Le Parisien Economie n°701S 1er jui 2019
Le Parisien Economie n°701S 1er jui 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°701S de 1er jui 2019

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Le Parisien Libéré

  • Format : (280 x 360) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 6,8 Mo

  • Dans ce numéro : le patron de la Société Générale face aux entrepreneurs.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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twipe_ftp LE PARISIEN LUNDI 1er JUILLET 2019 ÉCO 2 À LA UNE @LeParisien_Eco - 11 Damien Dupouy 42 ANS, FONDATEUR DE LA NÉOBANQUE ANYTIME À BRUXELLES (BELGIQUE) A sa sortie d’HEC, cet anglophone lance MobileTrend, société de paiement par SMS, rachetée quelques années plus tard. En parallèle de son activité d’investisseur dans des start-up, il crée en 2012 une deuxième entreprise  : Anytime. La néobanque de 40 salariés, basés en Belgique, compte 100 000 clients, majoritairement installés en France. Parmi eux, indépendants, associations et entreprises, séduits entre autres par l’encaissement en ligne et la numérisation des notes de frais. QUATRE ENTREPRENEURS Quand il prend les pleins pouvoirs de la Société générale en mai 2008, Frédéric Oudéa doit restaurer l’image du groupe. Sa nomination intervient cinq mois après la révélation du scandale Kerviel, du nom de cet ancien trader dont les prises de position sur les marchés financiers ont causé 4,9 Mds € de pertes à la « SocGen » et qui a été condamné depuis à rembourser 1 M € à son ancien employeur. Dans la foulée, arrive des Etats-Unis la crise des subprimes, ces crédits immobiliers à haut risque, prémices d’un big bang financier mondial dont le milieu bancaire a eu bien du mal à se remettre. Onze ans plus tard, le patron du CAC 40, qui fêtera ses 56 ans mercredi, doit désormais transformer son groupe, présent dans 76 pays, qui affiche 2,7 Mds € de bénéfices, sur fond de révolution numérique. Il doit aussi et surtout embarquer ses 148 300 collaborateurs et 30 millions de clients. Sa stratégie vient d’ailleurs d’obtenir le feu vert des actionnaires du groupe, lesquels se FRÉDÉRIC OUDÉA, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA SOCIÉTÉ GÉNÉRALE Christine Auclair 64 ANS, DIRECTRICE D’UN ÉTABLISSEMENT ADAPTÉ ANRH À PARIS (XIE) Depuis neuf ans, et après plusieurs métiers, cette diplômée en commerce international, dirige une des entreprises adaptées de l’ANRH, une association d’insertion professionnelle des handicapés. Elle se charge, entre autres, de recruter, former et envoyer 80 adultes de 49 ans en moyenne, la plupart atteints de troubles psychiques, effectuer de la saisie administrative chez une cinquantaine de clients du secteur bancaire et assurance. Rentable, l’entreprise réalise 2,5 M € de chiffre d’affaires. Le patron de la Société générale nous a reçus au siège du groupe bancaire, à La Défense (Hauts-de-Seine). ENTRETIEN COORDONNÉ PAR VIRGINIE DE KÉRAUTEM ET CYRIL PETER PHOTOS  : OLIVIER CORSAN sont prononcés à 96% en faveur d’un nouveau mandat jusqu’en 2023. Questionné par Christine, Françoise, Sarah et Damien, quatre chefs d’entreprise d’horizons variés, le banquier, joueur de foot au poste de meneur de jeu et désormais fan de rugby, sponsor du XV de France oblige, alternant sourire et sérieux, a livré tambour battant sa méthode. N’hésitant pas à parler de ses enfants et à tacler ses nouveaux concurrents de la banque en ligne. « Il faut transformer notre business model » PARCOURS « Les leaders de demain maîtriseront nouvelles technologies, culture et relationnel » IDAMIEN DUPOUY Vous êtes le patron de 148 000 salariés dans 76 pays. La méthode Oudéa, c’est quoi ? Ma philosophie, c’est de regarder le positif, même pendant