Je Sais Tout n°50 mars 1909
Je Sais Tout n°50 mars 1909
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°50 de mars 1909

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Publications Pierre Lafitte

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 190

  • Taille du fichier PDF : 128 Mo

  • Dans ce numéro : un hors texte en trois couleurs.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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HENRY. - Ces petits employés portent d'ordinaire d'excellents titres dans des serviettes en faux maroquin... Moi j'ai une serviette en vrai maroquin, qui contient cent cinquante mille francs d'actions et d'obligations... (Ii ouvre sa serviette.) `Vous voyez, c'est bien garni d'enveloppes jaunes cachetées. C'est ici que se trouvent les richesses en question, constituées par de vieux journaux, de vieilles paperasses achetées à un marchand de chiffons, et des catalogues d'étrennes périmés, offerts dans ces dix dernières années par les grands magasins de Paris. MADAME LEXIN. — Henry ! Moi qui avais toujours rêvé de faire de vous un honnête homme ! HENRY. — Un peu de patience, ma bonne mère ! J'ai l'étoffe d'un honnête homme... J'ai même des principes d'honnêteté tout à fait supérieurs... Vous verrez ça quand je serai riche. MADAME LEXIN. — Votre père était honnête. HENRY. — Mon père était riche. Mon grand-père était très honnête... très riche aussi. Mon arrière-grand-père a fait la fortune de la famille, on n'a jamais su comment... MADAME LEXIN. — L'argent n'a pas d'odeur. HENRY. — Si, il a une odeur ; mais il ne la garde pas pendant deux générations... Toujours est-il qu'après deux générations de gens honnêtes, il est arrivé une espèce de cataclysme... Ça ne pouvait pas durer... Mon père s'est ruiné, et pourtant il avait à lui seul deux vigoureux millions. MADAME LEXIN. — Quatre ! HENRY. — Quatre ? Tiens ! On m'avait toujours dit deux. C'était pour m'empêcher de dépenser trop, sans doute. Mon père, lui, qui était un homme fort économe, a voulu se livrer à l'élevage des millions et il a envoyé ses deux couples au Transvaal... Or il y a là-bas, dans les environs des mines d'or, des millions sauvages qui mangent les pauvres petits millions européens. LE GARÇON (s'approchant). Qu'est-ce que vous prenez ? HENRY (d sa mère). - Qu'est-ce que vous prenez ? MADAME LEXIN. — Est-ce que vous avez des consommations avec des pailles ? LE GARÇON. — Oui, Madame. MADAME LExIN. — Henry, je n'en ai jamais pris, crois-tu, et c'est le rêve de ma vie. HENRY (au gareon). Donnez deux ver- Je sais tout mouths-gomme, avec de l'eau de Seltz et de la glace, et deux chalumeaux. (Le garçon s'éloigne.) Mon pauvre père n'a pu survivre à ses millions. Nous avons dû vendre ses collections. Ses objets de prix qu'il avait été chercher, un à un, à l'Hôtel des ventes, y sont repartis tous ensemble. MADAME LEXIN. — Ils se sont d'ailleurs'bien vendus. HENRY. — Au profit de nos créanciers, naturellement. Nous avons dû déménager. Nous habitions un magnifique premier étage, et, de chute en chute, nous sommes arrivés au sixième !... C'est donc à moi qu'il appartient de reconstituer la fortune de mes ancêtres. Le g arçon apporte les consommations et s'en va. MADAME LEXIN. — J'aimerais mieux... Pourquoi ne restez-vous pas un honnête homme ? HENRY. — Je viens de vous dire, maman, que je le redeviendrai. Vous vous rappelez, quand j'étais petit, et que vous m'appreniez l'histoire ancienne... Vous vous rappelez ce fleuve d'Asie qu'on appelle le Pactole... et qui roule des parcelles d'or... enfin ce fleuve qui avait l'air d'être en eau de vie de Dantzig. Et bien, ce fleuve admirable a une merveilleuse propriété, c'est de nettoyer les mains des plus malpropres. Aussitôt que j'aurai les moyens d'être honnête, je vous étonnerai par mon honnêteté. Vous crierez  : assez ! assez ! comme dans tous les cirques, quand on voit exécuter un exercice surhumain... Moi, je n'admets pas de médiocrité dans l'honnêteté. (:1s boivent.) Tout à l'heure, au lieu d'agir comme un filou, je pourrais très bien me donner des airs d'homme d'affaires presque honorable. Je n'aurais qu'à faire intervenir dans mes négociations un peu de bonne foi... Evidemment, quand je viendrai prétendre que