Je Sais Tout n°48 janvier 1909
Je Sais Tout n°48 janvier 1909
  • Prix facial : 1 F

  • Parution : n°48 de janvier 1909

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Publications Pierre Lafitte

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 178

  • Taille du fichier PDF : 117 Mo

  • Dans ce numéro : interview du tsar des Bulgares.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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les exploits de son jeune conseiller pendant les trois jours mémorables, de sorte que l'on pouvait se livrer aux suppositions les plus téméraires. On ne s'en privait pas. Spécialistes et techniciens du crime, romanciers et dramaturges, magistrats et anciens chefs de la Sûreté, MM. Lecocq, retraité, et Herlock Sholmès, en herbe, chacun avait sa théorie et la délayait en copieux articles. Chacun reprenait et complétait l'instruction. Et tout cela sur la parole d'un enfant, sur la parole d'Isidore Beautrelet, élève de rhétorique au lycée Janson de Sailly. Car vraiment, il fallait bien le dire, on possédait les éléments complets de la vérité. Le mystère ? en quoi consistait-il ? On connaissait la cachette où Arsène Lupin s'était réfugié et où il avait agonisé, et, là-dessus, aucun doute  : le docteur Delattre, qui se retranchait toujours derrière le secret professionnel, et qui se refusa à toute déposition, avoua cependant à ses intimes — dont le premier, soin fut de parler, — que c'était bien dans une crypte qu'il avait été amené, près d'un blessé que ses complices lui présentèrent sous le nom d'Arsène Lupin. Et comme, dans cette même crypte, on avait retrouvé le cadavre d'Etienne de Vaudreix, lequel Etienne de Vaudreix était bel et bien Arsène Lupin, ainsi que l'instruction le prouva, l'identité d'Arsène Lupin et du blessé recevait encore là un supplément de démonstration. Donc, Lupin mort, le cadavre de Mile de Saint-Véran reconnu grâce à la gourmette qu'elle portait au poignet, le drame était fini. Il ne l'était pas. I1 ne l'était pour personne, puisque Beautrelet avait dit le contraire. On ne savait point en quoi il n'était pas fini, mais, sur la parole du jeune homme, le mystère demeurait entier. Le témoignage de la réalité ne prévalait pas contre l'affirmation d'un Beautrelet. Il y avait quelque chose que l'on ignorait, et ce quelque chose, on ne doutait point qu'il ne fût en mesure de l'expliquer victorieusement. Aussi avec quelle anxiété on attendit, au début, les bulletins de santé que publiaient les deux médecins de Dieppe auxquels le comte de Gesvres confia le malade ! Quelle désolation, durant les premiers jours, quand on crut sa vie en danger ! Et quel enthousiasme le matin où les journaux annoncèrent qu'il n'y avait plus rien à craindre ! Lps moindres détails passionnaient la L'Aiguille Creuse 731 foule. On s'attendrissait à le voir soigné par son vieux père, qu'une dépêche avait mandé en toute hâte, et l'on admirait aussi le dévouement de Mlle Suzanne de Gesvres qui passa des nuits r u chevet du blessé. Après, ce fut la convalescence rapide et joyeuse. Enfin on allait savoir ! On saurait ce que Beautrelet avait promis de révéler à M. Filleul, et les mots définitifs que le couteau du criminel l'avait empêché de prononcer ! Et l'on saurait aussi tout ce qui, en dehors du drame lui-même, demeurait impénétrable ou inaccessible aux efforts de la justice. ISPARITIONS INEXPLIQUÉES D Beautrelet, libre, guéri de sa blessure, on aurait une certitude quelconque sur le sieur Harlington, l'énigmatique complice d'Arsène Lupin, que l'on détenait toujours à la prison de la Santé. On apprendrait ce qu'était devenu, après le crime, le greffier Brédoux, cet autre complice dont l'audace avait été vraiment effarante. Beautrelet, libre, on pourrait se faire une idée précise sur la disparition de Ganimard et sur l'enlèvement de Sholmès. Comment deux attentats de cette sorte avaient-ils pu se produire ? Les détectives anglais, aussi bien que leurs collègues de France, ne possédaient aucun indice à ce sujet. Le dimanche de la Pentecôte, Ganimard n'était pas rentré chez lui, le lundi non plus, et point davantage depuis six semaines. A Londres, le lundi de la Pentecôte, à quatre heures du soir, Herlock Sholmès prenait un cab pour se rendre à la gare. A peine était-il monté qu'il essayait de descendre, averti probablement du péril. Mais deux individus escaladaient la voiture à droite et à gauche, le renversaient, et le maintenaient entre eux, sous eux plutôt, vu l'exiguïté du véhicule. Et cela, devant dix témoins, qui n'avaient pas le temps de s'interposer. Le cab s'enfuit au galop. Après ? Après, rien. On ne savait rien. Et peut-être aussi, par Beautrelet, auraiton l'explication complète du document, de ce papier mystérieux auquel le greffier Brédoux attachait assez d'importance pour le reprendre, à coups de couteau, à celui qui le possédait. Le problème de l'Aiguille creuse, comme l'appelaient les innombrables Œdipes qui, penchés sur les chiffres et