les crises. Certains sont tendus. Moi, j’ai une capacité à aimanter mon énergie pour me concentrer. J’ai perdu mon père à 13 ans. Savoir que je peux disparaître demain me donne une grande sérénité. Qu’est-ce qui vous inspire ? Le sport collectif. L’entreprise, c’est comme au rugby, ce mélange de capacités individuelles qui se coordonnent de manière collective. Le champion de rugby Jonny Wilkinson a une théorie  : par les contacts que vous avez toute la journée, vous nourrissez votre propre énergie. J’essaie de l’appliquer. En parallèle, j’ai des moments de respiration. Tous les dimanches, je joue au foot avec mes enfants et des amis. C’est un équilibre de vie pour me préserver, car mon job de dirigeant est très exigeant. C’est-à-dire ? Je dors au minimum 5 heures. Cela me permet de réattaquer une nouvelle journée. Un numéro un est en permanence exposé. Quand je rencontre un client que je vois une fois par an, il faut que je donne le maximum. Idem avec mes salariés partout dans le monde. Ils attendent beaucoup de moi quand je viens. Devant des régulateurs, c’est pareil. ICHRISTINE AUCLAIR Quels métiers conseilleriez-vous à vos enfants ? Les leaders de demain sont ceux qui maîtriseront à la fois les nouvelles technologies, la culture et le relationnel. Dans le système éducatif, il faudrait concilier les trois, car la relation humaine va rester. On aura toujours besoin d’interagir. Je ne crois pas à un monde où nous serions des semi-robots. Mes deux grandes filles ont embrassé une carrière d’entrepreneuse. L’une d’entre elles s’oriente maintenant vers l’enseignement. Peut-être que dans cinq ans elles feront autre chose, mais elles auront un bagage de qualité. ISARAH OUATTARA Emmanuel Macron veut supprimer l’ENA, dont vous êtes diplômé. Peut-on s’en passer ? La suppression de l’ENA est un slogan politique. On doit garder une institution qui forme des fonctionnaires de grande qualité. C’est la force d’un pays. Il faut que la fonction publique s’ouvre à des profils différents. Le sujet central, c’est de donner la chance à tout le monde de bien se préparer au concours. Ça commence à la maternelle. Je suis pour l’apprentissage des langues et de l’informatique le plus tôt possible. Je suis fasciné par mes fils âgés de 8 et 13 ans. Ce sont des éponges ! Ils absorbent avec une facilité qu’ils n’auront pas à 18 ans.
a twipe_ftp LUNDI 1er JUILLET 2019 LE PARISIEN www.leparisien.fr/ecoÀ LA UNE Sarah Ouattara 30 ANS, FONDATRICE DE SAMARA FACILITIES À AUBERVILLIERS (93) Diplômée en management, cette habitante de La Courneuve (Seine- Saint-Denis) fait ses classes dans différentes collectivités territoriales avant de créer, en 2015, une entreprise de conciergerie pour les grands groupes. Samara facilities s’appuie aujourd’hui sur un réseau de 200 « talents » franciliens (cordonnier, traiteur, ostéopathe…) pour intervenir chez des clients comme Vinci et La Poste. Sa société a réalisé l’an passé 138 000  € de chiffre d’affaires. BIO EXPRESS IDAMIEN DUPOUY Vous venez de lancer un service de paiement instantané pour les entreprises. Quels sont les enjeux ? Le paiement est la partie du service bancaire la plus impactée par les nouvelles technologies. On va vers quelque chose de plus en plus rapide. Mais il faut aussi de la sécurité. Si, demain, votre entreprise perd 1 M € lors d’un achat d’un équipement, vous n’existez plus… Rapidité et sécurité sont indissociables… On est en train de pousser dans les deux directions. D’ailleurs, les régu- Françoise Cocuelle 57 ANS, PATRONNE DE L’IMPRIMERIE E.GRILLE À CHANTILLY (OISE) Petite-fille du fondateur, cette ex-comptable dirige l’entreprise familiale depuis 1991. L’imprimerie E. Grille est spécialisée dans les étiquettes de bijoux. Elle emploie 10 personnes