Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°04-02 de novembre 1901

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Hachette

  • Format : (155 x 238) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 66,7 Mo

  • Dans ce numéro : fêtes du sacre et entrée des rois.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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140 Lectures pour Tous tain Ervik, un des rares chasseurs ayant rencontré des Européens et qui semblait en rivalité sourde avec Toulouak, lui avait offert son kaïak, et le comte passait presque toutes les journées sur la rivière, pêchant et essayant de se faire comprendre. Il ne fit pas connaître son avis sur le plan de Raoul, et resta seul à Ya-Thénaoddi. Pendant plusieurs jours Raoul remonta le cours de la rivière, sans faire de découverte intéressante  : toujours la toundra, monotone et morne, désespérément déserte  : aucune trace d'habitants. Le cinquième jour, qui devait être le dernier de la marche en avant, le primitif campement de la petite troupe fut installé dans une excavation pierreuse, à quelque distance de la rivière. Raoul fut surpris de trouver là, en abondance, des ossements fossiles d'une grande dimension. Il examina avec soin des défenses, presque intactes, qui jonchaient le sol de l'excavation, et il lui parut qu'elles appartenaient bien à l'espèce des mammouths, à ce fameux « primigenius » cher à Corliss et à Cavanagh. Toulouak avait suivi avec curiosité les recherches de Raoul et le regardait manier avec effort les défenses les mieux conservées, les comparer, les détailler. Tout d'un coup, il se mit à indiquer à Raoul stupéfait, avec de grands gestes qui dessinaient les lignes, la figure d'un colossal mammouth. Où le chef des Koriaks, qui ne connaissait certes pas le muséum Corliss, avait-il pu apprendre l'origine des défenses et la forme du monstre antédiluvien ? Toulouak avait donc vu un squelette de mammouth, et un squelette complet ! Fiévreux, Raoul tira un mince carnet qui avait survécu au naufrage et esquissa rapidement le dessin du mammouth primigenius. Toulouak regardait pardessus son épaule. Le peintre avait, tout naturellement, dessiné un squelette de mammouth  : la tête et les défenses étaient à peu près intactes, mais l'ossature des côtes, des énormes pattes, était indiquée à nu. Et voici que Toulouak, imité par les Koriaks, se mit à multiplier les gestes de dénégation Passant ses gros doigts sur le dessin, il indiquait clairement par ses gestes que ce n'était pas exact, que quelque chose manquait Ramassant un os, il fit semblant de l'enfoncer dans sa poitrine, tapa violemment sur sa chair grasse. Puis il bondit, courut, simula des écrasements, des combats effarants un Koriak, montrant le dessin, se mit à rugir, à barrir en paraissant imiter le cri de l'animal Ahuri, Raoul se demandait que pouvaient signifier ces manifestations ; il était invrai- semblable que jamais Toulouak et les siens eussent pu voir un éléphant, ou même la reproduction d'un éléphant ; pour les mammouths, ils étaient morts, disparus depuis deux mille ans Machinalement il compléta son esquisse, recouvrit le squelette de chairs sombres, ajouta la trompe énorme, une courte queue. A mesure que l'image se complétait, les Koriaks manifestaient leur satisfaction. Quand Raoul eut fini, Toulouak approuva. Le peintre, profondément troublé, essaya de faire comprendre au chef que c'était une bête comme celle-là qu'il cherchait ; il multiplia les interrogations, les signes. O ù ? Quand ? Mais il lui fut impossible d'obtenir une réponse claire. Les Koriaks se passaient l'esquisse, hochant la tête, simulant la peur, la bataille, la mort. Raoul s'épuisa'en questions et en hypothèses. Une seule certitude était acquise. Toulouak et ses Koriaks avaient vu un mammouth vivant ! L'extravagance de cette découverte occupa Raoul pendant le retour. Quand, vers le milieu du neuvième jour, il aperçut la fumée de Ya-Thenaoddi, un vacarme infernal annonça que le village était en fête. Indigné que son peuple osàt s'amuser sans lui, Toulouak se précipita. Raoul le suivit, vaguement inquiet. Quelle ne fut pas sa surprise quand, violemment bousculé par les inoffensifs Koriaks, - embrassé par Marutcha, reniflé par une bande de sauvages en délire, il s'aperçut que tous ces gens étaient ivres, ivres à ne pouvoir distinguer un saumon d'un renard blanc ! Une sarabande effrénée s'exécutait autour de Bob qui, le nez luisant comme aux bons jours de San-Francisco, semblait, lui aussi, parfaitement imbibé d'alcool. « Gentleman, hurla-t-il, hourra ! Le whisky est revenu, gentleman Vieux frère, continua-t-il en s'adressant à Toulouak interdit, à ta santé ! Bois, vieux roi des baleines ; c'est de la bonne huile ». Et, dans une outre (le peau de renne, il tendit au chef un bon demi-litre d'alcool. Toulouak l'absorba d'un trait, poussa un rugissement de plaisir, se mit à danser et à hurler au milieu de son peuple d'ivrognes, qui, mis en goût, réclamaient à grands cris une seconde ration d'alcool, présentant des coquillages, des outres, voire même leurs bottes. Raoul, stupéfait, criait à Bob  : « Le Salvador est donc revenu ? Pourquoi avez-vous rapporté de l'eau-de-vie ? Répondez donc Vous avez trouvé le Salvador ?... — Le Salvador ? articula péniblement Bob Connais pas. »
