Je Sais Tout n°50 mars 1909
Je Sais Tout n°50 mars 1909
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°50 de mars 1909

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Publications Pierre Lafitte

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 190

  • Taille du fichier PDF : 128 Mo

  • Dans ce numéro : un hors texte en trois couleurs.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Je sais tout - Roman reconstituer un crime perpétré deux cents ans auparavant. Mais, tout de même, il est certains crimes qui laissent des traces dans les souvenirs, dans les traditions des pays. Les chroniques locales les recueillent. Un jour, tel érudit de province, tel amateur de vieilles légendes, tel évocateur des petits incidents de la vie passée, en font l'objet d'un article de journal ou d'une communication à l'Académie de son chef lieu. Il en vit trois ou quatre de ces érudits. Avec l'un d'eux surtout, un vieux notaire, il fureta, il compulsa les registres de la prison, les registres des anciens baillages et des paroisses. Aucune notice ne faisait allusion à l'assassinat d'un capitaine des gardes, au xviie siècle. Il ne se découragea pas et continua ses recherches à Paris, où peut-être avait eu lieu l'instruction de l'affaire. Ses efforts n'aboutirent pas. Mais l'idée d'une autre piste le lança dans une direction nouvelle. Etait-il impossible de connaître le nom de ce capitaine dont le petit-fils émigra, et dont l'arrièrepetit-fils servit les armées de la République et fut détaché au Temple pendant la détention de la famille royale ? A force de patience, il finit par établir une liste où deux noms tout au moins offraient une similitude presque complète  : M. de Larbeyrie, sous Louis XIV, le citoyen Larbrie, sous la Terreur. C'était déjà un point important. I1 le précisa par un entrefilet qu'il communiqua aux journaux, et par lequel il demandait si on pouvait lui fournir des renseignements sur ce Larbeyrie ou sur ses descendants. Ce fut M. Massiban, le Massiban de la brochure, le membre de l'Institut, qui lui répondit. « Monsieur, « Je n'ai pas le plaisir de vous connaître, mais je lis votre enquête avec une réelle admiration. A cette occasion, je suis heureux de pouvoir y contribuer en vous signalant ce passage de Voltaire, que j'ai relevé dans son manuscrit du siècle de Louis XIV (chapitre xxv, particularités et anecdotes du règne). Le passage a été supprimé dans les diverses éditions. « J'ai entendu conter à feu M. de Cau- « martin, intendant des Finances, et ami « du ministre Chamillard, que le roi partit « un jour précipitamment dans son car- « rosse à la nouvelle que M. de Larbeyrie « avait été assassiné, et dépouillé de magni- « figues bijoux. Il semblait dans une émo- 180 - « tion très grande et répétait  : « Tout est « perdu... tout est perdu... » L'année sui- « vante, le fils de ce Larbeyrie et sa fille, « qui avait épousé le marquis de Vélines, « furent exilés dans leurs terres de Pro- vence et de Bretagne I1 ne faut pas douter « qu'il y ait là quelque particularité. » « I1 faut en douter d'autant moins, ajouterai-je à mon tour. que M. de Chamillard, d'après Voltaire, fut le dernier ministre qui eut l'étrange secret du Masque de fer. « Vous voyez, Monsieur, le profit que l'on peut tirer de ce passage, et le lien évident qui s'établit entre les deux aventures. Je n'ose, quant à moi, imaginer des hypothèses trop précises sur la conduite, sur les soupçons, sur les appréhensions de Louis XIV en ces circonstances, mais n'estil pas permis d'autre part, puisque M. de Larbeyric a laissé un fils qui fut probablement le grand-père du citoyen officier Larbrie, et une fille, n'est-il pas permis de supposer qu'une partie des papiers laissés par Larbeyrie ait échu à la tille, et que, parmi ces papiers, se trouvait le fameux exemplaire que le capitaine des gardes sauva des flammes ? « J'ai consulté l'annuaire des châteaux. Il y a aux environs de Rennes un baron de Félines. Serait-ce un descendant du marquis ? « A tout hasard, hier, j'ai écrit à ce baron pour lui demander s'il n'avait pas en sa possession un vieux petit livre dont le titre mentionnerait ce mot de l'Aiguille. J'attends sa réponse. « J'aurais la plus grande satisfaction à parler de toutes ces choses avec vous. Si cela ne vous dérange pas trop, venez me voir. Agréez, Monsieur, etc., etc. « P.-S. — Bien entendu, je ne communique pas aux journaux ces petites découvertes. Maintenant que vous approchez du but, la discrétion est de rigueur. » C'était absolument l'avis de Beautrelet. Il alla même plus loin  : deux journalistes le harcelant ce matin-là, il leur donna les informations les plus fantaisistes sur son état d'esprit et sur ses projets. L'après-midi il courut en hâte chez Massiban qui habitait au numéro 17 cu quai Voltaire. A sa grande surprise, il apprit que Massiban venait de partir à l'improviste, lui laissant un mot au cas où il se présenterait. Isidore décacheta et lut  : « Je reçois une dépêche qui me donne quelque espérance. Je pars donc et coucherai à Rennes. Vous pourriez prendre le