et pèse 1M € de chiffre d’affaires. Décorée de la légion d’honneur, la patronne est particulièrement active  : présidente du mouvement Centre des jeunes dirigeants d’entreprise puis trésorière de l’école de commerce Kedge, elle a récemment fondé l’association Femmes A chefs d’entreprise de l’Oise. 1963 Naissance à Paris (XV e) 1984 Diplômé de Polytechnique 1987 Devient inspecteur des finances après l’ENA 1995 Rejoint la Société Générale 2008 Nommé directeur général de la banque « L’affaire Kerviel fait partie de notre histoire, il faut l’assumer » lateurs sont sensibles aux deux aspects. Les responsables politiques en Europe rêvent d’un paiement le plus efficace et le moins coûteux possible. En parallèle, des acteurs digitaux développent des formules très simples, à zéro coût. Derrière, les banques essaient d’être compétitives, en offrant ce service aux entreprises et particuliers. Il faut donc y aller progressivement pour éviter d’avoir de gros pépins en matière de sécurité. IFRANÇOISE COCUELLE Taux au plus bas, encadrement des frais bancaires… Comment assurez-vous la rentabilité du groupe ? Les taux négatifs sont très mauvais. Contrairement aux clients, nous, quand on dépose de l’argent sur notre compte courant, à la Banque centrale européenne, nous payons 0,4% d’intérêts par an. Pour des raisons de sécurité, on doit garder une réserve d’actifs comme des dettes souveraines. Celle de l’Allemagne, à dix ans, est négative  : il faut payer pour la détenir. La dette souveraine française est à zéro. Vous investissez sur dix ans mais ne gagnez rien en retour… ICHRISTINE AUCLAIR Que préconisez-vous ? Face à l’érosion de nos revenus, il faut maîtriser, voire réduire nos coûts. Et développer d’autres métiers, comme la gestion de flottes automobiles, qui seront moins sous cette pression et ne nécessitent pas autant de capital à mobiliser. Il faut transformer notre business model. Notre chance, c’est que Société générale est implantée en Russie, en Afrique où il n’y a pas de taux négatifs. C’est un sujet spécifique à la zone euro. Le tiers de nos activités est en France. Le reste fonctionne très différemment. ISARAH OUATTARA Comment travaillez-vous avec les start-up ? Nous avons toutes sortes de collaborations  : accord commercial, entrée au capital… C’est ce que nous avons fait avec TagPay, une start-up française qui nous accompagne en Afrique. On lui a donné plus de moyens pour qu’elle se développe au-delà de l’Europe. Nous pouvons aussi acheter des fintech comme Fiduceo et Treezor. Enfin, nos « labs », partout dans le monde, nous permettent d’être en contact permanent avec les start-up pour explorer des choses nouvelles. ICHRISTINE AUCLAIR Onze ans après, le groupe reste associé au scandale Kerviel. Qu’avez-vous appris en termes de gestion de crise ? On a très bien géré, car la réponse a été immédiate. En trois jours et trois nuits, nous avons expliqué à nos 1 3 ÉCO DÉFIS DU SECTEUR « Des particuliers peuvent se passer du banquier, pas une entreprise » IFRANÇOISE COCUELLE Votre banque en ligne Boursorama propose une carte Visa premier gratuite et sans frais. Etes-vous rentable ? Le modèle Boursorama, sans agence, est fait pour ceux qui veulent un service bancaire sans conseiller et moins cher. Autonomes, les clients ont accès à des réponses sur Internet ou par téléphone. Ils sont très satisfaits. Ce modèle ne répond pas aux besoins de ceux qui veulent du conseil. Dans ce cas, il faut accepter de payer pour ce service et permettre de rémunérer nos conseillers en agence. Moi, je ne peux pas me passer de mon conseiller… Des particuliers peuvent le faire, pas une entreprise. Elle a besoin d’un conseiller car leur relation est complexe, selon les moments, si elle investit ou pas par