  : « C'est à toi..., tout est à toi ; détruis l'église » Sans répondre, l'homme brun prit de l'or plein son bissac, et partit en promettant de revenir bientôt ; il reparut en effet trois jours plus tard et plaça soigneusement dans une tour du burg un sac rempli de la poudre merveilleuse ; puis il prit une seconde charge d'or et repartit. Il continua régulièrement ses voyages pendant trois mois, appor- tant chaque fois un sac de poudre et repartant avec un sac d'or ; il s'arrèta lorsqu'il n'y eut plus une seule pièce de monnaie dans le caveau. Alors il y enferma le seigneur comte, et l'y laissa jusqu'au lendemain soir, car il désirait être seul pour l'exécution de son projet. A l'heure (lite, il vint le délivrer, et dit  : « Comte Ulrich, j'ai travaillé pour toi je suis satisfait de mon salaire et de mon oeuvre. Adieu ! » Il fit quelques pas vers la porte, puis se ravisa, et, tournant à demi vers le comte sa face olivâtre, où les yeux flambaient comme deux diamants noirs, il proféra d'une voix basse et railleuse  : « Ah ! seigneur comte ; c'est, je crois, demain ton deux cent cinquantième anniversaire ; nous le célébrerons ensemble, n'estce pas ? » Il partit, et le comte Ulrich l'entendit rire de l'autre côté de la muraille Soudain, dans la nuit paisible et silencieuse, retentit le bruit formidable d'une explosion, et les paysans, accourus à la hàte, aperçurent dans un des murs de l'église une énorme brèche ; devant se tenait le vieil Ulrich, non plus courbé et plié sur son bâton comme on l'avait toujours vu de mémoire d'homme, mais tout droit, dans sa taille (le



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