train du soir, et, sans vous arrêter à Rennes, continuer jusqu'à la petite station de Vélines. Nous nous retrouverions au château situé à quatre kilomètres de cette station. » Le programme plut à Beautrelet, et surtout l'idée qu'il arriverait au château presque en même temps que Massiban, car il redoutait quelque gaffe de la part de cet homme inexpérimenté. Il rentra chez son ami et passa le reste de la journée avec lui. Le soir il prenait l'express de Bretagne. A six heures il débarquait à Vélines. Il fit à pied, entre des bois touffus, les quatre kilomètres de route. De loin, il aperçut, sur une hauteur, le château, construction assez hybride, mêlée de Renaissance et de Louis-Philippe, mais ayant grand air tout de même avec ses quatre tourelles et son pont-levis emmailloté de lierre. Isidore sentait son coeur battre en approchant. Touchait-il réellement au terme de sa course ? Le château contenait-il la clef du mystère ? Il n'était pas sans crainte. Tout cela lui semblait trop beau, et il se demandait si, cette fois encore, il n'obéissait pas à un plan infernal, combiné par Lupin, si Massiban n'était pas, par exemple, un instrument entre les mains de son ennemi. Il éclata de rire. Allons, allons, je deviens comique.On croirait vraiment que Lupin est un monsieur infaillible qui prévoit tout, une sorte de dieu tout-puissant contre lequel il n'y a rien à faire. Que diable ! Lupin se trompe, Lupin, lui-aussi, est à la merci des circonstances, Lupin fait des fautes, et c'est justement grâce à la faute qu'il a faite en perdant le document que je commence à prendre barre sur lui. Tout découle de là. Et ses efforts, en somme, ne servent qu'à réparer la faute commise. Et, joyeusement, plein de confiance, Beautrelet sonna. Monsieur désire ? dit un domestique, apparaissant sur le seuil. — Le baron de Vélines peut-il me recevoir ? Et il tendit sa carte. — Monsieur le baron n'est pas encore levé, mais si Monsieur veut l'attendre. — Est-ce qu'il n'y a pas déjà quelqu'un qui l'a demandé, un monsieur à barbe blanche, un peu voûté ? fit Beautrelet qui connaissait Massiban par les photographies que les journaux avaient données. L'Aiguille Creuse 181 - Oui, ce monsieur est arrivé il y a dix minutes, je l'ai introduit dans le parloir. Si monsieur veut bien me suivre également... HEZ LE POSSESSEUR DU DERNIER EXEM- C PLAIRE DU ((MYSTÈRE DE L'AIGUILLE CREUSE)) L'entrevue de Massiban et de Beautrelet fut tout à fait cordiale. Isidore remercia le vieillard des renseignements de premier ordre qu'il lui devait, et Massiban lui exprima son admiration de la façon la plus chaleureuse. Puis ils échangèrent leurs impressions sur le document, sur les chances qu'ils avaient de découvrir le livre, et Massiban répéta ce qu'il avait appris à Rennes relativement à M. de Vélines. Le baron était un homme de soixante ans, qui, veuf depuis de longues années, vivait très retiré avec sa fille, Gabrielle de Villemon, laquelle venait d'être cruellement frappée par la perte de son mari et de son fils aîné, morts à la suite d'un accident d'automobile. — Monsieur le baron fait prier ces messieurs de vouloir bien monter. Le domestique les conduisit au premier étage,'dans une vaste pièce aux murs nus, et simplement meublée de secrétaires, de casiers et de tables couvertes de papiers et de registres. Le baron les accueillit avec beaucoup d'affabilité et ce grand besoin de parler qu'ont souvent les personnes trop solitaires. Ils eurent beaucoup de mal à exposer l'objet de leur visite. — Ah ! oui, je sais, vous m'avez écrit à ce propos, Monsieur Massiban. 11 s'agit d'un livre où il est question d'une Aiguille, n'est-ce pas, et qui me viendrait d'un ancêtre ? — En effet. — Je vous dirai que mes ancêtres et moi nous sommes brouillés. On avait de drôles d'idées en ce temps-là. Moi, je suis de mon époque. J'ai rompu avec le passé. — Oui, objecta Beautrelet, impatienté, mais n'avez-vous aucun souvenir d'avoir vu ce livre ?... — Mais si, je vous l'ai télégraphié, s'écriat-il en s'adressant à Massiban qui, agacé, allait et venait dans la pièce et regardait par les hautes fenêtres... mais si... ou du moins il semblait à ma fille qu'elle avait vu ce titre parmi les quelques milliers de livres qui encombrent la bibliothèque, làhaut... Car, pour moi, Messieurs, la lecture... Je ne lis même pas les journaux...



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