Lectures Pour Tous n°04-01 octobre 1901
Lectures Pour Tous n°04-01 octobre 1901
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°04-01 de octobre 1901

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Hachette

  • Format : (155 x 238) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 62,3 Mo

  • Dans ce numéro : boutiques du vieux Paris et marchands d'autrefois.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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42 Lectures pour Tous séum. Il n'y avait d'ailleurs absolument personne dans les salles, et le jeune peintre songeait avec quelque mélancolie à la vanité des exigences de Corliss. Il était si simple (l'être heureux, tous, sans autre mammouth que cet amusant moulage !... Un glissement léger interrompit ses réflexions. Petit, tout petit à côté du monstre, un vieil homme à figure falote semblait attendre le visiteur ; il s'était arrêté au mouvement de Raoul, et celui-ci le prit un instant pour une des pièces du muséum, tant sa peau était parcheminée, son corps raide, et tant il faisait peu de bruit. Mais le petit vieillard fit un pas encore, et, d'une voix sans accent, murmura « N'êtes-vous pas le digne gentleman français que l'honorable sénateur annonçait hier ? — Je suis en effet, répondit Le Fort, la personne que vous attendez, monsieur Cavanagh. - - Digne jeune homme ! s'écria avec effusion le conservateur, est-ce donc vous qui aurez le glorieux honneur de couronner l'oeuvre du sénateur et la mienne ?... Ce plâtre vil, vous le remplacerez par des os authentiques ; ce vain simulacre, vous en ferez une réalité, un squelette, un vrai squelette Ah ! digne jeune homme, permettez au vieux Josué de vous serrer la main » Et le conservateur frotta longuement ses paumes décharnées contre les doigts de Raoul, qui partageait de moins en moins l'enthousiasme de tous les Corliss pour les squelettes authentiques et les ossements réels. Il se hâta de passer aux questions pratiques. Y J'ai à vous demander, monsieur le conservateur, certains renseignements. C'est bien là, n'est-ce pas, le type exact du mammouth que je dois chercher ? — Minutieusement exact, digne jeune homme. Nous sommes ici en présence d'un artificiel mastodon giganteum, précurseur de l'elephas primigenius, vulgairement dénommé mammouth ou éléphant de Sibérie. Ordre (les pachydermes. Famille des proboscidiens. Songez, (ligne jeune homme, à ce que devait être, dans la splendeur de sa force vivante, ce colossal Pardon, monsieur le conservateur, je suis un peu pressé. Le départ... Ah ! oui, je voulais précisément vous demander  : où trouve-t-on au juste vos elephas, mastodon et autres ? — Mais, tout autour du bassin polaire, en Sibérie, dans l'Alaska. Tous ces pays glacés sont l'immense cimetière des monstres antédiluviens ; on trouve assez fréquemment quelques fragments de leurs dépouilles, des défenses, parfois un crâne. Mais, hélas ! les squelettes intacts sont rares. Le muséum de Pétersbourg seul possède un mammouth intégral. Bientôt, sans doute, le muséum Corliss partagera cette gloire, — que dis-je ? — partagera ! Vous nous rapporterez, n'estce pas, digne jeune homme, le squelette imposant du primigenius ? Et le squelette pareillement imposant du meridionalis nous sera, c'est mon ferme espoir, rapporté par ce digne gentilhomme allemand qui partit l'autre semaine — Hein ! Quoi ? Qu'est-ce que vous dites ?... s'écria Raoul. Il y a un digne..., un Allemand qui est parti chercher le mammouth, mon mammouth ?... — Pas le vôtre, pas le vôtre. Le primigenius vous reste. C'est le meridionalis que poursuit le comte de Sickingen - Il'appelle ?... insista fiévreusement Raoul. — Meridionalis, elephas meridionalis — Eh ! non, pas le mammouth, le comte ?... - Ah ! c'est différent Le comte Ulrich de Sickingen. Un bien digne jeune homme, et un superbe cavalier — C'est un peu fort, rugit Raoul exaspéré. Et il est parti aux mêmes... conditions que moi, sans doute ? C'est, en effet, l'honorable sénateur Corliss qui — Bonjour, monsieur, » cria Raoul, déjà sur le seuil de la porte. Josué Cavanagh le voyait disparaître dans une agitation incompréhensible. Pourtant Le Fort reparut à l'entrée de la rotonde. « Un mot, je vous prie. Est-ce qu'il y en a d'autres encore, dites, en plus du primigenius, du meridionalis, de Sickingen et de Le Fort ? Combien en avez-vous de mammouths et de... d'envoyés spéciaux de Corliss ? — Mais, vous et le digne comte, digne jeune homme, vous deux seulement. Il n'y a d'ailleurs que deux variétés de l'elephas giganteus. Dans la famille des proboscidiens Le Fort était loin cette fois, et courait vers la cinquième avenue. Que signifiait cette histoire ? Corliss avait envoyé un autre chercheur de mammouth, un autre prétendant à la main d'Eva. Et cet autre était parti avant lui. Il n'était qu'un numéro, le numéro deux dans la. liste des partants ! Primigenius..., Sickingen..., meridionalis  : les mots dansaient dans son esprit. Il dut se contraindre pour aborder avec calme le roi du fer. Corliss, assis à son bureau, tenait son carnet d'une main, l'embouchure du téléphone de l'autre, et dictait des chiffres, qui étaient des sommes commençant invariablement par cent mille. Il fit signe à Raoul de se taire,
