Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°04-02 de novembre 1901

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Hachette

  • Format : (155 x 238) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 66,7 Mo

  • Dans ce numéro : fêtes du sacre et entrée des rois.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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138 Lectures pour Tous pagnons. Bob, prêtant l'oreille, traduisit. « Ils nous invitent à aller à la maison de Marutcha. » Le cortège, dans un ordre plus ou moins parfait, le chef en tête, puis Sickingen et Marutcha, serpenta entre les taupinières qui formaient le village de Ya-Thénaoddi. Raoul remarqua que de nombreux engins de pêche et de chasse traînaient un peu partout, et que des kaïaks bien construits étaient au sec devant plusieurs huttes ; Bob lui montra des piles de saumons séchés. On était sûr au moins de ne pas mourir de faim, et, qui sait ? ces chasseurs pourraient peutêtre servir les projets de l'expédition. L'ennui était que Sickingen semblait décidément le favori des Koriaks. C'est à lui encore que Toulouak offrait maintenant de pénétrer dans la maison, la tanière pour mieux dire, devant laquelle la troupe s'était arrêtée. La demeure de Marutcha était, comme ses voisines, presque entièrement souterraine. On y accédait par un assez long boyau creusé dans la terre et la boue, haut de 8o centimètres à peine, et long d'une vingtaine de mètres  : l'étroite ouverture remplaçant la cheminée était aussi la seule prise d'air. Les invités de Marutcha durent se mettre à quatre pattes. L'installation tenait toutes les promesses de l'entrée. Sur la terre mal battue, des peaux, à peine grattées, s'entassaient, qu'une faune minuscule peuplait abondammekl, ides débris de poisson traînaient dans tous les coins. Sur les pierres du foyer, des branches humides se consumaient péniblement, emplissant la hutte d'une âcre fumée. Il faisait noir et triste dans cet antre sale, empesté, où trônait Marutcha, entourée de plusieurs jeunes Koriaks hideux qui devaient être ses enfants. Marutcha avait même apporté à Sickingen, roulé dans une peau de morse, le dernier de ses rejetons, un tout petit Koriak pouilleux qu'elle voulait absolument mettre entre les bras du comte  : celui-ci, de fort méchante humeur, l'avait repoussée brutalement. La femme poussa un cri aigu ; puis, après une série d'interjections violentes adressées à Bob, qui la comprenait mal, elle disparut. Les quatre chasseurs respiraient, et cherchaient déjà à s'installer dans ce repaire, dont la hideuse malpropreté arrachait à Hamilton cette réflexion  : « J'avais eu raison d'emporter une tente de feutre, avec un poêle à pétrole et un ventilateur ; au Kamtchatka, le touriste ne doit jamais s'attendre à être logé chez l'habitant. » Tout à coup la hutte fut envahie. Tou- louak, escorté d'une demi-douzaine de Koriaks, Marutcha, ses enfants, ses renards et quelques mégères de son espèce, se glissaient dans l'étroit couloir. Toulouak, très grave, après un regard sévère à Sickingen, marcha droit à Bob et commença un long discours. A mesure que celui-ci parlait, les trois chasseurs, passablement inquiets, voyaient la figure du prospecteur exprimer une stupeur un peu goguenarde. « Paraît que vous voilà marié chez les Koriaks, monsieur Sickingen. Je vous souhaite d'être très heureux et d'avoir beaucoup d'enfants. - Monsieur Bob, riposta rageusement Sickingen, je vous prie de cesser vos excellentes plaisanteries. — Pas une plaisanterie, gentleman. Vous avez bel et bien épousé Marutcha ; làbas, au Camp du Cercueil, vous avez offert votre chaîne de montre à la vieille  : c'est assez clair. Un tel cadeau ne peut être qu'un cadeau de noces. Affaire conclue. C'est des questions sur lesquelles les Koriaks ne badinent pas. Prenez garde qu'ils ne se fâchent. Jamais je ne me prêterai à cette stupide comédie... », prononça Ulrich d'un ton tranchant. Les Koriaks murmuraient devant l'hésitation visible des étrangers. Hamilton risqua  : « Comte, ce serait original. Ce serait même une espèce de record Je vous l'abandonne, monsieur, répliqua sèchement