Je Sais Tout n°50 mars 1909
Je Sais Tout n°50 mars 1909
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°50 de mars 1909

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Publications Pierre Lafitte

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 190

  • Taille du fichier PDF : 128 Mo

  • Dans ce numéro : un hors texte en trois couleurs.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Je sais tout il regarde son image que lui renvoie la glace. Il ne pleure plus, il ne veut plus pleurer ni se tordre sur son lit, ni se désespérer, comme il le fait depuis deux heures. Il veut réfléchir, réfléchir et comprendre. Et ses yeux ne quittent pas ses yeux, dans le miroir, comme s'il espérait doubler la force de sa pensée en contemplant son image pensive, comme s'il espérait trouver au fond de cet être-là l'insoluble solution qu'il ne trouve pas en lui. Jusqu'à six heures il reste ainsi, et c'est peu à peu que, dégagée de tous les détails qui la compliquent et l'obscurcissent, la question s'offre à son esprit toute sèche, toute nue, avec la rigueur d'une équation. Oui, il s'est trompé. Oui, son interprétation du document est fausse. Le mot « aiguille » ne vise point le château des bords de la Creuse. Et de même, le mot « demoiselles » ne peut pas s'appliquer à Raymonde de Saint-Véran et à sa cousine, puisque le texte du document remonte à des siècles. Seulement... voilà... qui prouve l'authenticité de ce texte ? Qui prouve même qu'il y ait un mystère de l'Aiguille creuse ? Les notations recueillies à travers les âges ? Pures coïncidences peut-être, d'où l'on ne peut tirer aucune déduction valable. Au fond, il n'y a qu'une certitude, la brochure publiée en 1815. Mais qui prouve que ce n'est pas l'ouvre d'un visionnaire, ou bien la mystification d'un écrivain qui se divertit aux dépens de ses lecteurs ? Un seul témoignage serait irréfutable, ic livre publié sous Louis XIV. Or, des cent exemplaires imprimés par celui qui devait être le Masque de fer, deux seulement échappèrent aux flammes. L'un fut dérobé par le capitaine des gardes. Que devint-il ? Là-dessus, aucun indice. L'autre fut conservé par Louis XIV, transmis à Louis XV, transmis à Louis XVI, qui le brûla à la veille de sa mort. Mais une copie de la page essentielle, celle qui contient la solution du problème, ou du moins la solution cryptographique, fut portée à Marie-Antoinette et glissée par elle sous la couverture de son livre d'heures. Qu'est devenu ce papier ? Est-ce celui que Beautrelet a tenu dans ses mains et que Lupin possède, selon l'avis de M. Massiban ? Ou bien se trouve-t-il encore dans le livre d'heures de Marie-Antoinette ? Et la question revient à celle-ci  : Qu'est devenu le livre d'heures de la reine ? 178 — Roman Après avoir pris quelcides instants de repos, Beautrelet interrogea le père de son ami, collectionneur émérite, appelé souvent, comme expert à titre officieux, et que récemment encore le directeur d'un de nos musées consultait pour l'établissement de son catalogue. — Le livre d'heures de Marie-Antoinette ? s'écria-t-il, mais il fut légué par la reine à sa femme de chambre, avec mission secrète de le faire :.unir au comte de Fersen. Pieusement conservé dans la famille du comte, il se trouve depuis cinq ans dans une vitrine... Dans une vitrine ? — Du musée Carnavalet, tout simple- ment. — Et ce musée sera ouvert... — D'ici vingt minutes, comme il l'est chaque matin. ARIE-ANTOINETTE... ARSÉNE LUPIN... A la minute précise où s'ouvrait la porte du vieil hôtel de Male de Sévigné, Isidore sautait de voiture avec son ami. — Tiens, M. Beautrelet I Dix voix saluèrent son arrivée. A son grand étonnement, il reconnut toute la troupe des reporters qui suivaient « l'affaire de l'Aiguille creuse ». Et l'un d'eux s'écria  : — C'est drôle, hein 1 nous avons tous eu la même idée. Attention, Arsène Lupin est peut-être parmi nous. Ils entrèrent ensemble. Le directeur, aussitôt prévenu, se mit à leur entière disposition, les mena devant la vitrine, et leur montra un pauvre volume, sans le moindre ornement, et qui n'avait certes rien de royal. Un peu d'émotion tout de même les envahit à l'aspect de cette chose que la reine avait touchée en des jours si tragiques, que ses yeux rougis de larmes avaient regardée... Et ils n'osaient le prendre et le fouiller, comme s'ils avaient eu l'impression d'un sacrilège... — Voyons, Monsieur Beautrelet, c'est une tâche qui vous incombe. Il prit le livre d'un geste anxieux. La description correspondait bien à celle que l'auteur de la brochure en avait donnée. D'abord une. couverture de parchemin, parchemin sali, noirci, usé par places, et, au-dessous, la vraie reliure, en cuir rigide. Avec quel frisson Beautrelet s'enquit de la poche dissimulée ! Etait-ce une fable ?