dicta encore deux ou trois millions. Puis, il ferma son carnet et prononça  : « Enchanté ! — Sénateur, commença Raoul d'une voix tremblante, je viens d'apprendre une nouvelle qui m'a profondément troublé. je ne comprends pas, je » Sans ouvrir la bouche, Corlissindiqua du doigt à Raoul l'énorme pendule. « Qu'est-ce que c'est qu'Ulrich de Sickingen ? » s'écria brusquement Le Fort. Corliss manifesta une légère surprise. « Vous m'étonnez positivement, Le Fort. Qu'est-ce que ça peut vous faire ? Sickingen..., comte allemand..., bonne famille..., a demandé Eva — Et elle, qu'est-ce qu'elle a dit, elle ? » Le roi du fer haussa les épaules. « Pas enthousiaste, au contraire..., grande froideur Pas du tout comme avec vous Mais aussi se connaissaient moins, ajouta-t-il avec une logique qui exaspéra Raoul. Enfin, ai proposé Sickingen condition que vous savez..., il a accepté — Alors, s'il rapporte, avant moi, le mammouth..., vous lui donnerez — Je serai heureux et fier de choisir pour gendre l'homme qui saura accomplir cette tâche J'espère qu'Eva respectera toujours ma volonté. - Mais c'est une course, une véritable course Arrivez premier ! L'autre est parti déjà. Où est-il ? Il a une avance absolument injuste C'est exact, dit Corliss frappé de cette observation, quoique quelques jours pour cette recherche Mais c'est exact. Nous allons régler cette question. Il reprit son carnet. Sickingen m'a fait ses adieux officiels il y a six jours, le 4 juin. Vous, vous partez officiellement ? — Dans six jours, je peux être prêt. — Bon. Eh bien, Le Fort, je vous donne douze jours au retour de Sickingen. Si le comte revient avant vous, avec mon mamr mouth, j'attendrai douze jours, ponctuellement, mon autre mammouth, celui que vous devez rapporter. Alors nous déciderons, avec Cavanagh, quel est le plus intéressant des deux mammouths. Et je communiquerai ma décision à Eva. — Ainsi il ne faut plus seulement un mammouth, maintenant, il faut le plus beau mammouth ! Eh bien, soit, sénateur, je vous affirme que je saurai vous imposer un triomphant mammouth, et avant que ce Sickingen A propos, où est-il ? Je n'en sais rien, absolument rien, répondit le roi du fer. Il m'a fait ses adieux ; Le Dernier Mammouth 43 je n'attends (le ses nouvelles — comme des vôtres — qu'accompagnées de l'avis d'envoi. Nous avons, je crois, réglé, Le Fort ? conclut-il en regardant avec impatience la pendule. « Nous avons tout réglé, oui, sénateur, sauf l'heure du retour. Comptez sur moi pour qu'elle soit prochaine. » Corliss avait déjà repris son téléphone. Raoul sortit, un peu plus calme. Il était évident qu'Eva n'aimait pas, ne pouvait pas aimer ce Sickingen. Mais résisterait-elle à la volonté obstinée de son père ? Il fallait triompher de ce rival, rendre toute hésitation impossible entre Le Fort et Sickingen. Et, d'abord, il était indispensable de savoir au juste qui était cet Allemand. Tout naturellement Raoul retourna à son informateur et confident ordinaire. Hamilton ne se livrait, cette semaine-là, à aucun entraînement spécial, désespérant d'établir lé record rêvé, et Le Fort le trouva, songeur, au Bachelor's Club. Au nom d'Ulrich de Sickingen, Hamilton fit une grimace. « Évidemment je connais Sickingen. Il est venu souvent au club ces deux derniers mois, ces deux mois pendant lesquels vous avez disparu complètement sous prétexte de travailler au portrait de miss Corliss. Sickingen est de bonne noblesse allemande, ruiné, et il cherche, un peu trop cyniquement, à redorer son blason en épousant un gros chiffre de dollars. Beau cavalier d'ailleurs, assez brillant, prodigue de politesses dans les maisons riches, à partir de vingt millions. — Il n'habite pas New - York. Je l'aurais rencontré. - Il était à San-Francisco cet hiver ; on m'a raconté de lui une histoire qui, rigoureusement authentique, est assez vilaine. 11 avait fait une cour assidue à miss Charlie, dont le père, directeur d'une compagnie de navigation, passait pour valoir trente millions (le dollars ; les fiançailles étaient connues de toute la ville, quand le rapport du conseil d'administration révéla la situation embarrassée de la compagnie ; on apprit en même temps que Charlie perdait quelques millions à l'inondation subite de mines qu'il exploitait seul ; bref, en une semaine, la valeur (lu futur beau-père de Sickingen tombait à quelques millions, — la médiocrité pour cet exigeant immigré. Ulrich prit, avec un cynisme audacieux, des informations sur les affaires des Charlie, et, dès qu'il fut certain de leur situation relativement modeste, il rompit avec brutalité. La pauvre petite fille en fut malade, et Sickingen, malgré son blason, ses conquérantes moustaches et ses airs vainqueurs, sentit une froideur autour



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