Direct Soir n°166 8 jun 2007
Direct Soir n°166 8 jun 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°166 de 8 jun 2007

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : Rafael Nadal enfant de la terre

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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C. DUBREUIL/ABACA C. SCHOUSBOE/DIRECT8 Directsoir N°166/Vendredi 8 juin 2007 6 EN COUVERTURE Rafael Nadal sans son bandeau fétiche : et l’expression de son visage se fait plus douce. Attendu cet après-midi sur le court central de Roland-Garros, Rafael Nadal espère la qualification pour la finale et la victoire pour la troisième année consécutive. Portrait du phénomène de la terre battue. par Philippe Labro Rafael Nadal De chair et d’acier A21 ans, il a déjà eu droit à tous les adjectifs, tous les surnoms, toutes les métaphores. Il est aussi bien qualifié de toréador que de taureau, de tueur que de bourreau. On parle de lui comme d’un animal, une bête, un monstre, un gorille, un bison, un lion. Défilent ensuite, en cascade, à un rythme aussi tendu et obsessionnel que la façon dont il renvoie n’importe quelle balle de n’importe quel angle du court, à n’importe quelle vitesse et dans n’importe quelle position de son corps, son buste ou ses jambes, défilent donc les termes les plus variés du dictionnaire sportif : phénoménal, extraterrestre, sidéral, sidérant, unique, hors-norme. Et puis on aligne les formules, on crée de nouvelles étiquettes. Le guerrier, le gladiateur, le prince de la terre battue, rivalisent avec les allusions aux personnages qu’Arnold Schwarzenegger incarnait dans ses films. Terminator, Exterminator, Robotennis, Conan le Barbare, etc., etc. Rafael Nadal, le grand favori de Roland- Garros, déjà vainqueur, deux années de suite de ce tournoi dont les spécialistes du tennis vous diront qu’il demeure sans doute le plus éprouvant de tout le circuit, celui qui a échappé à d’authentiques champions comme Sampras ou McEnroe, mérite sans doute une grande partie de ce déferlement sémantique, mais seulement lorsqu’il tient, entre ses mains de bûcheron, sa redoutable raquette. Car, hors court, dès qu’il a ôté le bandeau qui protège sa chevelure noire, Nadal semble subir une transformation radicale. De rageur, vindicatif, méchant, son visage devient lisse, serein, juvénile, angélique. Il y a quelque chose de confondant à comparer les mimiques féroces, et presque caricaturales qui passent sur le faciès du jeune prodige avec l’allure benoîte, comme innocente, du garçon qu’il redevient dès qu’il est sorti du terrain. Et cela explique en grande partie la popularité du dévoreur de trophées sur terre battue (car, ne l’oublions pas, Nadal n’a jamais encore remporté Wimbledon, Flushing Meadows ni l’Open d’Australie) auprès de ses compatriotes. L’Espagne l’aime parce qu’il gagne, mais aussi parce que c’est un « brave garçon, un bon jeune homme, un gamin comme les autres ». Chaque coup joué par le champion espagnol exprime une rage de vaincre et une détermination hors-normes. Avec 81 victoires consécutives sur terre battue, Rafael Nadal est resté longtemps invincible sur cette surface. Une suite interrompue par Roger Federer le 20 mai, en finale du tournoi de Hambourg. Elevé dans le respect des valeurs familiales, poli, presque timide, Nadal est devenu une sorte de modèle, un emblème de ce que chaque famille attend ou souhaite de son enfant : le respect des aînés, l’humilité et la simplicité. C’est son père qui gère tout l’aspect commercial de sa carrière, sponsoring, contrats et apparitions, séances de dédicaces ou de soutiens à telle ou telle organisation. C’est son oncle, Toni, qui l’entraîne. Un autre oncle, Miguel Angel, n’est jamais éloigné des séances de conseil ou d’entretien physique. Nadal écoute ces adultes, accepte leurs critiques et recommandations, on ra- P.VERDY/AFP
