Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
Lectures Pour Tous n°04-02 novembre 1901
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°04-02 de novembre 1901

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Hachette

  • Format : (155 x 238) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 66,7 Mo

  • Dans ce numéro : fêtes du sacre et entrée des rois.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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I16 Lectures pour Tous Le passé revit, et elle voit surgir chaque détail du roman de jadis, de ce roman si bref, si pur. Le prince George ! Depuis de longues années, il a succédé à son père ; lui-même maintenant est un vieux monarque tout appliqué à la prospérité de son peuple. Le reconnaîtra-t-elle sous cette auréole de patriarche ? Mais surtout, lui, la reconnaîtra-t-il ? On approche des quais. Les voitures roulent comme un torrent pressé et furieux, d'où émergent les omnibus, tels d'effrayants mastodontes. Il faut passer, cependant  : une horloge marque une heure et demie, et c'est à deux heures que le, prince doit arriver par l'entrée des Champs-Elysées. Voici le pont (le la Concorde. La comtesse cherche douloureusement, du côté où furent les Tuileries, « le Chàteau », ainsi que l'appelaient les habitués, et détourne les yeux avec un petit frisson d'horreur. Sur le pont, l'encombrement est fantastique, les fiacres s'enchevêtrent, les chevaux de maître piaffent, les bicyclistes se faufilent. Des voitures qui avancent sans chevaux apparaissent confusément à la comtesse, comme des formes de rêve, et les silhouettes humaines ne sont pas moins bizarres. Un groupe la frôle  : des Arméniens en costume national. Là-bas, des coiffes blanches de Bretonnes ou de Saintongeoises. Dans une voiture s'empilent (les nègres, dont les yeux blancs rencontrent les siens, et, regardant par-dessus leurs têtes, elle demeure saisie. De l'autre côté (le la Seine une nouvelle ville s'est élevée, ville de rêve encore, ville des Mille et une Nuits, peinte, dorée, toute neuve, sortie de terre par un coup de baguette. Les styles les plus divers se mélangent sans heurt. Des tours se dressent, des clochers s'élancent, des chalets côtoient des forteresses. C'est le moyen âge et la Renaissance, l'Italie, l'Orient, la Flandre réunis sous le ciel de France, Venise et Alger qui se baignent dans la Seine. Sur l'eau, les bateaux se croisent, chargés de voyageurs, et la sensation de vie devient trop intense, comme aussi le soleil de juin, qui monte, monte toujours à l'horizon. A travers l'affluence exotique, la Parisienne d'hier cherche à reconnaître les Parisiennes d'aujourd'hui. On les distingue encore à leur allure, à cette souplesse, à ce charme indéfinissable, à cette grâce sans effort, qui leur appartient en propre. Mais, grand Dieu ! qu'ont-elles fait des parures de jadis ? Où sont les larges jupes de soie chatoyante, les flots de dentelle, les tissus amples et riches, artistement drapés ? Elles passent, vêtues la plupart (le costumes tailleur, étriqués, collants, de teinte neutre, se rapprochant, autant que faire se peut, du pantalon et de la veste, et qui les font ressembler à de petits hommes frêles. Soudain la comtesse est saisie d'une appréhension. Dans la foule qui défile, dans les victorias, au fond des coupés, elle cherche un cachemire. Elle voit des turbans d'Arabes, des mantilles d'Espagnoles, des robes éclatantes de Chinois. De cachemire, point ! Et, du même coup, elle a le sentiment qu'on la regarde. Oui ! on la regarde, plus que ces étrangers, ces exotiques de races et de couleurs diverses, plus qu'eux elle excite la curiosité, elle paraît une anomalie ; et maintenant elle se l'explique. Eux ne représentent qu'un autre pays ; elle représente une autre époque ; et ce même progrès qui a, pour ainsi dire, supprimé les distances matérielles, rapproché les hémisphères, creuse au contraire un abîme plus profond entre le présent et le passé, emporte les modernes à la vitesse vertigineuse des locomotives, des ballons, des automobiles, loin, bien loin, sans retour, dans le vent de l'oubli. TIT La comtesse se hâte, elle court presque, se jette dans la foule. Le cachemire produit toujours son effet. On se retourne ; des petites ouvrières, en bande, se poussent le coude et chuchotent ; un pioupiou reste en extase ; un jeune couple sourit ; une vieille dame de province, au bras de son vieux mari, dit à celui-ci quelque chose, tout bas. Mais la comtesse n'est plus gênée par la surprise qu'elle provoque ; au contraire ! elle en profite pour passer, se glisser jusque entre les uniformes des agents, gagner le premier rang ; et elle se dresse sur la pointe des pieds, elle avance la tête, avec une anxiété curieuse Un landau découvert vient de s'arrêter, et au milieu de la place, déblayée en un instant, un homme de haute taille met pied à terre. La comtesse a détourné la tête. Pourquoi être venue ? pourquoi avoir voulu le revoir, changé, vieilli, et déchu comme elle ? L'hôte royal s'avance, salue en souriant. Mais alors, au lieu de la souffrance qu'elle attendait, c'est une souffrance imprévue qui étreint la comtesse.
LE ROI GEORGE s'AVANCE ; A SA VUE, LA COMTESSE SE SENT ÉTREINTE D'UNE SOUFFRANCE IMPRÉVUE.



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