Je sais tout sur les points, tâchaient de leur trouver une signification. L'Aiguille creuse ! association déconcertante de deux mots ! incompréhensible question que posait ce morceau de papier dont la provenance même était inconnue. L'Aiguille creuse 1 était-ce une expression insignifiante, le rébus d'un écolier qui barbouille d'encre un coin de feuille ? ou bien était-ce deux mots magiques par lesquels toute la grande aventure de l'aventurier Lupin prendrait son véritable sens ? On ne savait rien. On allait savoir. Depuis plusieurs jours les feuilles annonçaient l'arrivée prochaine de Beautrelet. La lutte était sur le point de recommencer, et cette fois implacable de la part du jeune homme qui brûlait de prendre sa revanche. ARSÈNE LUPIN VIENT VOIR L'HISTORIO- GRAPHE DE SES AVENTURES Et justement son nom, en gros caractères, attira mon attention. Le Grand Journal inscrivait en tête de ses colonnes la note suivante  : Nous avons obtenu de M. Isidore Beautrelet qu'il nous réservât la primeur de ses révélations. Demain mercredi, avant même que la justice en soit saisie, le Grand Journal publiera la vérité intégrale sur le drame d'Ambrumésg. — Cela promet, hein ? Qu'en pensez-vous, mon cher ? Je sursautai dans mon fauteuil. Il y avait près de moi, sur la chaise voisine, quelqu'un, quelqu'un que je ne connaissais pas. Je me levai et cherchai une arme des yeux. Mais comme son attitude semblait tout à fait inoffensive, je me contins et m'approchai de lui. C'était un homme jeune, au visage énergique, aux longs cheveux blonds, et dont la barbe, un peu fauve de nuance, se divisait en deux pointes courtes. Son costume rappelait le costume sobre d'un prêtre anglais, et toute sa personne, d'ailleurs, avait quelque chose d'austère et de grave qui inspirait le respect. —Qui êtes-vous ? lui demandai-je. Et comme il ne répondait pas, je répétai  : — Qui êtes-vous ? Comment êtes-vous entré ici ? Que venez-vous faire ? Il me regarda et dit  : — Vous ne me reconnaissez pas ? — Non... non ! — Ah ! c'est vraiment curieux... Cherchez bien... un de vos amis... un ami d'un genre un peu spécial... mais enfin... Je lui saisis le bras vivement  : 732 Roman - Vous mentez !... vous mentez !... non... vous n'êtes pas celui que vous dites... cc n'est pas vrai... — Alors pourquoi pensez-vous à celuilà plutôt qu'à un autre ? dit-il en riant. Ah ! ce rire ! ce rire jeune et clair, dont l'ironie amusante m'avait si souvent diverti !... Je frissonnai. Etait-ce possible ? — Non, non, protestai-je avec une sorte d'épouvante... il ne se peut pas... — Il ne se peut pas que ce soit moi, parce que je suis mort, n'est-ce pas, reprit-il, et que vous ne croyez pas aux revenants ? Il rit de nouveau. — Est-ce que je suis de ceux qui meurent, moi ? Mourir ainsi, d'une balle tirée dans le dos, par une jeune fille ! Vraiment, c'est mal me juger ! Comme si, moi, je consentirais à une pareille fin ! — C'est donc vous ! balbutiai jet encore incrédule, et tout ému cependant... c'est donc vous !... Je ne parviens pas à vous retrouver... — Alors, prononça-t-il gaiement, je suis tranquille. Si le seul homme à qui je me sois montré sous mon véritable aspect ne me reconnaît pas aujourd'hui, toute personne qui me verra désormais tel que je suis aujourd'hui ne me reconnaîtra pas non plus quand elle me verra sous mon réel aspect... si tant est que j'aie un réel aspect Je retrouvais sa voix, maintenant qu'il m'en changeait plus le timbre, et je retrouvais ses yeux aussi, et l'expression de son visage, et toute son attitude, et son être luimême, à travers l'apparence dont il l'avait enveloppé. — Arsène Lupin, murmurai-je. — Oui, Arsène Lupin, s'écria-t-il, en se levant. Le seul et unique Arsène Lupin, retour du royaume des ombres, puisqu'il paraît que j'ai agonisé et trépassé dans une crypte. Arsène Lupin vivant de toute sa vie, agissant de toute sa volonté, heureux et libre, et plus que jamais résolu à jouir de cette heureuse indépendance dans un monde où il n'a jusqu'ici rencontré.que faveur et que privilège. Je ris à mon tour. — Allons, c'est bien vous, et plus allègre cette fois que le jour où j'ai eu le plaisir de vous voir, l'an dernier... Je vous en complimente. Je faisais allusion à sa dernière visite, visite qui suivit la fameuse aventure du diadème (1), son mariage rompu, sa fuite (1) Arsène Lupin, pièce en quatre actes en collaboration avec Francis de Croisset.



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