Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°04-02 de novembre 1901

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Hachette

  • Format : (155 x 238) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 66,7 Mo

  • Dans ce numéro : fêtes du sacre et entrée des rois.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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132 Lectures pour Tous IIamilton réclama deux minutes pour « se mettre en tenue convenable ». Quand il reparut, tout habillé de cuir, les deux embarcations de chasse étaient amenées le long du bord. Jones s'installa dans la première avec Hamilton et Raoul, qui tint à emporter sa carabine pour tirailler sur les pétrels et les pingouins. Le maître d'équipage commandait le second canot, où Sickingen avait été, à son apparent déplaisir, rejoint par Bob. Les deux embarcations s'éloignèrent à force de rames, et, suivant deux directions convergentes, cherchèrent à mettre la baleine entre leurs deux canons porte-harpon. Le canot du capitaine, qui jurait sans interruption pour exciter ses hommes, arriva le premier à portée de l'énorme bête, flottant à la dérive. Jones lui-même pointa la petite pièce  : le harpon fila avec un sifflement aigu, s'enfonça dans les chairs, l'amarre se tendit avec une secousse ; les branches aiguës du harpon, repliées sur la hampe comme les baleines d'un parapluie, s'étaient ouvertes et fixaient l'appareil au flanc de l'animal qui, après un bond de douleur, prit chasse devant le canot. Sur un tourniquet l'amarre se déroulait avec une rapidité surprenante. Mais Jones savait son métier comme pas un. Il gouvernait adroitement pour suivre les capricieux détours de la bête blessée. Tout d'un coup, il poussa un retentissant hourra. La baleine, filant toujours plus vite, les ramenait à portée du second canot, où l'on apercevait Sickingen et Bob se disputant la manoeuvre du canon ; l'un des deux tira, et une formidable embardée annonça clairement que le second harpon avait porté  : la baleine précipita sa course, battant la lame de grands coups de queue. Mais les deux canots, leurs amarres tendues comme des cordes de violon, suivaient bravement. Jones prononça  : « Cette damnée bête est dans les tonneaux du vieux Salvador. » Soudain le capitaine pàlit ; d'une voix étranglée, il hurla  : « Coupez l'amarre, coupez donc ! » Et, comme les hommes surpris n'obéissaient pas assez vite, Jones se précipita à l'avant de l'embarcation, saisissant une hache. Fred et Raoul ne comprirent pas  : la baleine n'avait pas accéléré sa course ; seulement devant elle la mer paraissait plus blanche et un peu houleuse ; une singulière odeur empestait l'air. Mais pourquoi cet affolement ? Ils regardaient avec stupeur le capitaine, la hache levée, quand il sembla que la mer se gonflait tout d'un coup  : le canot fut enlevé en l'air, le capitaine disparut le premier, perdant l'équilibre ; les hommes tentèrent de se cramponner aux bordages ; le canot chavira, toujours haut au-dessus des vagues, retomba renversé, se vida de tous ses passagers dans un bouillonnement d'écume et un fracas de tempête Sept ou huit énormes baleines, comme en ligne de bataille, avaient subitement émergé des flots  : un simple coup de queue avait lancé l'embarcation, comme une balle, au-dessus des vagues qui maintenant l'engloutissaient. Très vite, Hamilton reparut à la surface  : il était arrivé second dans plusieurs matches de natation. Il eut le temps de constater que son complet de cuir n'était pas « convenable » pour ce sport et chercha anxieusement autour de lui quelque survivant du naufrage. La charge monstrueuse avait passé, la mer était calme. Il eut la joie d'apercevoir Raoul nageant vigoureusement vers lui, fort empêtré de sa carabine en bandoulière. Nulle tête n'apparaissait auprès d'eux  : mais, se haussant sur la crête d'une lame, Fred reconnut, à médiocre distance, le second canot peuplé de deux ou trois « silhouettes. Il se rapprocha de Raoul, qui se fatiguait déjà ; tous deux se dirigèrent hâtivement vers l'embarcation. On les avait aperçus d'ailleurs, et le canot s'avançait vers eux. Deux rameurs seulement l'occupaient ; le trajet parut long à Raoul  : il coulait