Lectures Pour Tous n°04-01 octobre 1901
Lectures Pour Tous n°04-01 octobre 1901
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°04-01 de octobre 1901

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Hachette

  • Format : (155 x 238) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 62,3 Mo

  • Dans ce numéro : boutiques du vieux Paris et marchands d'autrefois.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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74 Lectures pour Tous Uliché F.) [Hanjsuitng. LE BOUFFON, D'APRÈS LE TABLEAU DE FRAN2 HALS (ÉCOLE FLAMANDE, XVIl'SIÈCLE). Divertir les grands, tel fut, pendant plusieurs siècles, le role des « fous » ou bouffons. L'artiste a rendu avec un talent admirable la physionomie malicieuse d'un de ces amuseurs des rois, qui, par leurs saillies souvent mordantes, savaient dérider les princes les plus sombres. des joies de la famille, Gustave Droz. Imitez la voix du coq et roulez-vous sur les tapis, répondez à ses mille questions impossibles, qui sont l'écho de ses rêves sans fin ; et puis aussi, laissez-vous tirer la barbe et faites coucou dans tous les coins. Si vous l'avez fait rire, si vous l'avez amusé, il souhaitera de recommencer, tendra vers vous ses petits bras en criant  : « Encore ! » Un de mes grands moyens de séduction était celui-ci  : Je tirais ma montre de mon gousset et je la regardais avec attention. Alors, je voyais mon petit monde tendre le cou, écarquiller les yeux, s'avancer d'un pas. Je portais ensuite ma montre à mon oreille, et je souriais comme un homme qui reçoit une confidence. Devant ce prodige, mes bambins n'y tenaient plus et la bande éclatait de joie. » L'enfant grandit  : il garde longtemps encore cette heureuse gaieté native. Devenu adolescent, il lui arrive de manifester, en maintes occasions, ce don de rire sans cause, uniquement pour le bien-être physique et la tranquillité morale qu'il éprouve et parce qu'il sent en lui la vie s'épanouir. L'homme fait, en proie aux mille soucis de la vie quotidienne et aux luttes de l'existence, est plus difficile à dérider. La nécessité du rire, comme moyen de détente, comme diversion, distraction, épanouissement, n'en est chez lui que plus apparente. On ne rit guère quand on est seul ; et cette privation du rire est en partie ce qui rend la solitude si pénible. « On ne goûterait pas le comique si l'on se sentait isolé », dit M. Henri Bergson dans une étude remarquable sur le Rire', dont il explique finement le caractère « social »  : « Il semble que le rire ait besoin d'un écho. Écoutezle bien  : ce n'est pas un son articulé, net, terminé, c'est quelque chose qui voudrait se prolonger en se répercutant de proche en proche Pour comprendre le rire, il faut le replacer dans son milieu naturel qui est la société, il faut en déterminer la fonction utile qui est une fonction sociale. » On se réunit pour rire ensemble, et il est inévitable que, suivant la condition, le degré de culture des personnes ainsi réunies, les façons de rire se modifient. Dans les réjouissances populaires, il suffit de larges claques sonores pour mettre les gens en joie. Dans la chambrée, un soldat donne un grand coup de poing à son voisin et il éclate de rire ; l'autre se retourne, rit d'aussi bon coeurils sont bientôt dix, vingt, qui rient de les voir rire. Il y a une gamme du rire qui correspond à la gamme des nuances sociales. On fabrique du rire, on en débite, et c'est une industrie qui ne chôme guère. C'est à quoi servent, par exemple, les théàtres de comédie  : ce sont des boutiques où l'on vend du rire. De mème notre besoin du rire est exploité méthodiquement par ces écrivains humoristes qui se proclament « auteurs gais » comme par les journaux de caricature, « jour- 1. Le Rire. — Essai sur la signification du comique, par H. Bergson. Alcan, éditeur, 1900.
La Vertu Hygiénique du Rire 7 naux amusants » ou « pour rire » et ces établissements intitulés « folies... » ou « gaîtés... ». Nous avons ouvert des fabriques, des usines, des magasins où le rire se débite comme une denrée de première nécessité. E QUOI ET COMMENT ON RIT. —LES SOURCES DU COMIQUE. Il y a en effet des cas où le rire naît immanquablement, des spectacles ou des mots qui provoquent à coup sûr l'hilarité, des moyens de faire rire qui ont une précision presque mathématique. La liste en serait longue. Nous nous bornerons à donner quelques exemples significatifs, empruntés pour la plupart au livre de M. Bergson. Voici d'abord des cas dont nous sommes tous journellement témoins et qui nous présentent le rire sous sa forme quasiment rudimentaire. Dans la rue, un homme court, fait un faux pas, tombe sans se faire de mal  : les passants se mettent à rire. Une personne croit s'asseoir sur une chaise et s'étend à terre  : cela fait rire. Certaines laideurs physiques font rire. Si le pauvre Cyrano (le Bergerac était si souvent obligé de mettre la main à la rapière, c'était pour chàtier les impertinents que faisait rire la grosseur de son nez énorme, monumental, paradoxal. C'est tantôt un trait démesuré ou discordant qui donne à un visage cet aspect risible ; c'est tantôt une sorte de grimace où se fige toute la physionomie. « Il y a des visages qui semblent occupés à pleurer sans cesse, d'autres à rire, à siffler, à souffler éternellement dans une trompette imaginaire. » On rit du quiproquo. Une personne se trompe de chapeau, et sa tête disparaît sous le chapeau du voisin qu'elle a pris par mégarde ; ou bien encore on croit parler à un ministre plénipotentiaire, et l'on s'adresse à un accordeur de pianos  : voilà le quiproquo. Il consiste à prendre une personne ou une chose pour une autre. C'est un des moyens dont les écrivains comiques ont le plus souvent usé. Dans une scène fameuse de l'Avare, Harpagon reproche à Valère le vol qu'il lui a fait, et Valère s'en reconnaît coupable  : seulement c'est la fille d'Harpagon que Valère à enlevée, et c'est sa cassette qu'I Iarpagon se plaint d'avoir perdue  : quand l'un parle fille, l'autre songe cassette. « VALÈRE. - C'est d'une ardeur toute pure et respectueuse que j'ai brûlé pour elle. IARPAGON. - Brûlé pour ma cassette ! VALÈRE. - J'aimerais mieux mourir que de lui avoir fait paraître aucune pensée offensante  : elle est trop sage et trop honnête pour cela. HARPAGON.-Ma cassette trop honnête RIRES ET LARMES. - TÈTES D'EXPRESSION, D'APRÈS UN DE BOILLY (1761-1845). DESSIN VALÈRE. - Tous mes désirs se sont bornés à jouir de sa vue ; et rien de criminel n'a profané la passion que ses beaux yeux m'ont inspirée. HARPAGON. - Les beaux yeux de ma cassette ! » Ce quiproquo de la fille et de la cassette est le modèle sur lequel ont été calquées des milliers de scènes comiques. Un genre spécial, le vaudeville, vit presque exclusivement de quiproquos ; et, s'il n'y a pas de vaudeville sans quiproquo, on peut dire qu'inversement il est nombre de vaudevilles dont l'unique drôlerie réside dans le quiproquo. Les mésaventures que cause la distraction sont une des formes du quiproquo. Aussi le personnage du Distrait est-il éminemment



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