Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°04-02 de novembre 1901

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Hachette

  • Format : (155 x 238) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 66,7 Mo

  • Dans ce numéro : fêtes du sacre et entrée des rois.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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130 Lectures pour Tous exaspérant sourire ; mais je me trouve fort bien sur le Salvador, où d'ailleurs je suis bien un peu chez moi aussi. Monsieur, s'écria Le Fort, je ne suis pas d'humeur à écouter vos plaisanteries. Veuillez me suivre chez le capitaine Jones. J'exige que la situation soit immédiatement réglée - Comme il vous plaira », répondit Sickingen, toujours aimable. Et il suivit Raoul qui, escaladant la passerelle, entra violemment dans la chambre de veille où le capitaine Jones, tournant le dos à la carte, étudiait minutieusement les courants et marées, assis en face d'une bouteille de whisky. A la vue de ses deux passagers, le capitaine eut une brève émotion et fit passer brusquement sa pipe de gauche à droite. « Capitaine Jones, criait Raoul, ai-je, oui ou non, affrété votre Salvador pour une croisière au bassin polaire ? Rien n'est plus exact, gentleman. Le Salvador est armé pour vous. Rude bateau, n'est-ce pas ? » répondit froidement Jones. Le Fort se tourna vers Sickingen « Dans ces conditions, monsieur — Me permettez-vous un mot ?.:. » interrompit le comte avec courtôisie. Puis, s'adressant à Jones qui fumait d'un air désintéressé  : « N'aide pas affrété le Salvador, en mon nom, pour une croisière sur les côtes d'Alaska ? Répondez, capitaine Jones. - Celui qui dirait le contraire mentirait, prononça avec sérénité le capitaine. Vous êtes aussi, gentleman, l'affréteur du Salvador. Bon bateau tout de même, » ajouta-t-il, l'air satisfait. Raoul haussa les épaules. Sans ajouter un mot, il tira de son portefeuille le traité, dûment timbré et signé, par lequel le capitaine Jones s'engageait « à mettre à la disposition de M. Le Fort le navire Sa lvad or, équipé et armé, et à le conduire où il plairait audit Le Fort, moyennant payement d'une somme de... ». Raoul parcourut rapidement les termes du contrat ; il vérifia la grosse signature de Jones s'étalant sur une demi-page et tendit le papier au capitaine. Mais, au moment où il levait la tête, il vit avec stupeur Sickingen lui présenter un papier absolument. identique  : mêmes formules, mêmes cachets, même signature. Un coup d'oeil suffit à Le Fort pour comprendre qu'il était joué. « Capitaine, s'écria-t-il, vous êtes un — Ah ! ah ! fameux bateau, gentlemen. Tenez, nous sommes là déjà. Et le capitaine Jones posa le flacon de whisky sur un point de la carte. Beau temps, belle mer, gentle- men ; ah ! ah ! le vieux Salvador marche » Et il sortit allégrement, laissant Raoul et Ulrich en présence. « Monsieur Le Fort, commença Ulrich sans rien perdre de son calme, veuillez m'écouter quelques instants. Je sais que notre situation est imprévue et bizarre. Mais vous allez reconnaître avec moi qu'elle ne peut, maintenant du moins, être modifiée. — Je n'accepte nullement vos ingénieuses et louches combinaisons, protesta Raoul avec violence. Nous allons faire route sur San-Francisco, où vous débarquerez immédiatement — Pourquoi ? demanda simplement Sickingen. Et d'où vous viendrait le droit de me donner ici des ordres ? Vous oubliez que j'ai un contrat en règle avec Jones ; vous avez le même traité que moi, ni pire ni meilleur. Que voulez-vous faire ? Plaider, affirmer votre bonne foi, attaquer ce brave capitaine ? L'été passera dans ces inutiles et un peu ridicules discussions, l'été déjà bien avancé et pourtant seule saison où vous puissiez tenter la chance. Vous savez qu'il n'y a pas un bateau à espérer ; je le sais trop, moi qui, parti quelques jours avant voué, ai exploré tous les ports de la côte, sans découvrir un canot disponible, et qui ai dû proposer à ce bon Jones - De trahir ses engagements vis-à-vis de moi — De faire pour moi. ce qu'il faisait pour vous, à des conditions exactement les mêmes. Vous alliez partir, un hasard malheureux m'avait empêché de trouver cet unique Salvador ; il fallait, à tout prix, assurer mon départ et défendre ma chance. Je n'avais pas le choix des moyens. J'aurais pu tenter de vous enlever toute possibilité de réussite, en soudoyant ce bon capitaine - Qui me dit, monsieur, que vous ne l'avez pas essayé ? interrompit Raoul avec hauteur. — L'important pour vous est que je nel'aie pas fait, riposta Ulrich toujours maître de lui. Croyez-moi, nous sommes condamnés, pardon, destinés à faire ensemble cette première étape.. Une fois. à terre, nous reformons chacun notre expédition. J'ai, à bord quelques compagnons et quelque matériel, oh ! rien de comparable au stock fastueux de M. Hamilton. Et alors, c'est la vraie lutte dans l'inconnu, chacun pour soi. Jusque-là, je vous prie de croire à ma courtoisie, et je vous demande, monsieur Le Fort ; de me garder la vôtre. » Raoul n'avait pas besoin de réfléchir longuement pour reconnaître que Sickingen n'avait que trop raison ; un retour au port