presque quand l'avant du canot s'approcha de lui  : un bras se tendit qu'il saisit désespérément ; on le hissa. Dans l'embarcation, ranimé, il se trouva en face d'Ulrich de Sickingen. Raoul eut un geste de recul, tandis qu'il murmurait instinctivement  : « Merci, monsieur ». Sickingen et Bob, son unique compagnon, s'occupèrent d'Ilamilton qui, très à l'aise, nageait avec élégance à quelques mètres du bord. « Montez donc'. cria Sickingen avec mauvaise grâce. Monsieur, répliqua Hamilton, se raidissant dans l'eau, je vous ferai remarquer d'abord que, dans cette chasse à la baleine, votre embarcation et votre harpon sont arrivés seconds. Seconds, vous entendez, monsieur. » Puis, l'air satisfait, Hamilton se hissa dans le canot. Les quatre chasseurs reprirent alors l'exploration minutieuse du lieu du naufrage, mais tout avait disparu, baleines, canot et marins. L'amarre du second harpon avait été coupée un peu avant le. choc des énormes bêtes  : le canot avait été violemment heurté, et rempli par une vague, et tous ses hommes avaient été enlevés, sauf Ulrich et Bob qui, les mains libres, s'étaient cramponnés aux bancs, puis avaient réussi à vider l'embar-
Le Dernier cation. Ces quatre survivants échappaient décidément seuls au désastre. Au bout d'une heure de recherches, Sickingen proposa de rallier en hâte le Salvador, distant de quatre milles déjà et queBob observait avec inquiétude. « Gentlemen, on voit bien que le capitaine Jones n'est plus à bord. Voyez ce stupide bateau qui vient sur nous..., — Eh bien, c'est notre route raccourcie d'autant..., remarqua Sickingen, qui manoeuvrait avec mauvaise humeur son aviron. — Et si la brume vient, comme tous les midis et tous les soirs sur le détroit ! C'est la rôute perdue, censément, répliqua le vieux prospecteur. C'était déjà une chose risquée de chercher le bateau quand on savait où il était mouillé. Pas une boussole à bord, et pas de soleil dans la brume. Vous trouverez la route trop Iongue, gentlemen. — A l'avenir, ma tenue de chasse à la baleine comportera une boussole de poche, déclara sérieusement Hamilton. Ma tenue de yacht en comprenait naturellement une, répliqua-t-il, je regrette — Tenez, la brume tombe, elle vient sur nous, elle- va nous —- - manger, s'écria Bob, laissant - _tomber son aviron. Pas la peine de nous fatiguer à cette heure ; les aveugles ne vont pas à la chasse. » Une bande épaisse et blanche, comme un paquet d'ouate, s'élargissait sur l'horizon ; ce rideau glissait sur l'eau, s'avançait rapidement  : bientôt le Salvador disparut tout entier. derrière l'épaisse blancheur que les naufragés voyaient avec désespoir se resserrer autour d'eux. Des flocons passèrent d'abord, dispersés par le vent, puis des lambeaux toujours plus larges, qui se soudèrent les uns aux autres ; le canot flottait à la dérive clans une atmosphère lourde et impénétrable à l'oeil ; c'est à peine si l'on apercevait les lignes de l'embarcation. Le soleil semblait mourant et infiniment lointain, l'air était âpre et glacé. Les quatre survivants du Salvador se trouvaieut enfermés dans cette brume toujours plus épaisse, prison lugubre où le froid et la faim s'ajoutant à l'horreur des ténèbres allaient multiplier leurs souffrances. Mammouth 133 On s'était vite aperçu, hélas ! que l'embarcation était absolument dépourvue de provisions. Bob avait fait en quelques minutes l'inventaire du canot  : sans mot dire, il avait" jeté devant ses compagnons un rouleau de - `. -T`- °-..-Q- - `a _- 1. -'- Jt'- LE CANOT, SOULEVÉ PAR LA BALEINE, CHAVIRA DANS UN TOURBILLON D'ÉCUME, AVEC UN FRACAS ASSOURDISSANT., corde et une hache trouvés sous les bancs. Le Fort avait visité et nettoyé à peu près sa carabine ; ses cartouches aux douilles de cuivre n'avaient pas souffert de leur baignade  : c'étaient vingt-cinq coups à tirer, mais sur quoi ? La mer semblait morte sous son manteau de brume. Tout à coup Raoul poussa un cri joyeux. « Nous cherchons bien loin d'improbables ressources, s'écria-t-il, quand nous avons là, à nos pieds, une des fameuses caisses d'Hamilton ! » C'était en effet la caisse n°437 « fragile », si recommandée à l'embarquement.. 1



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