Direct Soir n°62 24 nov 2006
Direct Soir n°62 24 nov 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°62 de 24 nov 2006

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,2 Mo

  • Dans ce numéro : Philippe Noiret, adieu monsieur

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 4 - 5  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
4 5
Directsoir t Vendredi 24 novembre 2006 4 EXCLUSIVITÉ INTERVIEW BORIS CYRULNIK « Fournisseur officiel de bonheur » La formule du philosophe Edgar Morin résume bien Boris Cyrulnik, le neuropsychiatre qui dans ses best-sellers a révélé le concept de « résilience ». Enfant de déportés, vous avez vécu très jeune un grand traumatisme. Votre quête du bonheur vient-elle de là ? Oui, et c’est le cas pour tout le monde. L’enfance est le père de l’homme, le moment où se posent tous les problèmes qui gouvernent notre vie. Contrairement aux animaux, vous écrivez que les hommes ont une histoire dont ils sont les acteurs. Les acteurs et les auteurs. L’homme n’est pas passif alors que l’animal est façonné par son comportement, son code génétique et l’environnement écologique. Cela n’empêche pas l’homme, à travers la civilisation qu’il construit, de modifier le comportement des animaux, même en milieu sauvage. Y a-t-il des gênes qui prédestinent l’humain au bonheur ? Non. Aucun gêne ne prédestine un comportement et encore moins un sentiment. En revanche, il y a des gênes-code pour la synthèse de petites protéines, qui transportent peu ou beau- coup de sérotonine. La production de cette substance, échangée entre deux neurones, peut être augmentée soit en prenant des cachets, soit en ayant une relation agréable.Autant avoir une relation agréable ! Une forme d’antidépresseur naturel, en quelque sorte. Quand commence l’état de souffrance ? A partir du moment où l’on souffre ! Je peux très bien souffrir parce que l’eau n’est pas fraîche, alors que vous, vous aimez l’eau tiède. Ce qui fait souffrir l’un peut être complètement indifférent pour l’autre. Sans souffrance, pas de sentiment de triomphe. Avant de sortir du ventre, le nourrisson est un mammifère marin, logé et nourri dans un environnement à 37 °C. Il n’a aucun problème à résoudre. Et puis il arrive au monde, on lui met la lumière dans les yeux, des sons dans les oreilles, il a froid, il souffre et il pleure. Le malheur commence donc à la naissance. Le malheur est-il un « partenaire » indispensable du bonheur ? Exactement. C’est un couple d’opposés. Sans souffrance, pas de sentiment de triomphe Repères AFP BASSO CANNASA/OPALE C’est pour cela qu’il faut constamment lutter contre le malheur pour trouver le bonheur. L’un ne marche pas sans l’autre. Faut-il même « risquer » le malheur pour trouver le bonheur ? Il faut se mettre en danger – ce que je fais d’ailleurs dans cette interview – je pourrais dire des bêtises. Il y a une érotisation du danger. Notre organisme secrète de l’opium quand il est en danger. La peur, c’est l’équivalent d’un shoot de morphine. La guerre fait-elle partie de ces peurs stimulantes ? La résilience De chair et d’âme Le neuropsychiatre est reconnu en psychanalyse pour avoir développé ce concept qui illustre la capacité pour un matériau à reprendre sa forme initiale après un choc. Appliquée à l’homme, la résilience permet d’aller de l’avant, tout en gardant la mémoire de sa blessure. PROPOS RECUEILLIS PAR BORIS EHRGOTT ET CAROLINE ITHURBIDE AVEC XAVIER PLASSON MERIA/OG/DIRECT8 PROFIL Agé de 5 ans en 1942, il échappe à une rafle de police montée par Maurice Papon à Bordeaux. Ses parents meurent en déportation. Une institutrice le prend sous son aile avant d’être dénoncée à son tour. Le petit Boris est enfermé dans une synagogue dont il parvient à s’échapper. Après la Libération, il fait des études de neuropsychiatrie. Il se fait connaître en 1999 avec Un merveilleux malheur, vendu à 280 000 exemplaires. Après plusieurs best-sellers (Les vilains petits canards en 2001 ou Parler d’amour au bord du gouffre en 2004), Boris Cyrulnik apporte dans De chair et d’âme (Odile Jacob), la preuve scientifique de la résilience, notamment avec la découverte des effets anti-dépresseurs de la sérotonine, une protéine naturelle. Boris Cyrulnik. Dans les témoignages des soldats qui partent en guerre, on retrouve un sentiment d’exaltation : la fameuse « fleur au fusil ». Mais dès que le réel reprend le dessus, le malheur arrive. Pour quelle raison les quatre premières années de la vie sont-elles déterminantes ? C’est l’âge où l’on fabrique des contacts neurologiques, une vraie bouilloire. Les neurones se rencontrent entre eux, jusqu’à 200 000 par heure. Cela se tasse après 4 ans, avant de reprendre une intense activité au moment de la puberté. Vous parlez des « mal-partis de la vie ». Pour ces personnes, l’adolescence constitue-t-elle une seconde chance ? Le premier amour est une seconde chance. Il se termine mal par définition puisque s’il y en a un premier, il y en a un deuxième. C’est pour le jeune une vraie douleur. Malgré ce chagrin, on apprend à le surmonter. Comment réussir sa vie ? Ce qui est sûr, c’est que si l’on ne fait rien, tout va rater. On est obligé d’affronter, de construire et de triompher pour gagner des moments de bonheur. A la fin d’une vie, la foi est l’une des voies qui mènent au bonheur. Pourquoi la foi se révèle-t-elle aussi tard ? La croyance a été longtemps contrainte par la pression sociale. Plus maintenant. Aucun enfant ne croit en Dieu à sa naissance, mais il croit au Dieu des gens qu’il aime. En grandissant, il trouve d’autres mécanismes pour se sécuriser. L’adulte est confronté à l’histoire de soi, au souvenir des gens qu’il a aimé. Et se remet à croire en Dieu. La foi est un facteur de résilience précieux, les gens qui ont la foi reprennent plus facilement vie après une épreuve. Etes-vous un homme heureux ? Cela m’arrive. J’y pense, je l’espère et j’en rêve.
Reporters sans frontières Stars 100 photos de Pour la liberté de la presse avec le Studio EN VENTE PARTOUT DÈS LE 23 NOVEMBRE. 8,90 € seulement. Avec le soutien de



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :