Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°04-02 de novembre 1901

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Hachette

  • Format : (155 x 238) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 66,7 Mo

  • Dans ce numéro : fêtes du sacre et entrée des rois.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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134 Lectures pour Tous Fred l'avait fait installer précieusement dans une embarcation ; elle était intacte, avec l'engageante inscription côté à ouvrir, bien visible en dépit du brouillard ; sur l'autre face sans doute on devait lire ces mots délicieux  : Vivres, une semaine. « Votre hache, Bob, » demanda Raoul. Mais Bob secoua mélancoliquement la tête, tandis qu'1-lamilton, pour la première fois de son existence, paraissait embarrassé, pris d'une timidité subite. « Écoutez, Raoul, balbutia-t-il, il est inutile d'ouvrir cette caisse, maintenant. Elle contient, je dois vous le dire, un... un appareil qui ne nous donnera pas à manger, ni à boire, pour le moment. - Qu'est-ce donc ?... demanda Raoul avec impatience. - C'est... c'est un... alambic, oui, pour distiller l'eau-de-vie chez les tribus du bassin polaire ; vous comprenez, cela peut être un moyen d'échange, et puis, nos provisions pouvaient s'épuiser, et alors Enfin, voilà  : je regrette que ce soit précisément cette caisse » Le Fort n'eut pas le courage de répondre. Sickingen affecta de ricaner devant le mouvement d'I lamilton. L'obscurité complète faisait le brouillard plus horrible ; étendus au fond du canot, les quatre naufragés grelottaient et sentaient les premiers tiraillements de la faim. Les heures passèrent, sans une parole, sans un espoir Bob eut fort à faire, le lendemain du naufrage, pour secouer ses trois compagnons engourdis clans une torpeur inquiétante. Le prospecteur, qui n'en était pas à ses débuts, était moins affaibli que les habitués du Bachelor's Club, et il venait de reconnaître, à la mobilité de la brume tourbillonnant sur la mer, qu'une éclaircie était proche. « Holà ! gentlemen, cria-t-il, préparezvous à voir le soleil ; dépêchez-vous de vous réveiller, gentlemen, s'agit pas de manquer le spectacle » Les trois chercheurs de mammouth se redressèrent avec effort  : la brume s'éclaircissait en effet et les naufragés regardèrent avec anxiété la tache de lumière libre qui s'étalait sur la mer, jusqu'à l'horizon. Nulle part le Salvador n'apparaissait  : ni'màts ni fumée ne s'élevaient au-dessus de l'eau ; les quatre affamés se sentaient défaillir ; cette fois, tout était bien fini. Mais Bob étend le bras, montre à l'ouest une ligne grisâtre, à peine visible, qui tranche sur le ton bleu des flots. La terre, ou la glace, un îlot ou la banquise, peu importe  : c'est pour les abandonnés le salut provisoire, l'espérance au moins du secours. Sans un mot, les quatre hommes saisissent les avirons, rassemblent leurs forces épuisées. Le courant est contraire, l'embarcation est lourde à leurs bras affaiblis. Cette côte glacée se dérobe et semble fuir. Enfin, après des heures d'un acharnement douloureux, Ulrich et Raoul tenant à peine leurs avirons, le canot s'échoue sur des rochers plats, grisâtres, demi-gelés  : la côte se.prolonge au nord et au sud. L'espoir d'être sur le continent asiatique ranime les naufragés  : Hamilton s'empresse de sauter à terre avant Sickingen, comme s'il songeait encore au match, au record du mammouth. Un peu de feu difficilement allumé permit de faire rôtir un pingouin abattu grâce à la carabine de Raoul, et de changer en eau douce un bloc de neige. Les malheureux sont sauvés. Mais le Salvador est toujours invisible  : il a dû croiser pourtant dans tous ces parages dès que la brume s'est dissipée ; la fumée du campement des naufragés devrait le guider. Il faut donc que le canot ait dérivé dans le brouillard à une distance assez grande pour que toute une journée de recherches n'ait pas abouti. On doit croire, à bord, que les deux embarcations ont sombré, corps et biens Peut-on espérer seulement que le Salvador continue sa croisière ? Un conseil de guerre s'improvise autour du feu. Ulrich et Hamilton sont d'avis d'attendre sur la côte le Salvador. Bob est très décidé à s'enfoncer dans l'intérieur pour chercher quelques ressources, le rivage continuant à perte de vue, morne et désolé. Raoul se rallie à son avis, avec un inconscient besoin de contredire Sickingen, et Fred ne tarde pas à l'imiter. Donc il est convenu que, le lendemain, on marchera droit vers l'ouest :. cette côte doit être celle du Kamtchatka ou d'un îlot voisin ; des tribus errent l'été dans ces parages, il faut en trouver quelques traces. Sickingen paraît mécontent du projet. « Je vous prie de croire, messieurs, déclare-t-il avec sa morgue habituelle, que je n'avais nullement l'intention de vous encombrer de ma personne à terre. Mon plus vif désir est de retrouver bien vite ma liberté d'action. Mais vous reconnaîtrez qu'il m'est impossible de partir ou de rester abandonné, avec mon couteau, alors que la carabine de M. Le Fort peut seule nous assurer des ressources. — Monsieur, répondit Raoul avec quelque chaleur, il ne saurait être question de nous séparer ici. Toutes les rivalités doivent être suspendues devant la nécessité commune. Je ne puis oublier d'ailleurs, ajouta-t-il, que