Ou bien retrouverait-il encore le document ecrit par Louis XVI, et légué par la reine à son ami fervent ? A la première page, sur la partie supérieure du livre, pas de cachette. — Rien, murmura-t-il. — Rien, redirent-ils en écho, palpitants. Mais à la dernière page, ayant un peu forcé l'ouverture du livre, il vit tout de suite que le parchemin se décollait de la reliure. Il glissa les doigts... Quelque chose... oui, il sentit quelque chose... un papier... — Oh ! fit-il victorieusement, voilà... est-ce possible ! — Vite ! vite ! lui cria-t-on. Qu'attendezvous ? Il tira une feuille, pliée en deux. — Eh bien, lisezl... il y a des mots à l'encre rouge... tenez !... on dirait du sang... du sang tout pâle... lisez donc !... Il lut  : « A vous, Fersen. Pour mon fils. 16 octobre 1703... Marie-Antoinette. » Et soudain Beautrelet poussa une exclamation de stupeur. Sous la signature de la reine, il y avait... il y avait, à l'encre noire, deux mots soulignés d'un paraphe... deux mots  : Arsène Lupin. Tous, chacun à son tour, ils saisirent la feuille, et le même cri s'échappait aussitôt — Marie-Antoinette... Arsène Lupin. Un grand silence les réunit. Cette double signature, ces deux noms accouplés, découverts au fond du livre d'heures, cette relique où dormait depuis plus d'un siècle, l'appel désespéré de la pauvre reine, cette date horrible, 16 octobre 1793, jour où tomba la tête royale, tout cela était d'un tragique morne et déconcertant. — Arsène Lupin, balbutia l'une des voix, soulignant ainsi ce qu'il y avait d'effarant à voir ce nom diabolique au bas de cette feuille sacrée. — Oui, Arsène Lupin, répéta Beautrelet. L'ami de la reine n'a pas su comprendre l'appel désespéré de la mourante. Il a vécu avec le souvenir que lui avait envoyé celle qu'il aimait, et il n'a pas deviné la raison de ce souvenir. Lupin a tout découvert, lui... et il a pris. — Il a pris quoi ? — Le document, parbleu ! le document écrit par Louis XVI ! et la preuve d'authenticité que je cherchais, je l'ai maintenant ! c'est Marie-Antoinette elle-même qui nous la donne par ces mots. L'Aiguille Creuse — Et alors ? Alors je n'ai plus peur d'être dupé. Puisque le document est authentique, puisque j'ai vu, de mes propres yeux, la trace des cachets rouges, puisque je sais que tout le récit de la brochure, reproduit par M. Massiban, est véridique, et qu'il existe un problème de l'Aiguille creuse... je marche. — Il ne suffit pas de marcher. — J'arriverai... - Mais comment ? il n'y a aucun indice... Le document ne vous sert à rien, puisque Louis XVI a détruit le livre qui en donnait l'explication. — Et l'autre ? — L'exemplaire arraché aux flammes par le capitaine des gardes de Louis XIV ? — Oui. Perdu. — Perdu seulement, pas détruit. — Qu'en savez-vous ? — Prouvez le contraire. LES DÉDUCTIONS DE BEAUTRELET Beautrelet se tut, puis lentement, les yeux clos comme s'il cherchait à préciser et à résumer sa pensée, il prononça  : — Possesseur du secret, le capitaine des gardes commence par en livrer des parcelles dans le journal que retrouve son arrière-petit-fils. Puis le silence. Le mot de l'énigme, il ne le donne pas. Pourquoi ? Faut-il admettre que la tentation d'user de son secret s'infiltre peu à peu en lui, et qu'il y succombe ? Devons-nous voir une corrélation entre son assassinat et le mystère de l'Aiguille creuse ? entre le magnifique joyau découvert sur lui et tel trésor royal dont la cachette, inconnue de tous, constituerait précisément le mystère de l'Aiguille creuse ? L'hypothèse est séduisante. Et comme il ne s'en offre pas d'autre, il me semble utile qu'on fasse autour de cette histoire le plus de publicit&possible, et qu'on sache, par tous les journaux, que nous recherchons un livre intitulé le Traité de l'Aiguille. Peut-être le dénichera-t-on au fond de quelque bibliothèque de province. Tout de suite la note fut rédigée, et tout de suite, sans même attendre qu'elle pût produire un résultat, Beautrelet se mit à l'oeuvre. Un commencement de piste se présentait  : l'assassinat avait eu lieu aux environs de Gaillon. Le jour même il se rendit dans cette ville. Certes il n'espérait point 179



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