exemple. Le modèle Boursorama est adapté à un certain type de clients  : les particuliers. IDAMIEN DUPOUY Quel est son poids dans votre groupe ? Nous avons 1,8 million de clients. C’est 30% de parts de marché sur la banque en ligne en France. En revenus, c’est relativement petit, mais ça croît  : environ 200 M € sur les 25 Mds € du groupe en 2018. En résultat, on perd 35 M € en 2018. Mais Boursorama a le mérite d’attirer 30% de clients supplémentaires par an. Si, demain, je demande aux équipes de ramener 100 000 et pas 500 000 clients en un an, Boursorama gagnerait immédiatement de l’argent. Dans nos frais, il y a énormément de coûts marketing et d’acquisition clients (NDLR  : 110 € par parrainage). Orange, Carrefour… Tout le monde veut sa néobanque. N’y en a-t-il pas trop ? Les Gafa (NDLR  : Google, Amazon, Facebook, Apple) ont une puissance gigantesque. Ensuite, il y a toutes sortes de néobanques avec différents modèles et des acteurs comme Orange. Ils ne se lancent pas pour gagner de l’argent en pensant que c’est une poule aux œufs d’or, mais pour la conquête des données et leur revente. Cette concurrence nous stimule. Comment cela se traduit-il ? Pour Boursorama, on a décidé, en 2014, de racheter les petites entreprises minoritaires du marché de la SANTÉ DU GROUPE banque en ligne et de développer un modèle qui était en concurrence avec notre réseau. J’incite les entreprises à développer une concurrence en interne car ça stimule les métiers qui existent. C’est une prime d’assurance car vous jouez sur les deux tableaux. ISARAH OUATTARA Dans dix ans, il y aura toujours autant de néobanques ? Dix néobanques qui gagnent de l’argent, je n’y crois pas. Il y aura plutôt un ou deux leaders. Pour en faire partie, il faut aller le plus vite possible à la conquête des clients. D’ici là, il y aura des consolidations, des rachats par des banques, des acteurs qui disparaissent. Et la banque en général, comment vous la voyez ? Elle sera plus digitalisée, plus ouverte. Les banques s’allient déjà à des partenaires pour offrir de nouveaux services au sein d’une plate-forme. Il faut se diversifier  : assurance, mobilité… En dépit de toutes les crises, dans ce monde de fraudes, d’incertitudes, nous resterons un partenaire de confiance qui protège votre épargne. actionnaires ce qui s’était passé, que c’était un « one-off » (NDLR  : exceptionnel). Ils ont compensé la perte (NDLR  : 4,9 Mds € ). Nous avons rassuré le marché. Ensuite, nous avons tiré les leçons. Certains contrôles étaient défaillants. Nous les avons renforcés. Enfin, ne jamais oublier la crise. Cela fait partie de notre histoire, il faut l’assumer. Les dirigeants d’aujourd’hui doivent en tenir compte, pour protéger la banque. IDAMIEN DUPOUY Lever autant de fonds en si peu de temps, les start-up vous envient… Nos relations avec les actionnaires sont établies. Nous avons utilisé notre passé pour montrer que c’était un incident exceptionnel. Une jeune entreprise, elle, doit expliquer son modèle économique pour lever des fonds. Vous êtes devenu le numéro un du groupe quelques mois plus tard. Un cadeau empoisonné ? Je n’avais d’autre choix que de prendre cette responsabilité. Aujourd’hui, la page est tournée. Une entreprise ne peut pas uniquement regarder son passé. Mais cette période de trois jours, je m’en souviendrai toute ma vie. Une nuit, je suis rentré à 4 heures du matin pour passer 15 minutes dans mon lit avant de repartir. Surtout, mon deuxième fils est né dans la nuit précédant l’annonce de la perte. J’ai vécu en même temps la plus grande des joies et le drame d’une entreprise. La naissance de mon fils m’a beaucoup aidé et permis de relativiser cet épisode douloureux.



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