Sickingen. Et qu'on ne revienne plus sur ce sujet... », ajouta-t-il violemment. La situation devenait inquiétante. Hamilton proposa un compromis par substitution de personne  : « Mon cher Bob, ne pourriez-vous... remplacer le comte, épouser Marutcha, puisque vous la comprenez mieux et » Bob fit la grimace. - « Elle ne voudra pas. Je n'ai pas l'air assez riche. » Toulouak et les Koriaks prenaient un air résolument hostile. Marutcha, très excitée, ne cessait ses lamentations, agitant la chaîne, montrant Sickingen, prenant Bob à témoin. A chaque instant, d'autres Koriaks se glissaient dans la hutte. Raoul sentit que la situation ne pourrait se prolonger. Sickingen, jurant sourdement, était sur le point de se jeter sur la bande toujours grossie de ses parents ; le peintre tira Bob à l'écart. « Gagnez du temps, à tout prix, lui murmura-t-il. Inventez quelque histoire »
Le prospecteur commença un véritable discours qui sembla, au début, n'avoir aucun succès. Pourtant, peu à peu Toulouak se calma ; il frappa avec solennité sur l'épaule d'L lrich ; Marutcha cessa ses cris et, après un dernier regard à Sickingen, sortit, suivie de tous les Koriaks. « Qu'est-ce que vous leur avez dit ?... interrogea curieusement Fred. — J'ai dit que le gentleman était très content d'épouser Marutcha, répliqua le trappeur ; mais que la chaîne n'était pas un cadeau suffisant pour la veuve d'un si grand chasseur, et que là-bas, sur la côte, le gentleman avait laissé des caisses où il irait chercher d'autres présents ; alors seulement il demanderait à Marutcha de venir partager sa maison. Jusque-là, monsieur Sickingen, vous êtes censément son fiancé, » conclut Bob. Raoul réprima difficilement un sourire. Sickingen, sombre, haineux, ne broncha pas ; une rage folle l'envahissait avec le sentiment qu'il était ridicule. Depuis cet instant, il ne fut plus un rival, mais un ennemi déclaré. TR E ANGE RÉVELATION DE TOU- LOUAK. La première préoccupation de Raoul était de savoir où se trouvait exactement Ya-Thenaoddi. Mais il fut impossible de préciser ; on présenta à Toulouak des cartes dessinées de souvenir, auxquelles il ne comprit rien. Il ignorait le nom d'Anadyr, et les rivières dont il parlait portaient des noms koriaks inconnus. Il était évident seulement que les naufragés avaient été jetés dans un recoin peu ou point fréquenté de la côte, au sud (lu Cap Oriental. Le Fort fit aussitôt cette réflexion que le terrain d'exploration était très neuf et pouvait être favorable dans ces régions inconnues ; il avait remarqué de nombreux débris d'ossements recueillis par les Koriaks pour fabriquer leurs armes ; et il s'était aperçu que Sickingen observait attentivement les moindres os traînant dans les huttes. Quelle que fût la détresse actuelle de l'expédition, il fallait agir, chercher, trouver. C'était une chance extraordinaire que Le Fort eût gardé sa cara- Le Dernier Mammouth 139. -aii-.* IG f Ii %/i.'IQ`J I 4.. ; f> =.P " - ` (//f bine intacte, et ses vingt-cinq cartouches, que Sickingen, désarmé, regardait souvent avec envie. Qu'allait faire celui-ci ? Il ne parlait jamais de ses projets  : il ne pouvait avoir l'intention de suivre indéfiniment Le i ""ji/ ; i%. Fort, et il était impossible de l'écarter, de le condamner à l'isolement même avec Marutcha,\` r qui rôdait/, Y'.i II sans cesse 1 autour de lui Raoul décida qu'on tenterait un.y.. suprême ef- PRÉCÉDÉ DE TOULOUAK, RAOUL, SA CAfort pour RABINE SUR L'ÉPAULE, ESCALADA AVEC BOB ET HAMILTON LE ROCHER DER— rentrer en RIÉRE LEQUEL DEVAIT SE TROUVER communica- LE MAMMOUTH. tion avec le Salvador  : le bateau retrouvé, les deux rivaux pourraient reprendre leur liberté (l'action. Ilamilton et Bob, escortés de quelques Koriaks, reprirent le chemin de la côte. Leur absence devait durer une dizaine de jours. Raoul résolut de remonter pendant ce temps la rivière des rennes et d'en reconnaître le cours et les environs. Toulouak s'offrit à l'accompagner. Le peintre avait annoncé son projet à voix haute, devant Sickingen. Celui-ci était très occupé d'apprendre quelques mots koriaks ; un cer- T



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