ma serviette contient cent cinquante mille francs, j'y mettrai certainement de la mauvaise foi... Mais j'aurais très bien pu remplir ce maroquin avec un certain nombre d'actions tombées à quarante sous, que j'aurais achetées aux pieds humides... J'aurais pu ensuite me persuader à moi-même que ces titres, tombés maintenant à rien, monteraient un jour à des cours acceptables—même à des cours magnifiques, pendant que j'y étais... Ainsi, j'aurais satisfait ma conscience et je me serais trompé moi-même avant de tromper autrui... C'est ce que font la plupart de nos plus habiles escrocs... Eh bien, je ne veux pas de ça, moi, maman ! Je ne cherche pas à rouler deux personnes à la fois, le 216
client et moi... le client me suffit... Je ne suis pas de ces pauvres êtres au coeur débile qui, lorsqu'ils vont à l'assaut du prochain, prennent un petit verre de fausse probité pour se donner du courage... Il y a des gens qui disent que lorsqu'on veut réussir, il faut, en se trompant soi-même, tàcher d'être sincère le plus qu'on peut, afin de paraître convaincu... Mais moi, je suis convaincu parce que je suis un poète... Les vrais escrocs, les grands escrocs sont des poètes. Quand, ainsi que dit l'article du code qui parle de l'escroquerie, quand ils persuadent leur prochain de l'existence d'un crédit imaginaire, ils s'amusent à tirer des inventions de leur imagination... C'est un jeu très noble que l'escroquerie. MADAME LEXIN. — Ce qui est moins noble, c'est de s'approprier l'argent d'autrui. HENRY. — Mais ce n'est pas simplement pour l'argent qu'on travaille. L'argent, très souvent, n'est là que pour intéresser la partie et parce qu'on ne peut lias escroquer des haricots... SCÈNE III MADAME LEXIN, HENRY, FORTUNÉ, puis LE GARÇON. FORTUNÉ (entrant).— Garçon ! A ce moment, Henry regarde Fortuné et tout en parlant distraitement, ne cesse d'examiner ce jeune homme. Le Jeu de la Morale et du nasal-fi HENRY ((i sa mère). — J'ai l'intention d'attendre ici, et je crois que notre destin ne sera pas long à m'envoyer quelqu'un... Maman, il n'est pas midi, mais allez donc m'attendre chez nous. MADAME LEXIN. — Qu'est-ce que vous allez faire ? - HENRY (vivement). - Au revoir ! Au revoir ! ma chère maman ! Il se lève avec elle et va la reconduire jusqu'à la porte. FORTUNE (appelant). — Garçon ! Le garçon arrive. SCÈNE IV FORTUNÉ, LE GARÇON, HENRY. FORTUNÉ. — Eh bien, garçon, vous voyez que je suis revenu. Je vais manger un morceau sur le pouce et je retournerai hi-bas, tout à l'heure. Les guichets, pendant le déjeuner, seront moins assiégés... Alors, pourriez-vous me donner simplement un sandwich et un verre de vin ? LE GARÇON. — Si c'est pour manger, vous serez mieux dans la salle à côté qu'ici. FORTUNÉ. — Oh ! bien, non... Je ne déjeune jamais beaucoup à ces heures-ci. Je mangerai simplement un morceau sur le pouce. LE GARÇON. C'est égal, vous serez mieux à côté. FORTUNÉ. — Bien, je vais à côté. Le garçon sort. A ce moment, Ilenry s'approche de Fortuné. SCÈNE V HENRY, FORTUNÉ. HENRY. — Eh bien, mon capitaine ? FORTUNÉ. — Monsieur ? HENRY. — Vous ne me remettez pas ? FORTUNÉ. — Monsieur, vous faites erreur. Je ne suis pas capitaine. HENRY.— Comment, vous n'êtes pas le capitaine Dupont ? FORTUNÉ. — Non, Monsieur. hENRY. Oh ! alors, je vous demande pardon. FORTUNÉ. — I1 n'y a pas d'offense 1 HENRY. Oh ! non, il n'y a pàs d'offense. Le capitaine Dupont est L AMI OBLI GEANT FORTUNÉ. - Je serai de retour dans l'un de nos plus cinq minutes. (Page 220, col. 1.) brillants officiers de marine. Capitaine à vingt-sept ans, décoré à vingt-huit... Je me d sais aussi que vous n'aviez pas de décoration. Mais il ne la porte pas toujours... Mais vous êtes certainement officier, Monsieur ? FORTUNÉ. — Non, Monsieur, je n'ai fait qu'un an, et il n'y a pas moyen de passer officier en un an. HENRY. — Sans cela... Mais c'est curieux que vous ne soyez pas officier ! FORTUNÉ. — Je ne suis qu'un modeste employé de banque. HENRY. — Ah ! vous êtes employé de banque ? Oh ! comme ça se trouve ! Oh ! monsieur, je vais être d'une indiscrétion terrible... Je voulais vous demand. r un renseignement... que certainement vous allez pouvoir me donner... Figurez-vous que je 217



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