Direct Soir n°94 23 jan 2007
Direct Soir n°94 23 jan 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°94 de 23 jan 2007

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,6 Mo

  • Dans ce numéro : Dominique Baudis la télé du futur

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Directsoir t Mardi 23 janvier 2007 4 EXCLUSIVITÉ INTERVIEW EVO MORALES Un socialisme à visage indien Nationalisations, redistribution des terres, nouvelle Constitution : depuis un an à la tête de la Bolivie, le premier président indien du continent maintient le cap de ses réformes socialistes malgré l’escalade de la violence et une opposition toujours plus virulente. Quel bilan faites-vous de votre première année de présidence ? Nous avons rendu la souveraineté et la dignité à la Bolivie. La nationalisation des hydrocarbures lui donne les moyens de son développement, sans mendier. Nous avons rendu l’espoir avec la convocation de l’Assemblée constituante de refondre le pays et nos politiques sociales. Nous travaillons dur pour changer le pays, et quoi qu’en dise la presse, le peuple l’a compris. L’adoption d’une nouvelle Constitution estelle dans l’impasse ? Non, je m’y suis engagé, son adoption est fondamentale. Les précédentes Constitutions sont issues d’un « apartheid silencieux ». Elles n’ont jamais pris en compte la vision indienne du rapport à la terre, aux ressources naturelles, à la justice communautaire. La Constituante doit terminer ses travaux avant août. Vous venez de faire adopter une loi visant à redistribuer les terres, quelle est sa portée ? Cette loi veut rendre les terres non cultivées aux paysans qui en sont privés.La réforme agraire de 1953 n’a été que partielle et nombre de terres ont été redistribuées gratuitement à la bourgeoisie au pou- voir.Aujourd’hui 200 000 familles n’ont pas un lopin de terre à cultiver et sont contraintes à l’exode. La loi prévoit le retour à l’Etat d’environ 200 000 km 2 de terres non cultivées, qui ensuite seront redistribuées à des communautés indigènes.Il n’y aura pas d’expropriations arbitraires.Tout propriétaire de terres qui peut en prouver l’utilité sociale pourra continuer à les exploiter. Les propriétaires crient au vol mais beaucoup ont reçu indûment des terres sans payer un seul mètre carré. Ils ne les utilisent pas et certains ne les ont même jamais vues. Comment concilier les renationalisations et le maintien des investissements étrangers ? J’ai promis la nationalisation des hydrocarbures sans expropriation. J’ai tenu parole, toutes les compagnies pétrolières ont signé les nouveaux contrats qui leur garantissent 18% de gains contre 82% auparavant. Elles continuent à faire des profits et se sont engagées à poursuivre leurs investissements. Nationalisation ne signifie pas rupture avec le secteur privé. L’Europe l’a oublié. L’opposition est de plus en plus forte. Comment éviter une confrontation civile ? Les tensions résultent d’une petite élite qui a toujours gouverné et qui pour la première fois depuis L’Europe aide beaucoup au développement de l’Amérique du Sud Repères AFP PHOTO PROPOS RECUEILLIS PAR GAËLLE BÉZIER D. MERCADO/REUTERS A. RALDES/AFP mon élection est en train de perdre ses privilèges. Cette minorité – nous parlons de 10% de la population, peut-être moins – possède les médias et manipule l’opinion. Mais le peuple dans sa majorité approuve nos réformes sociales et économiques. L’affrontement civil n’intéresse que ceux qui rejettent les changements : ils n’auront pas satisfaction. L’Amérique latine peut-elle peser sur l’échiquier international aux côtés des Etats-Unis ? Nous avons mis en marche une réelle dynamique d’intégration en Amérique du Sud. Nous allons rapprocher les deux blocs, la Communauté andine des nations et le Mercosur. Lula disait qu’il y a dix ans, les présidents d’Amérique du A. RALDES/AFP PHOTO Sud rivalisaient pour savoir qui était le plus ami du président des Etats-Unis. L’époque du néocolonialisme est terminée. Qu’attendez-vous de l’UE ? L’Europe aide beaucoup au développement de l’Amérique du Sud. Elle doit aussi garantir l’accès à ses marchés.Aujourd’hui, des pays comme la Bolivie peuvent bénéficier du système de préférences généralisées. Demain nous aurons besoin d’autres garanties. Nous avons demandé des négociations entre l’UE et la CAN. Comprenez-vous que l’Europe soit inquiète de votre volonté d’étendre la culture de la coca ? En dix ans, la Bolivie a réduit sa production illégale de moitié, tandis que la consommation de cocaïne en Europe a presque doublé. Le problème vient plus des pays consommateurs. Je suis le premier à vouloir me défaire du narcotrafic. Mais au niveau mondial, le commerce de la cocaïne pèse 300 milliards de dollars annuels. La feuille de coca a une valeur culturelle et sacrée en Bolivie. Nous avons élaboré une stratégie réaliste et durable, mais sans recours à la violence comme auparavant. La Bolivie a fini de payer de son sang la consommation de cocaïne des pays du Nord. Ceci n’est pas négociable. Une enfance améridienne Chef des cocaleros Président Issu d’une modeste famille indigène de sept frères et sœurs, producteur de pommes de terre et éleveur de lamas, il ne parvient pas à finir le lycée et à concrétiser son rêve de devenir journaliste. Pour gagner sa vie, il joue de la trompette puis devient ramasseur de feuilles de coca, la culture traditionnelle du pays. CONTROVERSE La nouvelle Constitution bolivienne, visant une « refondation du pays », est au cœur d’une controverse sans précédent. Fort de 54% des voix à l’Assemblée, le parti d’Evo Morales veut adopter chaque article à la majorité absolue, mais l’opposition réclame un scrutin aux deux tiers à tous les niveaux du débat. En jeu : les articles sur l’autonomie des provinces les plus riches, généralement sous contrôle de l’opposition et qui espèrent ainsi garder le pouvoir et échapper à la grande redistribution nationale. A la tête du puissant mouvement des cocaleros, syndicat des cultivateurs de coca, il s’insurge contre le gouvernement, influencé par les Etats-Unis, qui fait détruire les récoltes de coca sans indemnisation des paysans. Puis il devient chef de son propre parti politique, el Movimiento Al Socialismo (MAS). Le 18 décembre 2005, il est élu président dès le premier tour avec 53% des voix. Premier Amérindien à accéder à la fonction suprême, il est intronisé symboliquement par les représentants indigènes « chef suprême des Indiens des Andes » sur le site de Tiwanaku, avant de prêter serment devant le Congrès devant des chefs d’Etats sud-américains et européens.
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