Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°04-02 de novembre 1901

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Hachette

  • Format : (155 x 238) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 66,7 Mo

  • Dans ce numéro : fêtes du sacre et entrée des rois.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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I22 Lectures pour Tous A ce point de vue, aucun ne s'impose à l'attention d'une façon plus frappante que Balzac. Il lui a suffi de quelques années pour écrire la Comédie humaine, ce vaste répertoire de documents humains. Mais, pour réaliser ce tour de force, quel prodige, quelle débauche de travail ! Aux exigences de ce labeur, de ces « travaux forcés », Balzac subordonne tout le reste de sa vie il y plie bon gré, mal gré, son corps, et se fabrique une hygiène spéciale. Chaque soir, à six heures, après avoir pris son repas, et, comme il dit, « son dîner dans le bec », il se couche. A minuit, il se lève, s'enveloppe du froc de moine qui lui sert de robe de chambre, avale un grand bol de café, et, à la clarté d'un flambeau à sept bougies, travaille, travaille sans s'arrêter jusqu'à midi. A mesure qu'il écrit, il jette VICTOR HUGO AU TRAVAIL. — D'APRÈS UN TABLEAU. DE de ses feuillets derrière lui sans les relire et sans les numéroter. A midi, son domestique entre pour lui apporter son déjeuner, ramasse les feuilles éparses et les porte chez l'imprimeur. Terrible pour l'auteur, la méthode de composition de Balzac ne l'était guère moins pour l'imprimeur. En effet, son roman, tel qu'il l'envoyait en manuscrit, n'était guère qu'une ébauche. Il le revoyait, le complétait, le refaisait entièrement sur les « épreuves ». Aussi les épreuves si chargées de Balzac sont-elles, dans le monde où l'on imprime, célèbres à la manière d'un cauchemar. Voici quel était, suivant la description qu'en donne Théophile Gautier, l'aspect de ces épreuves. « Des lignes partant du commencement, du milieu ou de la fin des phrases se dirigeaient vers les marges, à droite, à gauche, en haut, en bas, conduisànt à des développements, à des intercalations, à des incises, à des épithètes, à des adverbes. Au bout de quelques heures de travail, on eût dit le bouquet d'un feu d'artifice dessiné par un enfant. Du texte primitif partaient (les fusées (le style qui éclataient de toutes parts. Puis, c'étaient des croix simples, des croix recroisetées comme celles du blason, des étoiles, des soleils, des chiffres arabes ou romains, des lettres grecques ou françaises, tous les signes imaginables de renvoi qui venaient se mêler aux rayures. Des bandes de papier, collées avec des pains à cacheter, piquées avec des épingles, s'ajoutaient aux marges insuffisantes, zébrées de lignes en caractères fins pour ménager la place, et pleines elles-mêmes de ratures, car la correction à peine faite était déjà corrigée. » Ce labeur colossal permit à Balzac d'édifier en peu de temps un des plus solides monuments de notre littérature. Mais l'oeuvre tua l'ouvrier. Balzac mourut à cinquante ans littéralement victime de ses excès de travail. RÉGA,IIEY. Ponctuel autant qu'infatigable. l'auteur d'Hernani se mettait tous les matins au travail à cinq heures. Il écrivait chaque jour le même nombre de vers  : quatre-vingts environ. ! Cliché Brazin.) A MALADIE DU SCRU- PULE ET LES AFFRES DU STYLE. Le métier d'écrire ainsi compris est sans cloute un des plus rudes qui soient. Il a été plus pénible encore pour un autre
Procédés de Travail et Manies des Écrivains 123 écrivain, Gustave Flaubert. Ce qui caractérise celui-ci, ce n'est pas, comme pour Balzac, l'énormité de la production  : au contraire, il a peu produit, étant de ces écrivains difficiles pour eux-mêmes, qui n'arrivent jamais à se satisfaire et qui sont sans cesse arrêtés et désespérés par la différence entre l'idéal qu'ils se proposaient et l'oeuvre réalisée. Flaubert restait presque toute l'année dans sa propriété de Croisset, près de Rouen, et passait presque tout son temps seul dans son cabinet de travail. à l'affùt. Puis il se mettait à écrire, lentement, s'arrêtant sans cesse, recommençant, raturant, surchargeant, emplissant les marges, traçant (les mots en travers, noircissant vingt pages pour en achever une et, sous l'effort de sa pensée, geignant comme un scieur de long. » Quand, après mille hésitations, Flaubert avait enfin achevé une phrase, il prenait la feuille de papier, l'élevait à la hauteur de ses yeux, la parcourait rapidement, puis se levait et, arpentant à grands pas son cabinet, déclamait sa prose d'une voix haute et RENAN DANS SON CABINET DE TRAVAIL. — D'APRÈS UN DESSIN DE RENOUARD. Le dessinateur a surpris, dans une attitude vivante et familière, assis devant son bureau encombré de livres, l'auteur de la Prière sur l'Acropole, qui fut l'un des partisans les plus convaincus du travail régulier et persévérant. Par les nuits d'été, les fenêtres du cabinet restaient ouvertes et le silence n'était troublé que par la rumeur lointaine de la Seine qui coulait au bas du coteau. Vêtu d'un large pantalon noué à la ceinture par une cordelière de soie et d'une longue houppelande (le drap marron qui lui tombait jusqu'aux talons, Flaubert était assis dans son fauteuil de chène à haut dossier, la tête rentrée entre ses fortes épaules, penché sur sa feuille de papier. « Sa figure rouge, que coupait une forte moustache blanche aux bouts tombants, se gonflait sous un afflux furieux de sang, écrit Guy de Maupassant. Son regard ombragé de grands cils sombres courait sur les lignes, fouillant les mots, chavirant les phrases, consultant la physionomie des lettres assemblées, épiant l'effet comme un chasseur mordante, scandant les syllabes. C'est ce qu'il appelait faire passer la phrase par son giteuloir. Il retournait ensuite à sa table, corrigeait ce qui avait choqué son oreille dans la musique des mots, et recommençait une autre phrase, toujours torturé, toujours gémissant. Il a lui-même maintes fois comparé les tortures de ce travail à celles de l'agonie. Il a souffert des « affres » du style. F LEUVES D'ENCRE ET NAPPES DE PROSE. A ces forçats du travail on peut opposer des éc9vains dont l'heureuse fécondité n'a, du moins en apparence, jamais connu l'effort. Telle était l'inépuisable romancière



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