eut été désastreut à tous les points de vue. Il fallait, provisoirement au moins, accepter cette duperie. La meilleure leçon que pût recevoir l'Allemand, après cette machination d'une loyauté douteuse, était un échec décisif ; jusqu'au succès, l'indifférence était la seule attitude possible. « Soit, monsieur, conclut Raoul d'un ton dédaigneux. Je n'apprécie pas les moyens que vous avez employés. Je vous considère toujours comme étant chez moi à bord du Salvador ; c'est une raison suffisante pour que je ne vous exprime point mon opinion avec la sévérité qui conviendrait. Nous aurons l'occasion, pas trop lointaine, j'espère, de régler cette affaire, comme aussi celle du capitaine Jones. La mer sera neutre pour nous ; je souhaite seulement que la traversée soit brève. » Ulrich s'inclina légèrement, sans répondre. Raoul, après un salut rapide, regagna le carré. Jones s'était prudemment enfermé dans sa cabine ; il fallait d'ailleurs renoncer à toute explication avec le peu scrupuleux capitaine  : personne à bord ne pouvait le remplacer et tout le sort des deux expéditions dépendait d'une prompte arrivée au lieu d'exploration. Le Fort, un peu nerveux, se décida à regagner sa cabine  : un ronflement rythmique indiquait assez qu'Hamilton avait placidement ignoré les incidents de cette première soirée. Le lendemain matin, quand la cloche sonna huit heures, Fred* vint appeler Raoul pour le déjeuner. « C'est singulier, remarqua-t-il, il y a quatre couverts. » " Le Fort allait lui donner une explication, quand Jones, très à son aise, entra suivi d'Ulrich de Sickingen. Celui-ci, après un salut à Raoul, s'adressa tout aussitôt à Hamilton stupéfié « Monsieur Hamilton, je suis heureux de continuer nos bonnes relations du Bachelor's Club. » Hamilton fit un pas en avant ; Raoul eut un geste pour le retenir, mais son compagnon s'était subitement arrêté. « Comte de Sickingen, prononça Fred avec solennité, la loyauté m'oblige à vous dire que le sénateur Corliss a réglé les choses avec la plus grande justice ; comme nous avons quitté New-York avant vous, il nous a donné sur vous douze jours d'avance. Jusqu'ici, comte de Sickingen, vous êtes indiscutablement battu ! » A CHARGE DES BALEINES. — PER- DUS DANS LA BRUME. Pendant près d'un mois, la vie se pour- Le Dernier Mammouth I ^ suivit à bord du Salvador avec une désespérante monotonie. Raoul s'accoutumait mal au voisinage du comte de Sickingen et crispait involontairement les poings quand celui-ci, avec son aisance habituelle, le saluait sur le pont du navire. A table, la jovialité sereine du capitaine Jones maintenait seule un peu d'animation. Sickingen parlait peu, pour préciser seulement quelque détail de la route. Hamilton, raidi et méfiant, s'efforçait (le relever des erreurs dans les affirmations du comte. Raoul, énervé par cette inaction, répondait à peine au bavardage du capitaine. Jones seul, payé, abreuvé et choyé par ses passagers ennemis, ne s'ennuyait pas à bord ; le jour approchait d'ailleurs où il faudrait décider le débarquement de la première expédition. Aucune résolution précise n'avait été arrêtée encore ; on faisait route sur le Cap Oriental. Qui devait y tenter d'abord la fortune ? Le Salvador avait franchi le 65" degré de latitude et naviguait dans les eaux du détroit de Behring, quand Jones se précipita un matin dans la cabine de Raoul. « Savez-vous, gentleman, s'écria-t-il, qu'à un demi-mille du vieux Salvador une damnée baleine est en train de se moquer (le nous ? Parfaitement ; les autres gentlemen l'ont bien vue ; la maudite bête a reconnu le capitaine Jones, et elle sait que Jones aujourd'hui promène des étrangers, comme « un cocher de cab, sans faire la chasse C'est une honte,.gentleman !... Montez, je vous prie, » ajouta le capitaine hors de lui. Sur la passerelle, Hamilton et Sickingen suivaient avec curiosité les lourdes évolutions d'une baleine qui, lançant une double fusée d'eau par ses évents, jouait dans la lame à quelques centaines de mètres, se laissait approcher, plongeait, reparaissait sans timidité. Jones égrenait tous les jurons de son répertoire « Gentlemen,'cria-t-il, je ne puis supporter cela. Jamais. un homme ni une bête ne s'est ainsi moqué du capitaine Jones. D'ailleurs il y a bien cinq cents dollars d'huile dans cette carcasse — Six cents, » interrompit la voix *de Bob, juché sur l'échelle de tribord. Le chiffre décida le capitaine. « Gentlemen, le Salvador est. un baleinier ; ses passagers doivent être des baleiniers  : 'allons ensemble dire deux mots à cette damnée bête » Le Fort et Sickingen échangèrent tin rapide consentement. Le retard devait  : être insignifiant, et la distraction salutaire ; et puis il ne fallait pas exaspérer le capitaine, qui rugissait des ordres dans son porte-voix,



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