L'arrivée d'Hamilton, portant une outre pleine, vint tirer Raoul d'incertitude. « Vous arrivez à temps, mon cher, fit joyeusement Fred ; tenez, goûtez un peu. Ce n'est pas le kirsch du Bachelor's Club, mais enfin, c'est passable. Et puis nous ferons mieux. — Voyons, Freddy, expliquez-moi Vous n'avez donc pas trouvé le Salvador - Non, Raoul. Il ne faut plus compter sur ce bateau cette saison, répondit I Iamilton avec philosophie. Seulement nous avons retrouvé ma caisse no 437, vous savez bien, la caisse de l'alambic. J'ai décidé ces bons garçons à la transporter, car l'idée m'était venue qu'on pouvait distiller l'alcool extrait de ces baies qui couvrent les arbustes. Et vous voyez que l'idée était bonne. C'est aujourd'hui mon premier essai. Et tout Ya-Thenaoddi est parfaitement ivre, » conclut-il avec un regard satisfait sur la troupe d'agités qui l'entouraient, lui et son outre. Raoul but une gorgée de la râpeuse et incendiaire boisson d'Hamilton  : celui-ci suivait avec inquiétude la grimace de son ami. « C'est un peu sec, observa-t-il ; mais nous ferons des mélanges avec de la glace pilée. J'ai aussi l'intention de rapporter quelques outres au bar du club  : avec du citron, des fraises pilées, une branche de menthe et un peu de vieux rhum, nous aurons le Toulouak cocktail ; ce sera assez neuf. » RaorPP l'interrompit pour lui faire la révélation sensationnelle  : Toulouak avait vu un mammouth vivant. Il fut impossible, le soir et toute la nuit, d'interroger Bob et Toulouak, fraternellement ivres. Le lendemain seulement, Raoul, très ému, réunit Ies deux hommes devant son dessin et posa une série de questions précises. Bob, d'abord assez incrédule, fut vite convaincu. « S'agit pas de dire le contraire, gentlemen. Toulouak a vu. la bête ; il y a une dizaine de lunes, il était avec Ervik et trois chasseurs de morses dans les roches de l'embouchure ; ils étaient montés pour voir « où la mer finit. » C'est dans un grand trou, à ce qu'il raconte, qu'est ht maison du « mannantou », comme ils appellent la bête ; et c'est bien un mammouth ; il parait que trois hommes ont été écrasés en essayant de lui planter des javelots Des vieux baleiniers, ajouta Bob, racontaient des histoires pareilles ; on les croyait sur parole sans y aller voir. » Raoul, les yeux brillants, la voix vibrante, s'écria  : « Le mammouth est à nous ! Freddy, nous sommes d'heureux naufragés ; nous Le Dernier Mammouth 141 aurions cherché dès années peut-être ce monstre, qui est là, tout près, que nous allons trouver et vaincre, n'est-ce pas, mes amis ? Bob, c'est à vous de décider Toulouak à nous conduire  : promettez-lui toute l'eau-de-vie qu'il pourra absorber au retour, et ma carabine après le succès. Surtout recommandezlui de cacher à Sickingen Tiens, mais où est-il donc, Sickingen ? Je ne l'ai pas vu depuis mon retour. — Toujours sur la rivière sans doute, répondit Freddy ; il demeure maintenant dans la case d'Ervik. » A ce moment, un des Koriaks rejoignit Toulouak et, avec force gestes, lui communiqua une nouvelle qui parut agiter fort le chef. Bob, qui écoutait la conversation, semblait aussi stupéfait. « Qu'y a-t-il, Bob... ? demanda nerveusement Raoul. — C'est le Sickingen qui a fait le coup, répondit le prospecteur. Il est parti Parti !... s'exclamèrent Raoul et Fred. — Avec Ervik et sa bande ; ils ont enlevé le kaïak de Toulouak, pris une provision de saumon séché, et une cargaison de javelots et des lances qu'ils ont fabriquées avec les vieux os — Sickingen a su l'existence du mammouth, s'écria Raoul Il veut nous le voler Fred, et vous aussi, Bob, je vous en prie, un effort Il faut partir, partir tout de suite, le rejoindre - Nous n'avons que vingt-quatre heures de retard à peine, n'est-ce pas, Bob ? remarqua Hamilton. Et surtout nous avons la carabine, qui fera plus de besogne que les javelots du comte. D'ailleurs, nous pouvons être en route dans quelques heures. » Avec une fiévreuse activité, les préparatifs s'improvisèrent. Il fut assez aisé de décider Toulouak, exaspéré par le vol de son canot, à faire partie de l'expédition. Quelques gourdes d'eau-de-vie que Raoul et Fred lui portèrent dans sa case achevèrent de le convaincre. Rapidement on entassa dans une longue embarcation de pêche quelques paquets de saumon. Raoul et Fred, pendant ce temps ; transformaient leurs cartouches en projectiles plus sérieux. Il ne fallait pas songer à abattre le mammouth, mais Raoul espérait que deux ou trois blessures permettraient de le suivre à la piste, jusqu'à épuisement ; les Koriaks feraient le reste..., si toutefois Sickingen Raoul ne voulait pas s'arrêter à cette idée  : il fallait réussir à tout prix et les premiers. Moins de quatre heures après, les trois explorateurs s'embarquaient avec Toulouak, cinq chasseurs koriaks, et Marutcha,.qui belliqueuse ruent armée d'un



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