TENNIS MAG/DPPI TENNIS MAG/DPPI www.directsoir.net Le tout jeune Rafael Nadal, en 2000, vainqueur du tournoi des Petits As, dernière année avant sa professionnalisation, en 2001. Infatigable sur terre battue, Nadal n’en finit plus de dévorer les trophées. Ici, en 2006, celui de Roland-Garros, pour la deuxième année consécutive. Vers une passe de trois ? conte même qu’il aurait demandé, un jour, la permission de s’acheter un nouveau téléphone portable. Le bloc de stabilité et de loyauté que constitue sa famille lui sert de protection, de refuge, de référence. Et sa séduction tient vraisemblablement à cette dualité : le « monstre des courts » est resté luimême, semblable à ce tout petit bambin qui, dès l’âge de 4 ans, étonnait par ses dons tennistiques. Né sur l’île de Majorque, comme son aîné Carlos Moya, qu’il a sèchement battu avant-hier en trois sets, mais ami dans la vie, Rafael Nadal est le pur produit de ce qu’on appelle la « EB », l’Ecole des Baléares, qui a formé des générations de tennismen, spécialisés dans la terre battue. Nul ne peut dire d’où lui est venu ce don supplémentaire qui l’a très rapidement fait se détacher des autres joueurs de sa génération. On parle parfois d’un « syndrome de l’île de Majorque », curieuse alchimie de qualité du climat, du rythme de l’existence, de la constante présence d’un noyau familial, tradition et respect, refus du clinquant et rejet des tentations des grandes villes. Mais dans le cas de Nadal, on ne peut expliquer sa singularité par la seule vertu d’une enfance tranquille et du cocon rassurant de l’atmosphère majorquine. Il y a une dose supplémentaire de ténacité, de rage de vaincre, une combativité et un orgueil, une charge d’adrénaline et d’énergie, ce mélange toujours mystérieux qui fait qu’un jour, Ici, à Wimbledon, l’an passé. Des biceps qui font peur à certains. « Son coup droit lifté, arme décisive sur la terre battue » EN COUVERTURE 7 relativement tôt dans l’existence des sportifs de haut niveau, on voit apparaître ce qui fera d’un inconnu un Zinedine Zidane, un Tiger Woods ou un Ayrton Senna. Les psychologues du sport, qui tentent de chercher les sources d’un champion d’exception, s’accordent à reconnaître que, audelà de l’équilibre affectif prodigué par des parents et une vie de famille harmonieuse, quelque chose d’autre se construit, qui relève de l’irrationnel. Les qualités physiques ne suffisent pas. Il faut en vouloir plus, mille fois plus que les autres, et se battre sur chaque balle comme si votre vie était en jeu. A Roland-Garros, Barcelone, Rome, PA PHOTOS/ABACA A L’HEURE OÙ NOUS IMPRIMONS, LE JEUNE ESPAGNOL ENTAME SA DEMI-FINALE CONTRE LE BELGRADOIS NOVAK DJOKOVIC. UN MATCH QUI POURRAIT N’ÊTRE QU’UNE FORMALITÉ POUR LE TEN- NISMAN, DÉJÀ VAINQUEUR À ROLAND-GARROS EN 2005 ET EN 2006. D’AUTANT QU’IL N’A PAS PERDU UN SEUL SET DEPUIS LE DÉBUT DU TOURNOI. LE VAINQUEUR DU MATCH RENCONTRERA DIMANCHE LE GAGNANT DE L’AUTRE DEMI-FINALE, QUI OPPOSE ROGER FEDERER À NIKOLAÏ DAVYDENKO. Le revers à deux mains, arme fatale du tennisman, qui « cogne » sur tous les coups joués, quelle que soit sa position. Monaco ou ailleurs, les commentaires sur Nadal sont unanimes et finiraient presque par lasser par leur répétitivité et leur redondance : la fureur de vaincre, le coup droit lifté, arme décisive sur la terre battue, la capacité de déplacement d’un point à un autre qui permet à Nadal, non seulement de renvoyer la balle, mais de la relancer et faire, d’un point qui pourrait sembler perdant, un coup qui déstabilise et surprend l’adversaire. Son jeu est très concret, très « physique » et pourrait provoquer comme un ennui chez ceux, nombreux, qui préfèrent les « artistes » à la McEnroe, Edberg ou Federer, les monteurs au filet, les virtuoses de la volée. Mais Rafael Nadal n’a cure des critiques ou des moues désapprobatrices de ce genre. Il cogne, il endure, il défend. Et sa défense ACTION IMAGES/DPPI



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