vous m'avez secouru au moment de notre naufrage, et je désire régler d'abord ce compte avec vous. - Il est bien entendu, fit observer Ilamilton, que nous gardons l'avance des douze jours — S'agit pas de match, s'agit pas de mammouth, s'agit de manger, » grogna Bob, en manière de conclusion. E CAMPEMENT DU CERCUEIL. — UNE VEUVE INCONSOLABLE. Un pâle soleil éclaira le lendemain la mer aussi désespérément déserte. Le départ ne fut pas long à organiser. La carabine de Raoul, la hache de Bob, constituaient tout le bagage de l'expédition. Le canot, hissé aussi haut que possible, fut empli de quartiers de roches ; la caisse de l'alambic fut installée tout à côté  : une inscription nouvelle, gravée au couteau, compléta son ornementation  : QUATRE DU « SALVADOR » MARCHENT A L'OUEST. ATTENDRE ICI VINGT JOURS. Car, sur la proposition de Sickingen, il avait été décidé qu'un ou deux des naufragés reviendraient à la côte dans une huitaine de jours, quel que fût le résultat de l'exploration dans l'intérieur. Les premières heures de la marche furent peu encourageantes. Le rocher avait fait place à la « toundra », la plaine détrempée et molle aussi aride que les déserts de sable. Le froid était moins régulier, à mesure qu'on s'éloignait du courant glacial ; aussi la toundra n'était-elle pas gelée ; la petite troupe avançait péniblement sur ce sol boueux qui manquait à chaque pas. La faim s'annonçait cruelle. « Tirez ! mais tirez donc ! Qu'est-ce que vous attendez, Le Fort ? » cria Sickingen, oublieux pour la première fois de sa politesse affectée. Il montrait à Raoul un animal, tout blanc, perché sur une grosse pierre  : son museau et ses oreilles étaient d'un renard, il avait de petits yeux jaunes et il faisait entendre un jappement suivi d'un cri bizarre, plaintif et familier comme l'appel des paons. Raoul tenait la petite bête argentée au bout de sa carabine ; mais le renard ne bougeait pas, remuait la queue comme un chien, continuait de japper. Le Fort avait hésité. « Ne tirez pas, surtout ! cria Bob. C'est des renards dressés par les Koriaks du Kamtchatka ; laissez-moi lui parler » Et Bob, avec un sang-froid parfait, se mit à japper à son tour en approchant doucement de l'animal ; celui-ci, sans cesser sa musique barbare, sauta de sa pierre et commença de trotter devant le prospecteur. Le Dernier Mammouth 1 35 « Suivons-le », déclara Bob ; et, avec un entrain unanime, ses trois compagnons se hâtèrent derrière la petite bête blanche. Au bout d'une demi-heure, la troupe atteignit le pied d'un rocher assez escarpé, que surmontaient quelques maigres bouleaux et des sapins rabougris. Aucune fumée ne s'élevait au-dessus des taillis, et rien n'annonçait un campement. Le renard jappa plus fort, tourna la tête, puis s'enfonça toue d'un coup dans les fourrés du sommet et disparut  : les jappements avaient cessé. « Nous sommes arrivés, » affirma Bob. Les naufragés se glissèrent sous les taillis et bientôt ils découvrirent, dans une clairière étroite, un campement d'un aspect sinistre. Sur quatre arbustes, taillés à hauteur d'homme, un cercueil fait de branches entrelacées était posé, légèrement incliné vers le sud une longue masse brune apparaissait confusément entre les branches. Sous le cercueil, accroupie par terre, une vieille femme cachait entre des doigts décharnés et noirâtres sa tête couronnée d'une huppe de cheveux emmêlés et terreux ; le renard blanc était couché à ses pieds ; une abominable odeur flottait autour de ce funèbre campement..Les explorateurs s'étaient arrêtés, déconcertés. Mais Bob, d'un geste, indiquait à ses compagnons trois superbes saumons séché qui pendaient, accrochés à l'un des arbustes, au-dessus d'un épieu, d'un arc et de quelques javelots à pointe d'os. D'un bond les affamés se précipitèrent, décrochèrent les poissons sans se soucier des jappements affolés du renard. Le festin fut rapidement mené. La vieille femme n'avait pas bougé. « Allons, Bob, dit Raoul, avec une confiance médiocre, voici le moment d'utiliser votre talent d'interprète. » Bob se mit en devoir de répéter les informes sonorités qu'il adressait tout à l'heure au renard blanc. Il faut croire que le prospecteur savait vraiment quelques mots koriaks, car la vieille écarta ses mains, et découvrit une horrible figure, brûlée et trouée à plaisir. Bob, galamment, mettait la main sur son coeur, saluait, gesticulait, caressait le renard en continuant son extraordinaire baragouin. La vieille, après quelques minutes, parut touchée. Elle se leva, quitta son lugubre abri, se présenta d'un g este  : « Marutcha. » Enfin, tendant les bras vers l'ouest, elle prononça  : « Ya-Thénaoddi — Je comprends, gentlemen ! s'exclama Bob. Ya-Thénaoddi, cela veut dire la Rivière



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